J’ai fait sur la gazette du Chergui un post sur le résultat, je ne vais pas re-répéter ici ce que tout le monde connait déjà, ni ce que Laurent a dit, mais juste poursuivre un peu sur la non-participation.
Un des arguments le plus souvent avancé, y compris par les MRE, était « Le Maroc n’est pas une démocratie, c’est un simulacre, et puis d’abord on n’a même pas le droit de voter, il faut rentrer au pays ».
En cherchant un peu les résultats, je suis tombée sur un site assez intéressant, Parline, une base de données de toutes les élections dans le monde. En comparant les textes pour la France et le Maroc, on s’aperçoit que :
- La chambre des conseillers, l’équivalent de notre Sénat, a 27 représentants issus des syndicats. En France c’est uniquement une élection au suffrage indirect. Je trouve cette idée intéressante.
- Depuis 2002, près de 10% des sièges sont réservés aux femmes. En 1997 il y avait 2 élues, en 2002 35 élues (pour 30 sièges réservés), en 2007 30 seulement. La France a-t-elle mis en place une telle législation ? Combien de pays européens l’ont-ils fait ? En France, c’est seulement aux élections de 2007 qu’une place a vraiment été faite aux femmes à l’Assemblée, soit … plus de 200 ans après l’élection de la première assemblée française.
- Le dernier argument invoqué « nous les marocains de l’étranger, on n’a pas le droit de vote, ou alors il faut rentrer au Maroc ». Qu’est-ce qui se passe pour les Français de l’étranger? Ils n’ont pas le droit du tout de voter aux élections législatives. En tant qu’expatriée, j’ai le droit de voter aux présidentielles (mais au Maroc on n’élit pas le Roi), aux élections européennes, et aux élections locales en Allemagne. Pas pour les députés, et je ne peux même pas, contrairement à certains pays, élire des « députés de l’étranger ». Au Maroc, les MRE peuvent s’inscrire dans leur pays, et voter aux législatives.. Alors certes, il fallait venir au Maroc pour voter, on ne pouvait pas le faire dans les consulats. Certes … mais dans un contexte om les élections étaient observées avec autant d’attention, le risque de manipulation, d’achat de voix, dénoncé d’avance, contrôler la bonne tenue des élections dans les consulats impliquait des moyens dont le Maroc ne dispose peut–etre pas ? Certes, il aurait été plus commode pour les Marocains de pouvoir aller à leur consulat. Comme il aurait été plus commode pour les les Français vivant en Australie de ne pas avoir à faire jusqu’à 2.000 kms pour voter (il n’y a pas beaucoup de consulats français en Australie, et le contienent est grand), c’est un peu la même distance qu’un Paris-Rabat.
Le cadre législatif est là pour une élection démocratique, et parfois plus que dans des pays européens. Mais ne pas participer, c’est aussi abandonner cette possibilité, au lieu de l’utiliser pour obtenir plus de libertés.
Je ne suis pas innocente. Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes au Maroc. Il y a la censure, un manque d’habitude démocratique. Mais la démocratie ne peut pas exister si on n’exerce pas son droit de vote. Voter, c’est la seule façon pacifique de faire évoluer son pays.
Entre attentats et abstention, le Marocain voudrait bien que cela change, mais il ne prend pas son destin en main. Je suis curieuse de voir comment les choses vont évoluer jusqu’à 2012 …
