Comme tous les mois, Rose débarque d’Abidjan à l’aéroport Mohamed V avec deux grosses valises. A l’intérieur, des kilos de cosmétiques. Des produits pour éclaircir la peau, des mèches, des crèmes au beurre de karité… Sa clientèle ? La communauté africaine de Casablanca qui s’arrache ces biens, introuvables au Maroc. En deux jours, Rose a écoulé sa marchandise. Elle a tout juste le temps de faire le tour des marchés. Car pas question de rentrer à vide : elle doit achalander sa petite boutique de fringues d’Abidjan. Cap sur Korea, l’ancienne médina et Derb Ghallef. Elle achète autant de cravates, de jeans et de chaussures que ses valises peuvent contenir.
Vu le prix du billet, entre 6000 et 9000 dirhams, il faut que le business soit rentable. Un jean de contrefaçon payé 100 dirhams dans une petite boutique de Korea, se revend quatre fois plus cher à Abidjan. Et Rose multiplie les combines pour pouvoir ramener plus que les 40 kilos autorisés. A l’aller, elle repère des petits groupes de passagers faiblement chargés. Sa cible de prédilection : les hommes d’affaires qui viennent passer quelques jours dans la capitale économique marocaine. Munis seulement d’un petit attaché-case, ils peuvent facilement prendre quelques sacs supplémentaires au retour. Moyennant une petite commission. A chaque fois, Rose réussit à en embaucher un ou deux. Un sourire, un petit numéro de charme et hop, l’affaire est faite.
Autre système : les hôtesses de l’air. Rose a son petit réseau dans les compagnies aériennes qui l’aide à ramener sa marchandise en Cote d’Ivoire. Là, les tarifs sont fixes : un pourcentage est établi à l’avance sur chaque produit. L’avantage : les hôtesses peuvent écouler autant de fois le même article. Avec les passagers, c’est plus compliqué. Au-delà d’un certain nombre d’articles similaires, il faut payer une taxe.
Au-delà des vêtements pour sa boutique, Rose travaille aussi pour des grossistes ivoiriens. Son produit le plus rentable ? Des dragées de chez Pastor. Les sucreries du célèbre chocolatier de Casablanca se revendent près de dix fois plus chères à Abidjan.
Rose n’est pas la seule à vivre de ce petit business. Etant donné qu’aucun visa n’est nécessaire entre les deux pays, beaucoup d’Ivoiriens font ce genre d’aller et retour régulièrement. Et c’est aussi comme ça qu’un jean de Korea se retrouve parfois vendu sur un trottoir d’Abidjan