Jamila et l’enfer du crédit, la suite …

Je vous avais parlé de Jamila (le crédit à la consommation, sauce marocaine) et de ses multiples crédits dans un précédent post. Elle continue de payer son nouvel appartement dans lequel elle n’habite toujours pas. Lui préférant ses 9 mètres carrés de l’ancienne médina qu’elle partage avec ses trois fils.

Mais voilà trois mois que Jamila est confronté à un nouveau problème. Toutes ses amies la harcèlent pour qu’elle fête sa nouvelle acquisition. Jusqu’ici, elle s’en était plutôt bien sortie … Le fils d’une voisine ayant été envoyé en prison pour un vol de portable, elle avait la bonne excuse : ce ne serait pas correct de s’amuser dans un pareil moment.

Hélas pour elle, les nouvelles vont vite. Le jeune adolescent vient de terminer son séjour à l’ombre et ses amies l’ont appris. La voie est enfin libre pour organiser cette petite fête. Seulement voilà : Jamila est fauché. Outre les nombreux crédits à rembourser, le mois de ramadan l’a laissé totalement sur la paille. Elle a deux semaines pour réunir suffisamment d’argent pour sa réception. La somme ? 1200 dirhams !

Elle énumère… « Il faut quinze poulets, du couscous, des boissons, une centaine de pâtisseries… » Tout ça pour trente personnes. « Il y en aura peut-être plus, je préfère prévoir gros. » Et pas question d’être à cours de victuailles. « La dernière fois, l’une de mes amies nous a invitées et il n’y avait pas assez de nourriture pour tout le monde. C’était l’ahchoum, la honte. Je ne veux pas vivre la même chose. »

Commence alors une course contre la montre : 200 dirhams empruntés à une sœur, des avances sur salaires auprès de ses employeurs chez qui elle fait le ménage, de longues négociations avec l’épicier pour avoir un crédit… Et la vente de sa montre, cadeau d’une de ses amies françaises chez qui elle a travaillé plusieurs années.

Le jour de la réception arrive enfin, Jamila est lessivée… Elle a passé les derniers jours à courir dans Casablanca pour trouver les derniers dirhams qui lui manquaient. Toutes ses modestes économies y sont passées… Hélas ! C’était la petite cagnotte qu’elle mettait de côté pour le mouton de l’aïd. « Je crois que pour le mouton, je vais devoir prendre un autre crédit… »

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