De la relativité des « réseaux » au Maroc
Au Maroc tout le monde a son « réseau ». Dans un pays ou la recommandation est le sésame, il vous faut souvent vous présenter de la part de quelqu’un pour obtenir un rendez-vous (*). Faire parti d’un club est fortement encouragé. La fréquentation d’une salle de sport huppée, d’un club équestre peut vous faire rencontrer ceux qui « décident ».
Il faut tout d’abord s’entendre sur le mot « réseau » au Maroc. La difficulté pour l’étranger qui s’installe est de comprendre que les mots ici n’ont pas la même signification, on l’apprend souvent à ses dépends.
En France, le mot réseau a une double signification : réseaux d’intérêt ou réseaux de confiance. Ici, je dirais que le mot réseau aura souvent le sens d’intérêts. « Je ne fais confiance à personne » est une phrase que j’ai souvent entendu dans la bouche de patrons d’entreprise marocains. Dans ces condition qu’elle est la valeur du « réseau » de votre interlocuteur ? Dans les réseaux d’intérets, le dernier arrivé est rarement le bienvenu (relire à ce sujet le billet de Caryl sur les expatriés). Il lui faudra attendre longtemps avant de se faire accepter et de progresser dans la hiérarchie.
D’expérience, vous risquez de perdre votre temps en essayant de développer vos affaires au café ou à la salle de sport. Le conseil que je vous donnerai est de travailler, de mettre en place des process de prospection solides. A l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, les réseaux « anciens » sont en perte de vitesse.
Enfin et surtout, gardez à l’esprit que Google peut devenir rapidement votre 1er apporteur d’affaires au Maroc. C’est bien par Internet que nous sommes rencontrés
?
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(*) MAJ : Obtenir un rendez-vous “grace” à quelqu’un est relativement facile. La question est de savoir si la personne qui vous met en relation ne sera pas intéressée à la conclusion de l’affaire, et qu’elle vous aura recommandé la personne qui la rémunère le mieux (ce sera très souvent le cas). Il y a ici beaucoup de gens qui vivent de la “mise en relation payante” sans que cela soit inscrit sur leur carte de visite.
Enfin, ce n’est pas parce que vous avez obtenu un rendez-vous que vous signerez une affaire, ni même qu’une fois signé et réalisé cette affaire, vous arriverez à vous faire payer.
L’objet de mon billet était de vous méfier des gens qui prétendent avoir un “réseau”.
Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière ainsi que de Linutop une société qui développe et commercialise des petits ordinateurs sous linux. Mon prochain projet est le développement commercial de Casawaves.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

J’avais déjà lu le billet de Caryl mais j’avais compris que c’était une “tare” propre à votre communauté d’expatriés français installés au Maroc.
@il est difficile d’entrer dans les reseaus à l’ancienne de nos jours, comme vous l’avait dit internet est une bonne alternative c’est ce que j’essaye de faire depuis un petit moment pour être prêt dans quelques mois.
@dima
En fait je pense que “réseaux” installés, d’expatriés ou des réseaux d’affaires marocains fonctionnent suivant le même modèle : l’opacité et la rétention d’information. Ils se travaillent souvent ensemble.
Une petite anecdote pour illustrer cela. Un ami rencontre un agent immobilier installé a Marrakech et évoquent mon blog dans leur conversation. L’agent immobilier lui dit que suis “fou” de parler de tout cela sur Internet.
Celui qui “dit”, qui dévoile les “secrets” (on se demande d’ailleurs ce qu’il y a de secret) est souvent perçu comme un ennemi par ceux qui prospèrent dans l’opacité.
Je pense que nous abserverons, au Maroc comme ailleurs, une fracture générationnelle : les réseaux compatibles avec le net contre les réseaux anciens. Plus que les étranger contre les marocains, il s’agit d’une opposition entre deux manières de voir le monde (et de faire des affaires). Les marocains, commes les étrangers, subisent à égalité les défaut de ce Maroc “ancien”.
Le premier réseau au Maroc, c’est la famille. En tout cas au sud, – qui à vous lire, vous les Casaouis, me semble décidémment bien plus vivable – c’est l’espace de confiance privilégié. Après il y a les gens avec qui on fait des affaires, ou effectivement on entre dans le réseau d’intérêt.
Et puis les grands réseaux naturels, les tribus au sens large. D’ailleurs je prépare un article sur ces différents ensembles…
La necessité d’avoir un réseau est présente dans tous les pays aussi bien en france qu’au Maroc.
La différence est que pour un expatrié ce constat est plus flagrant puisqu’il ne fait pas partie du réseau et qu’il est nouveau dans le pays.
Sachant que les réseaux au Maroc se fondent aussi sur des parents qui connaissent l’oncle d’un tel etc…
Si l’on transpose cet état de fait en france pour un marocain fraichement installé en France il aura les mêmes barrières avec les mêmes soucis et surtout les mêmes commentaires…
Pour finir je pense que tous réseaux est un réseau d’intérêt idéalement basé sur la confiance (sinon il n’a plus lieu d’être).
Je ne fais confiance à personne (Laurent toi qui est dans l’immobilier je pense que toi aussi tu fais confiance à peu de monde aussi bien en france qu’au Maroc)
@Marie-Aude
Je pense en effet que Casablanca et l’immobilier sont probablement 2 “lieux” ou sont exacerbés certaines mauvaises pratiques.
@Mohamed
je suis d’accord sur l’ensemble de ce que tu dis.
Ce qui me semble cependant différent au Maroc (ce que soulignait Caryl) c’est que le réseau des expatriés est aussi fermé. Ceci est certainement du au manque de confiance et a une grande opacité. Une question de génération certainement.
Mon “réseau de confiance” est en grande parti issu de mon blog. Comme je l’ai dit précedemment, Internet est un moyen de retrouver plus rapidement ses “vrais” amis. Mes amis sont en général des personnes (Français ou Marocains) nouvellement installés.
Laurent, il faut briser les tabous et faire vivre la transparence. Mais peut-etre est ce difficile ? je te souhaite quand meme bon courage
Laurent, il y a un petit truc qui m’échappe, tu dis qu’au Maroc on a absolument besoin de réseau, on est tout à fait d’accord sur ce point, mais ce réseau et celui que tu te fais sur Internet ne sont pas les mêmes je pense!!
Tu devrais même rajouter Laurent que le réseau anglo-saxon (américain, canadien …) n’a lui même rien à voir avec le français
@Moroccan
C’est vrai que le début de mon billet pourrait prêter a confusion.
je corrige d’ailleurs “il vous faut vous présenter de la part de quelqu’un” par “il vous faut souvent vous présenter de la part de quelqu’un pour obtenir un rendez-vous” (ainsi qu’une petite MAJ en fin de billet).
Ce que je dis en final C que les “réseaux” d’affaires au Maroc (d’expatrié ou non) sont embouteillés et peu efficaces pour les nouveaux entrants.
Je pense même qu’un nouvel entrant a tout intéret de s’intéresser aux nouveaux “entrants” au Maroc : les touristes ou les professionnels ou qui s’implantes au Maroc. Ceux là sont comme vous, face a un monde un peu opaque. Pour cela, Internet deviendra naturellement vous réseau.
[...] facile de se faire un réseau au Maroc (relire à ce sujet de la relativité des réseaux au Maroc). Suite à un problème relationnel avec un partenaire, un ami installé depuis quelques années [...]
Bonjour, M. Laurent Bervas
j’ai bien lu votre article sur le fonctionnement du réseau au sein des milieux d’affaires marocains. Votre regard sur la question était celui d’un homme d’expérience. De “terrain” pour connoter l’effet du prospect.
je vous prie, en toute confiance, de prendre mes mots comme étant une critique constructive.
Sur votre vision sur les réseaux d’affaires au Maroc, j’ai deux remarques à faire:
Primo: vos vérités dépendent d’une expérience, somme toute, PERSONNELLE.
Secundo: Apparemment, vous avez fréquenté des patrons (ceux qui vous ont dit qu’ils ne font confiance à personne)qui ont bâti leur fortune en exploitant la confiance que faisaient en eux leur patrons (pour ceux qui ont fait des affaires sans passer par là, je fais confiance à votre intelligence pour savoir comment ils ont pu “percer” dans le milieu des affaires)
Tertio: Etant un non autochtone, vous semblez ne jamais avoir fréquenté un autre milieu d’affaire bien connu (certes souvent dans le secteur informel; mais avouez qu’on parle de réseau d’affaires là quoi qu’il en soit) où le seul vrai capital c’était LA CONFIANCE.
a ce sujet, je vous propose de faire une recherche sur la gestion des commerces chez les berbères du Maroc (surtout ceux du Souss). Vous serez étonné de découvrir qu’il y a des salariés qui ont pu avoir leur propre affaires, parce que leur patron a cautionné leur respect à la confiance qu’on peut avoir en eux).
Ceci dit, si dans le milieu que vous fréquentez, vous ne croisez que ce genre d’individu (qui ne vous font jamais confiance et en qui vous ne ferez jamais confiance ! win-win en l’air
), c’est parce qu’ils n’ont eu de la culture occidentale (puisqu’ils en sont très très imprégnés, preuve en est et que vous traitez vos affaires au Maroc en français, sans problèmes). je vous laisse le soin de comprendre la suite.
merci en tout cas, pour le sujet ! il m’a donné bien des idées
@Saïd… nous sommes d’accord sur un certain nombre de choses, et j’ai déjà mentionné le sud.
Mais soyons honnêtes : si vous connaissez ces réseaux, vous savez qu’ils sont essentiellement familiaux, et qu’en dehors de la famille, il y a une méfiance extrême.
Je fréquente certains de ces milieux, mais je sais parfaitement que ce n’est pas à moi qu’on fait confiance : c’est à mon mari.
Et la phrase “je ne fais confiance à personne” est aussi une phrase que j’ai beaucoup entendue, ou plus exactement “je ne fais plus confiance à personne”. Qui n’implique pas d’être malhonnête, comme vous le suggérez, ou d’être occidentalisé, au contraire.
Un peu d’expérience au Maroc vous montre que l’arnaque est toujours présente au coin de la rue, dès que vous êtes en dehors du réseau de confiance. Et pour un étranger, pour un MRE qui rentre, trouver ce réseau de confiance peut être très difficile. La réputation de certaines populations ne s’est pas non plus bâtie sur rien, et à côté de ma chronique des Marcels je pourrais bien faire celle des Khalid.
Pour moi, une des raisons de base de ne “pas faire confiance” au Maroc n’est pas qu’il y a en soit plus d’arnaqueurs qu’ailleurs, mais que :
@Said
).
Merci de ce long commentaire ou vous relevez des points qui m’ont aussi fait réfléchir (les commentaires sont là pour ça
Vous avez tout a fait raison, je parle bien d’un contexte particuliers : le développement d’un réseau d’affaire à Casablanca en étant étranger … et je rajouterai a votre énumération dans l’immobilier. Autant dire que je cummule tous les handicapes.
La grande défaillance au Maroc est la justice. L’arnaque ne pose de problème si elle peut être dénoncée et surtout punie. Ce n’est pas vraiment le cas au Maroc.