Créer une SSII au Maroc.
Les services informatiques se développent au Maroc et leur succès est largement médiatisé (Cap Gemini, SQLI, STERIA, …). Cela donne des idées à de nombreux informaticiens en France (français ou marocains) de créer une SSII au Maroc.
C’est un secteur que je déconseille à un entrepreneur sans expériences, à moins d’avoir un savoir-faire particulier ou une clientèle captive.
Ne pas sous estimer la concurence
Tout d’abord, l’idée de monter une SSII n’est pas nouvelle. Il y a déjà beaucoup de sociétés installées qui ont acquis un savoir-faire. Pas facile dans ces conditions, pour le dernier arrivé, de se faire une place.
Difficulté d’embaucher
Les informaticiens marocains sont très sollicités. La preuve est une inflation visible des salaires. Un ingénieur débutant touchera (à Casablanca) un salaire de départ souvent supérieur à 7000 dh (1). Avec 2 ans d’expérience il devrait pouvoir obtenir 12 000 dh (*). Face à la pénurie de candidats, les salaires devraient continuer à augmenter fortement dans les prochaines années.
A la difficulté d’embaucher, j’ajouterai la difficulté de fidéliser ses collaborateurs. Le marché évoluant sans cesse, les candidats compétents auront la volonté d’évoluer rapidement. Il n’est pas certain qu’une SSII « banale » puisse retenir longtemps ces profils.
Difficulté de trouver de « bon » client
Je me souviens de la conversation d’un porteur de projet qui me disait : « Ce ne doit pas être difficile de trouver des clients, je crois que c’est pas ce qui manque au Maroc… y a tout à faire ». Il a en partie raison. Les besoins sont là, mais la principale difficulté, comme souvent, est de trouver les « bons » clients : ceux qui sont prêts à payer le service à son juste prix (2).
Les « bons » clients sont limités : les opérateurs télécoms, les banques, quelques grands groupes. Le marché des PME est inexistant. Les administrations marocaines ont certes de grands besoins, mais la signature et la gestion des contrats demandent une très bonne connaissance des processus de décision. Comme je le disais en premier lieu : les places (intéressantes) sont déjà prises.
Il existe cependant des opportunités
Notre agence immobilière à Casablanca est un bon observatoire. Je vois notamment des sociétés spécialisées dans le domaine des télécoms s’installer au Maroc. Elles ont un savoir-faire unique qui intéresse Wana, Meditel ou Maroc Telecom. Ce sont de petits éditeurs de logiciels comme des SSII reconnues qui s’installent souvent à la suite de la signature d’un premier contrat. Ils sont incontournables car leur savoir-faire n’existe pas sur place.
Le second modèle qui fonctionne bien est celui des filiales de sociétés européennes qui viennent sous-traiter leur travail au Maroc. Ce sont sont des sociétés de toutes tailles : de la petite structure de 3 ou 4 personnes (qui fait développer des sites web) à la société de services qui emploie plusieurs centaines de consultants. C’est de l’offshoring avec une clientèle captive.
En revanche, l’Offshoring (la délocalisation) des services informatique, sans clientèle captive, aura du mal à se développer au Maroc. L’inflation des salaires rend de moins en moins pertinent le développement de logiciels à bas coûts.
Lire aussi dans la revue de presse :
Les ingénieurs marocains s’expatrient à Dubaï
___________________
(1) Salaire mensuel net, hors avantages.
(2) Trouver les bons clients est une problématique récurrente au Maroc. La phrase que j’ai recopiée me rappelle mes premières erreurs concernant le marché de l’immobilier. A Casablanca la demande d’achat de bien immobilier est forte (4 millions d’habitants). Tout semblait à faire. Et pourtant nous avons abandonné le marché des transactions entre particuliers : beaucoup de demandes, peu de clients prêt a payer le service.
Installé à Casablanca je dirige Casavisa (www.casavisa.com) une agence immobilière à destination des professionnels. Vous pouvez aussi consulter la rubrique Immobilier Casablanca sur mon blog.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

Laurent …
souhaites tu payer un ingénieur au SMIG ?
Bonjour
Je suis agréablement surpris par la qualité de cet article et je te trouve bien informé sur le sujet. Je voudrais compléter par deux ou trois idées surtout des nuances à apporter puisque je connais assez bien le secteur.
Le marché des services informatiques au Maroc est loin d’être saturé. Il y a beaucoup de chose à faire pourvu qu’on réfléchisse à son projet avant car comme tout investissement c’est un acte qui a ses risques et ses exigences.
On peut parler de deux secteurs de clientèles au Maroc :
- La clientèle locale : Banques, Adminsitration, opérateur de télécoms… Quelques SSII marocaines monopolisent un peu le marché surtout les gros contrats et pas souvent par des pratiques éthiques. Il est à mon sens difficile pour une nouvelle structure de concurrencer celles déjà existantes. A moins si dès le départ elle a une taille critique qui lui permet de soumettre à de gros projets en pratiquant des prix concurrentiels. Il reste une deuxième option celle de trouver une niche/un produit encore mal exploité dans le marché marocain , d’innover pour créer le besoin . J’ai un mémoire des exemples qui ont créé un besoin et ont réussi à vendre leurs solutions à des offices et des organismes sur l‘échelle nationale.
- La clientèle étrangère via l’offshoring. Malgré ce qu’on peut lire ici et là tout reste à faire dans ce domaine. Il suffit d’avoir un partenaire étranger, un ou deux grands projets et profiter des avantages fiscaux et avantages en matières de coût pour faire un business rentable et viable.
Sur la « difficulté d’embauche » je crois que c’est un faut problème. Le salaire des ingénieurs (charges sociales comprises) reste de loin très concurrentiel. Même payé à 15.000 Dh le mois (ce qui n’est pas le cas) un ingénieur reste rentable au Maroc puisque les charges sociales sont minimes et les divers exonérations fiscales et incitations économiques font que la masse salariale reste très basse si l’on compare avec celle d’une SSII en province.
L’erreur à ne pas commettre c’est d’envisager le marché d’emploi que sous l’angle des lauréats des grandes écoles (qui sont les mieux payés) . Le Maroc forme peu d’ingénieurs informaticiens mais il existe plusieurs écoles privées qui forment des techniciens et des Bac + 4 compétents et très opérationnels. Il m’est arrivé même de les rencontrer dans des banques sur paris et ils donnent toujours satisfaction. Donc dites vous bien que contrairement aux idées reçues les compétences ne sont pas à chercher uniquement auprès des lauréats des grandes écoles mais aussi, et surtout, chez les lauréats des universités et des écoles privées. Un investissement minime en formation technique (langage de programmation, conception) d’un mois ou deux permettrait de compléter leur formation et faire d’eux des professionnels de grand qualité.
@larbi
> Le Maroc forme peu d’ingénieurs informaticiens mais il
> existe plusieurs écoles privées qui forment des techniciens
> et des Bac + 4 compétents et très opérationnels.
Je suis tout à fait d’accord. Il est préférable de fidéliser sur des compétences au juste niveau et de les faire évoluer plutôt que de recruter une compétence surdimentionnée qui risquerait de stagner … et donc de partir rapidement.
@Laurent
C’est quoi SSII?
Merci
SSII : Société de Services en Ingénierie Informatique
[…] Sur le même sujet : - Créer une SSII au Maroc […]
Bonjour
Je suis journaliste pour une émission de reportages sur France 2.
Cette émission, diffusée à 20h50, sera constituée de 5 reportages de 20 mn chacun.
Le thème traité est : Les changements de vie
« Ces personnes démarrent une nouvelle activité dans un tout nouveau cadre : ces hommes ou femmes étaient cadres, salariés, en France, aujourd’hui ils ont décidé de partir vivre au Maroc. Un beau jour ils ont dit “stop” et décidé de tout changer ! Comment ont-ils pris cette décision ? Quels obstacles ont-ils rencontrés ? Quelles ont été leurs joies et leurs déceptions ? »
Nous voulons montrer le parcours, l’évolution d’un changement de vie : de la prise de décision à la réalisation concrète, l’installation au Maroc d’une famille.
Si vous connaissez des personnes qui pourraient être intéressées par ce sujet, n’hésitez pas à leur laisser mes coordonnées afin que nous puissions leur exposer plus en détail le sujet de notre émission.
En vous remerciant par avance de votre précieuse aide, veuillez recevoir mes sincères salutations.
Alexia Andreollo
Journaliste
Réservoir Prod
00 33 1 53 84 33 27
aandreollo@reservoir-prod.fr
Bonjour!
Je viens de lire votre article, très intéressant.
j’ai besoin d’une étude ou des données récentes sur le développement des SSII au Maroc, vous pouvez m’aider?
plz c’est très urgent merci d’avance.
“Quelques SSII marocaines monopolisent un peu le marché surtout les gros contrats et pas souvent par des pratiques éthiques. Il est à mon sens difficile pour une nouvelle structure de concurrencer celles déjà existantes.”
J’irais même jusqu’a dire qu’il ne faut pas espérer pénétrer le marché interne tant il est infesté de pratiques tout sauf éthiques.
Pour réussir la création d’une structure viable, il faut un savoir faire que personne n’a sur place. Il faut que les consommateurs des services que ton organistion fourni n’aient pas le choix que d’être tes partenaires.
Dès lors qu’il y a concurence, il y aura corruption. Cette infection est le résultat d’un cercle vicieux. Le consommateur du service exige un bakchich dès qu’il a le choix entre plusieurs fournisseurs, et les fournisseurs sont pret à braver l’ethique pourvu qu’ils aient le marché, ce qui fait monter les enchère “bakchich-ique”, et ainsi de suite, jusqu’a ce que le consommateur s’habitue et le fournisseur aussi. Et au final, ça devient normal.
Ainsi, les règles économiques sont faussées. Un tel contexte inhibe la créativité et l’esprit entreprenant.
Pourquoi “se casser la tête” à inventer ou trouver une idée ou entreprendre sachant au final que le marché sera accaparé par un autre qui a aligné un bakchich.
Le Maroc est un terrain à défricher, il y a beaucoup à faire, et en premier lieux un minimum d’ethique économique à instaurer.