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De Canton à Derb Ghallef : importer de Chine

Puisque cette semaine, Casawaves s’est mis aux couleurs de la Chine, continuons sur cette lancée. Au programme : comment faire rentrer du « made in China » au Maroc ?

Pour alimenter les différents marchés en contrefaçons diverses (fringues, hi-fi, matériels agricoles etc.), il faut compter sur quelques gros importateurs. Des personnes qui possèdent parfois quelques petites boutiques (ce serait d’ailleurs intéressant de voir le chiffre d’affaires de leurs magasins…) mais dont le gros du business se trouve à l’international. Certains arrivent à faire entrer au Maroc près d’une dizaine de conteneurs par mois. Rien que ça.

Cela coûte cher ? Pas vraiment… En Chine, beaucoup de fournisseurs très attentionnés sont prêts à donner en prime à leurs bons clients quelques factures… tout à fait vierges. Des factures « do it yourself » en quelque sorte (ou « just do it » ;-) ). On peut déclarer ainsi une cargaison à, disons 50 000 dirhams, alors que sa valeur réelle flirte avec les… 400 000 dirhams.

Autre technique, tout aussi ingénieuse : le dumping douanier. L’importateur paye la majeure partie de la marchandise en Chine, de façon informelle. Le reste est payé au Maroc. C’est cette dernière somme, minime, qui est déclarée en douane. Le tour est joué : on évite ainsi de payer une lourde taxe sur la marchandise. Simple comme bonjour.

Ensuite, le tout est vendu aux différents marchands de Casablanca avec une très jolie marge… Le vendeur dans sa boutique de Korea ou de Derb Ghallef, lui, doit gagner à la vente 10 à 50 dirhams de bénéfice par paire de chaussures …

C’est seulement quand une marque commence à être distribuée officiellement dans le pays que les contrefaçons disparaissent… Il suffit de jeter un œil dans les différents marchés. Pourquoi ne trouvez-vous aucune Caterpillar de contrefaçon et des tonnes de fausses Nike ? Pourtant, Nike a déjà fait plusieurs procès à des commerçants marocains…

En guise de conclusion : quand condamnation il y a, ce sont généralement les petits vendeurs qui trinquent. On ne vous parle jamais d’importateurs. Je terminerai par rappeler ce que m’a dit un vendeur de Derb Ghallef : « Les grosses marques se moquent des Marocains. Beaucoup de gens ici n’ont pas les moyens de se payer une paire de baskets à 300 euros ! Avec nos produits, ils peuvent goûter un peu au luxe… »


Tous les articles écrits par Julien Félix.

4 Responses to “De Canton à Derb Ghallef : importer de Chine”

  1. “On peut déclarer ainsi une cargaison à, disons 50 000 dirhams, alors que sa valeur réelle flirte avec les… 400 000 dirhams.”
    Ce n’est pas aussi simple que ca.

    La ’sous-déclaration’ est une pratique quasi-courante dans le commerce international visant à passer les barrières douanières. C’est un vrai casse-tête pour les douanes qui y laissent des milliards de $ de manque à gagner.

    Pour y faire face, dans toutes administration des douanes, il existe un “service de la valeur” qui expertise les factures et les valeurs des produits suspects.

    Ainsi, de manière systématique, tous les produits, toutes nomenclature confondue, ont une valeur en douane minimum sur laquelle s’appliquera l’imposition.

    En cas de litige, il peut arriver qu’un agent des douanes vous accompagne sur le marché pour constater la valeur (prix de vente) du produit incriminé.

  2. Tout a fait d’accord avec Nasser.
    De plus, pour payer la marchandise et sortir donc des devises du pays, il faut la facture de justification. Si donc la marchandise est sous evaluee, comme vous ne pouvez sortir que l’equivalent en devise, il faut se debrouiller pour payer le reste en sortant des devises du pays par un autre biais. Tout le monde ne peut donc pas le faire, sauf les gros qui ont par exemple des business en dehors du Maroc et donc les devises pour payer la différence de valeur.

  3. faire de la sous-facturation en douane de 400 MILLE à 50 MILLE dhs c ‘est facile à dire mais pas facile à faire - et il y a un risque énorme qui s’appèle l’amende ( monumentale ) et la prison.
    c’est simple de faire une enquete sur les prix de vente dans les boutiques et de les comparer au prix déclarés en douane.
    on peut également travailler honnetement au maroc en important des produits de bonne qualité en provenance d’europe sur lesquels on ne paye aucun droits de douane ( dans le cadre des accords maroc/cee ) - et les importateurs ne sont pas tous des traficants

  4. Je plussoie. La sous facturation en douane, c’est beaucoup moins simple que ça.
    De plus, ça a un corollaire, c’est la sous-facturation officielle aux acheteurs au Maroc, sinon on se retrouve à payer plus d’impôt sur le revenu qu’on aurait payé de taxes douanières.

    Bref, quand ça se pratique comme décrit plus haut, il ne faut pas oublier dans ce cas là le corollaire obligatoire : l’enveloppe du douanier. Sinon, impossible de faire de telles sous-facturations.

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