Fait-divers au Maroc : un certain goût pour le trash
Laurent parlait de la une Tel Quel sur le X (avec un gros, énorme, « X » rouge sur fond noir, dès fois qu’on ne l’aurait pas vu). Il est vrai que ce magazine a souvent tendance à consacrer ses unes à des sujets racoleurs. Reste que cet hebdomadaire propose aussi régulièrement des articles de qualité et a le mérite de bousculer pas mal de tabous.
Pour ce qui est du racoleur, je pense d’ailleurs que de nombreux autres titres de la presse (marocaine) francophone n’ont rien à leur envier. Principalement dans un genre journalistique délicat : le fait-divers. Certains journalistes n’hésitent pas à mettre les deux pieds dans le plat. Le Reporter offre chaque semaine un joli cas d’école. Celui que je vous propose de décortiquer a été publié en janvier 2006. Je l’ai choisi car il compile en quelques lignes tous les travers du fait-divers dans la presse marocaine.
Déjà, le journaliste ne se donne pas la peine de protéger l’anonymat du coupable. Enfin, du coupable « présumé », car on apprend dans le papier que le « K » en question n’a pas été jugé. Mais visiblement, cela ne pose pas le moindre problème à l’auteur qui piétine joyeusement le droit à la présomption d’innocence. Surtout lorsqu’il s’agit du beau-frère d’un islamiste bien connu au Maroc. Mieux, on apprend aussi le nom de son épouse et leur lieu de résidence. Tant qu’à faire, on Le Reporter aurait pu nous donner l’adresse… La famille de « K » apprécierait sûrement…
Ensuite, l’article s’attache à dresser un portrait bien peu reluisant du « K » en question :
« Il veut devenir extrêmement riche et mettra tout en œuvre pour y arriver. Pour le moment, il mûrit tranquillement son plan. Il est employé dans un petit restaurant au centre ville. Mais ses revenus mensuels ne lui suffisent pas. (…) “Il me faut gagner plus et rapidement”, se disait-il souvent. Mais comment ? Il avait sa petite idée et cela ne devait pas être difficile… »
Voilà, en quelques lignes on a déjà taillé un joli costard au malheureux « K ». Il apparaît comme quelqu’un de calculateur, guidé par l’appât du gain. Le journaliste a même réussi à s’immiscer dans ses pensées les plus intimes…
Après un premier larcin, le « K » se retrouve en prison quelque temps…
« Mais à l’intérieur de la prison, il avait mûri un autre projet qui lui permettrait d’avoir une fortune inestimable sans avoir à fournir trop d’efforts. Son obsession de devenir riche grandissait sans cesse. Or, pour réaliser son nouveau plan, il doit user de pratiques occultes. Kamal repère, dès lors, celle qui devrait lui permettre de concrétiser assez facilement son projet. Il s’agit de la fille du voisin, H…. En effet, celle-ci a une touffe de cheveux particulière sur la tête. Elle est de ceux qu’on appelle “les zouhris” dans le langage populaire. C’est d’ailleurs pour cacher cette particularité qui attirait la curiosité des gens que sa mère a obligé Hanane à mettre le voile. Mais, K… l’avait déjà repérée. »
Un must : dans le rôle du grand méchant « barbu », K, et dans celui de la victime, une jeune fille vulnérable, le tout saupoudré d’un zeste d’ésotérisme. Le tout est à l’avenant jusqu’au dénouement tragique :
« Il entre et ferme la porte derrière lui. La fille n’eût pas le temps de se remettre de sa surprise que le couteau lui transperça le cœur. K… s’est rué sur elle comme un forcené la poignardant à plusieurs endroits du corps. »
Et voilà une scène de crime, racontée façon « Nouveau détective ». Sauf qu’ici, l’hebdomadaire se veut « d’information générale. »
« Il est inculpé de meurtre avec préméditation et de pratique de sorcellerie. Il risque la peine de mort, s’il est reconnu coupable devant le tribunal. La peine de mort n’est plus appliquée au Maroc depuis quelques années, mais au vu de ses aveux, il lui faudra un coup de fortune pour échapper à la prison à vie. Et tous les trésors du monde n’y pourront rien changer. »
« K » n’est pas encore condamné, mais le journaliste s’est fait juge. Des faits-divers come celui-là, Le Reporter en est friand. Comme bon nombre de journaux marocains. Le pays dispose pourtant d’un code de la presse. Malheureusement, ce dernier sert plus à censurer quelques titres indépendants qui ont le malheur de s’en prendre au roi ou aux hautes autorités de l’état, qu’à punir ce genre de travers. Pourtant, en matière de diffamation, difficile de faire mieux…
Tous les articles écrits par Julien Félix.

On se rend compte enfin qu’une certaine racconte n’importe quoi et ce depuis des années.
En définitive je trouve démagogique qu’à chaque fois que l’on ait parlé de la presse le sujet des critiques non autorisées vers le roi vienne sur le tapis.
J’ai l’impression aussi qu’aujourd’hui au Maroc, l’on tire sa légitimité auprès de l’occident dans le fait de critiquer ou non le roi.
Moi la question que je me pose est ce que c’est constructif de critiquer le roi?? Il y a une censure en effet au Maroc, mais vous allez peut être me faire croire qu’en France la presse ne connaît pas une certaine censure? Sous une autre forme certes mais elle existe.
Donc pour moi l’article que l’on vient de lire est un article qui trouve sa place à un seul endroit c’est à dire la poubelle, et certains articles à l’encontre du Roi y trouvent leur place aussi.
Julien, s’agissant des faits-divers, et en te cantonnant à la presse francophone, je te conseille La Gazette du Maroc qui y consacre une demi-douzaine de pages chaque numéro, ça vaut son pesant de cacahuètes déontologiques…
Tu as parfaitement raison sinon. Les faits-divers sont décrits de manière subjective, en se mettant à la place soit de la victime soit de l’auteur, sans respect de la présomption d’innocence ou de l’anonymat des intéressés.
Par contre, l’expression “le coupable présumé” est impropre, puisque c’est l’innocence qui est présumée alors que la culpabilité doit justement être prouvée et ne se présume pas. Des termes comme le suspect ou l’accusé seraient préférables.
@Ibn Kafka: effectivement, j’aurais du employer le terme suspect. Autant pour moi. Voilà que je perds mes bases en fait-divers, mince!
@Mohamed: la critique constructive, cela existe… Quant à l’auto-censure, effectivement, cela se pratique partout,même en France. Mais là n’était pas mon propos. Je remarque juste que le code de la presse ne permet pas d’élever celle-ci vers le haut, mais seulement de museler certains journalistes.
hé ben, je savais pas de tel chose ce produisé au maroc,
mes franchement moi même depus X temps, j’ai pas avec les barbus
ainsi avec les islamiste, ma parrole je me méfit, même autant
qu’une femme qui passe son foulard dans sa tête, et quand elle sors
dieu c’est ce quel fait, en tout cas cette histoire ma donné la chaire de poule, une pauvre gamine a subi un sors d’un psychopathe, et à la fin il n’est pas jugé ??!!! non mes franchements qui en vas jugé aujourd’hui ?
M.Felix,
Loin de moi l’idée de contester votre démarche. Quand un journal publie un article, l’article en question est livré à l’appréciation de tous. Et ceux qui n’en apprécient pas le contenu sont - cela est indiscutable - libres d’exprimer leur point de vue. Nous ne mettons pas tant d’énergie à défendre la liberté d’expression pour en critiquer l’application quand cela nous concerne…
Cependant, vous qui paraissez si sourcilleux sur les précautions dont il faut s’entourer avant de s’en prendre à quiconque, je ne vous vois pas prendre ces précautions en procédant à ce lynchage en règle du “Reporter” que vous donnez à lire à vos e-lecteurs. L’équipe du “Reporter” a apprécié. De même que la famille de la pauvre jeune fille sauvagement poignardée dont la journaliste qui a écrit cet article est très proche…
Je vous concède qu’il y a dans la narration des faits (qui sont avérés et le coupable, car, ne vous en déplaise, c’en est un, a été arrêté pour son crime, même si, à l’époque, il n’était pas encore jugé) - une volonté trop affirmée de sensibiliser le lecteur à l’aspect crapuleux d’un rite obscurantiste que seule notre société connaît. Mais de là à tout mettre en doute et vous autoriser à vous moquer du travail d’un journaliste et d’un journal en vous posant en donneur de leçons qui distribue blâmes et satisfecit (dans notre cas, il n’y a eu que blâmes. Tel quel a eu plus de chance..), je trouve cela un brin présomptueux de votre part.
Sans vouloir vous vexer, si vous aviez les qualités requises pour donner des leçons de journalisme au monde, cela se saurait… Et en premier lieu dans votre pays. Mais il est peut être plus facile de venir chez les “bougnoules” lire leur presse imparfaite et la noter, plutôt que de faire profiter la planète des reportages exemplaires que vous ne faites pas.
Un conseil, M. Felix, au lieu de vous amuser à nous regarder à travers vos lunettes occidentalo-centristes - ce qui n’impressionne plus personne - employez vous à nous donner l’exemple en devenant vous-même un grand journaliste. Nous en apprendrions sûrement plus en lisant vos futurs “irréprochables” articles et reportages qu’en continuant à recevoir des alertes google nous signalant vos commentaires sur notre travail (j’oubliais en effet de vous dire que c’est par une alerte google “le Reporter” que j’ai appris que vous existiez et à quoi vous employiez votre temps).
Un dernier mot pour finir. Personne autour de moi n’était d’accord pour que je vous réponde. Pour eux, c’était vous donner plus d’importance que vous n’en aviez. Mais, voyez-vous, j’ai le même défaut que vous. Moi aussi, de temps en temps, j’aime donner de petites leçons… Celle là n’était pas bien méchante, comparativement aux insultes que nous avons dû essuyer.
@Bahia Amrani
Vous écrivez
> Mais il est peut être plus facile de venir chez
> les “bougnoules” lire leur presse imparfaite et la noter,
> plutôt que de faire profiter la planète des reportages
> exemplaires que vous ne faites pas.
C’est à la fois faux et insultant. Que vous ne soyez pas d’accord avec Julien Félix c’est une chose. Que vous lui prétiez des attitude racistes ( venir chez les “bougnoules” ) parce qu’il critique comme professionnel le travail journalistique de votre journal ne vous honore pas. Ce commentaire manque de la plus élémentaire honeteté et rigueur.
Enfin, lorsque vous placez à la une de votre dernière édition :
> Révélations sur les dangers des pratiques sexuelles des routiers
Je ne peux que rejoindre Julien quand il écrit :
> Pour ce qui est du racoleur, je pense d’ailleurs que de
> nombreux autres titres de la presse (marocaine) francophone
> n’ont rien à leur envier.
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