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Marcel et la villa – les travaux

C’est là que les choses commencèrent à se gâter.

Marcel devait au moins refaire les boiseries, tout l’aménagement intérieur, et aggrandir les chambres, planter la pelouse, creuser la piscine. Pour pouvoir héberger plus de monde, il avait imaginer de creuser des habitations pseudo-troglodytes au bout de son terrain, qui descendait en pente douce vers le lac. C’était en dehors des limites indiquées sur son titre, mais je ne sais quel officiel lui avait donné l’assurance qu’on le laisserait faire. L’officiel était un bon ami du Hajj vendeur, d’ailleurs.

Et d’ailleurs cet officiel avait un très bon architecte à lui conseiller, pensez donc un européen, établi à Marrakech, un spécialiste des piscines et des résidences de luxe “comme ce que vous comptez faire”.

C’est au moment où j’expliquais à Marcel qu’aucune promesse verbale sans témoin n’engageait un officiel, qu’on le poussait simplement à croire ce qui lui faisait envie, et qu’il ferait bien de se méfier et de prendre un autre architecte, en dehors de cette clique, que je me fis traiter d’oiseau de mauvais augure, et que Marcel coupa les ponts.

Nous suivimes donc ses aventures par personne interposée, mais tout se sait au Maroc.

Marcel commença, sur recommandation du Hajj, par embaucher un gardien, en réalité quelqu’un qui gardait la villa voisine. C’était un brave homme, pensez donc il faisait le thé quand Marcel arrivait… et d’ailleurs, il reçu aussitôt un salaire de 1.500 dirhams par mois, pour le motiver à regarder de l’autre côté de la haie une villa vide, et à attendre d’avoir un gazon à arroser.

Puis Marcel contracta avec l’entrepreneur européen de Marrakech, un Suisse je crois. Il recevait 6.000 dirhams par mois pour surveiller les travaux. Marcel lui louait une résidence à Ouarzazate pour qu’il soit confortablement installé pendant qu’il s’occupait de ces travaux dans une villa peu habtable. Et bien entendu payait la location de la voiture pour faire le trajet entre Marrakech et Ouarzazate, une à deux fois par mois. Tout cela en plus des honoraires habituels, en pourcentage du montant des travaux.

Que croyez-vous qu’il arriva ?

L’entrepreneur décida de tout casser, pour refaire du “vrai luxe”. Changer l’escalier de place, le patio, la cuisine. Il fallait des plafonds avec des poutres de palmier, et des roseaux. Il fallait changer entièrement toutes les balustrades, au lieu de simplement les poncer et les revernir.
On commença à planter du gazon, pour faire joli, avant de l’arracher pour creuser la piscine. Piscine qui fut creusée avant de commencer les habitation troglodytes.
Heureusement l’entrepreneur s’aperçut du risque, et décida de ne pas continuer la piscine avant de faire les chambres troglodytes.

Mais le fonctionnaire officiel avait changé de poste, et le nouveau responsable refusait catégoriquement toute construction en dehors des limites du terrain. Il fallu donc reboucher les ouvertures des chambres troglodytes et dire adieu à la rampe qui devait descendre vers le lac et les jet-skis.

Avec tous ces imprévus on était arrivé au mois de mai, et il était trop tard pour planter le gazon.

Ce qui n’aurait pas été possible de toutes façon, car les matériaux de construction et les troncs de palmier était stockés sur la future pelouse, tandis que les gravats du réaménagement intérieur étaient stockés dans le trou de la piscine.

Marcel, occupé à essayer de gagner beaucoup d’argent pour payer tout cela, ne venait pas très souvent au Maroc.

Pour un de ses voyages d’inspection, l’entrepreneur, pour lui prouver que les choses avançaient, fit entièrement repeindre sa façade, d’un très beau rouge sombre qui détonnait totalement avec le rouge “marrakech” de toutes les autres villas.

Il faudrait bien sûr refaire une autre peinture pour obtenir le permis d’habiter.

Mais ce n’était pas urgent, car à l’intérieur, il n’y avait toujours pas d’électricité. Les coffrages en ciment des nouvelles pièces avaient été faits, la cuisine casée où on pouvait, les chambres avaient maintenant chacune une salle de bains, mais l’ouverture des douches était si étroite qu’on ne pouvait y pénétrer que de profil.

Le petit jeu dura deux ans.

Au bout de deux ans, et après avoir vendu sa maison parisienne, Marcel se rendit compte qu’il avait mis, en plus du prix d’achat initial, plus de 2 millions et demi de dirhams dans des travaux qui avaient détruit sa villa.

Il porta l’affaire au tribunal.

L’entrepreneur, subitement en faillite, fut condamné à trois mois de prison avec sursis.

Le numéro de portable de Khalid est maintenant peint sur le mur de la villa de Marcel, “à vendre”.

Photographe et webmaster, je vis entre la France, l'Allemagne et le Maroc. Spécialisée dans les activités touristiques et les sites multiculturels, j'essaie de faire connaître le Maroc, et d'aider à sa découverte. Mes deux principaux sites sont Lumière de Lune et l'Oasis de Mezgarne
Tous les articles écrits par Marie-Aude Koiransky.

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