Le crédit à la consommation, sauce marocaine

Icone_redacteur3_1Article publié sur Agoravox.

Au Maroc, le crédit à la consommation explose. Les classes moyennes et populaires misent sur ce nouvel outil pour accéder à la propriété. Quitte à vivre souvent sur le fil du rasoir.

Jamila est enfin propriétaire ! Après avoir travaillé plus de trente ans, cette femme de ménage s’est offert un bel appartement dans un logement social situé dans la périphérie de Casablanca. Deux chambres, salon et cuisine. Ces 55 mètres carrés, c’est l’œuvre de toute une vie. Le symbole de son ascension sociale.

Pour s’offrir ce luxe, Jamila a du emprunter. « Je sais, c’est haram (interdit par la religion), avoue, confuse, cette musulmane pratiquante. Mais sans le crédit, je n’aurais jamais pu devenir propriétaire… » Ni équiper son nouveau logement. Le téléviseur écran plat ? Crédit ! Le salon marocain ? Crédit ! Le réfrigérateur ? Crédit ! La table ? Crédit ! Les chaises, la vaisselle, la parabole, la literie ? Crédit, crédit et encore crédit !

Jamila en a pour des années à tout rembourser. Et le pire, c’est qu’elle continue à emprunter. Aux banques, à ses amis, à ses employeurs… Un jeu dangereux pour cette femme qui gagne difficilement ses 1500 dirhams par mois. Veuve, elle doit en plus subvenir aux besoins de ses trois grands garçons. Seul l’aîné, Mohamed, travaille dans une usine pour 2000 dirhams. Il s’est associé à sa mère dans ce projet. Chaque mois, 90 % de son salaire disparait… Englouti par les différents organismes de crédit. « Si il tombe malade ou perd son travail, ce sera très grave, confie Jamila. Je prie Dieux chaque jour pour qu’il ne lui arrive rien. »

Suprême paradoxe : ni la mère ni ses trois fils n’occupent le nouvel appartement. Au mieux l’utilisent-ils pour recevoir leurs amis le week-end. La semaine, ils continuent de s’entasser dans leur logement de l’ancienne médina : une pièce minuscule de 9 mètres carrés. Aberrant ? Pas tant que ça…

Dans son nouveau quartier, Jamila ne connaît personne. Pourquoi irait-elle habiter au milieu d’inconnus ? Pas question de quitter cette médina où elle a vécu plus de trente ans. Pas question d’abandonner son groupe de copines avec qui elle papote chaque soir en rentrant du travail. « L’appartement est beaucoup trop excentré, rajoute-t-elle. Cela nous couterait trop cher en transport, à moi comme à Mohamed, pour aller travailler. »

Pourtant, elle a placé tous ses espoirs dans ce logement. Elle n’en profitera surement jamais, mais elle s’en moque. « C’est pour Mohamed, s’emballe-t-elle, les yeux brillants. Un jour il va se marier. Il fondera un foyer. C’est pour lui que je fais ça. » Hélas, il va falloir encore attendre. Car pour offrir un beau mariage à Mohamed, il faudra encore emprunter…

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