Pourquoi la femme marocaine va au hammam toutes les semaines.
Suite au commentaire d’Abdou, dont la fin était assez moqueuse,
1 femme sur 10 en France par exemple fréquente un salon d’esthétique. La femme marocaine même si elle n’a pas tout ça. Elle a au moins un SPA par semaine ( Hammam BELDI).
j’ai eu envie de vous expliquer pourquoi « la » femme marocaine va au hammam toutes les semaines, et pour cela, pour une fois, je vais vous parler de ma belle-famille.
Mon mari est berbère, des confins de la vallée du Draa. Son père a 77 ans, il n’est jamais allé à l’école, il ne sait pas lire, mais il se compte suffisamment pour tenir sa petite boutique.
C’est une famille pauvre. Quand il était jeune, mon beau-père passait la frontière pour aller se louer sur les terres des colons algériens. Il a été ouvrier paysan, chez les autres, et ceux qui connaissent le Maroc savent ce que cela veut dire, il a été tailleur, il a ouvert un petit garage.
Ce n’est pas une famille parmi les plus pauvres. Ils ont quand même quelques terres, qui étaient une jolie ferme à henné, avant la grande sécheresse qui a commencé une quinzaine d’années. La ferme a été abandonnée, et c’est pour la faire revivre que nous avons créé notre camping berbère. Le fils aîné, qui a repris le garage de son père, doit avoir un revenu annuel de l’ordre de 3.200 euros, soit à peu près 10% de plus que le seuil relatif de pauvreté dans le monde rural, et cela pour entretenir une famille de 8 personnes. Il s’en sort parce que deux de ses fils travaillent avec lui au garage, rammenant en tout 2.000 euros de plus, mais quand ils vont se marier, dans quelques années, cela deviendra difficile.
Ma belle-mère était déjà veuve avec une fille quand elle a épousé mon beau-père. Ils ont eu 9 enfants.
A l’exception de l’aîné qui n’aimait vraiment pas les études, les 7 garçons sont allés jusqu’au baccalauréat (les filles, qui étaient en plus dans les aînées n’ont pas fait d’études, l’école pour les filles s’est généralisée il y a une vingtaine d’années seulement à Tazzarine).
L’aîné a donc repris le garage, le second est proviseur dans un lycée, le troisième professeur, aussi dans un lycée. Un autre est officier de gendarmerie, l’un d’entre eux est technicien spécialisé climatisation en France, le plus jeune est grand taxi, et l’avant-dernier c’est mon mari.
A la troisième génération, sur quatre neveux et nièces ayant passé le bac, trois font ou ont fait des études supérieures. La suivante, qui est une fille de Tazzarine, s’arrêtera après son bac cette année, mais son fiancé, avec qui elle s’est engagée l’année dernière, souhaitait repousser le mariage jusqu’à ce qu’elle ait fini ses études.
C’est aussi ce qui s’est passé pour une de mes nièces, qui aura attendu près de deux ans entre ses fiançailles et son mariage, pour finir sa licence.
A la génération de mon mari, les mariages étaient arrangés. Il y a eu des ratés, et quelques divorces, et il y en a une majorité de réussis. A la génération suivante, il semble que la vieille tradition berbère, où le garçon demande son avis à la fille avant d’aller faire arranger le mariage par les parents reprenne du poil de la bête.
J’ai pourtant assisté à un mariage où les époux se découvraient dans la chambre nuptiale. Et pour l’instant, c’est un mariage heureux.
Tout ça pour dire qu’il s’agit d’une famille normale du Maroc rural, quand même plutôt libérale (sinon ils ne m’auraient pas aussi bien accueillie), et avec un éventail « socio-professionnel » assez large.
Je la prends assez souvent comme référence quand il s’agit de discuter des conditions de vie dans un Maroc qui n’est pas celui des privilégiés ou des grandes villes, mais celui de cette fameuse classe moyenne en cours d’émergence.
Donc pourquoi les femmes de la famille vont-elles au hammam toutes les semaines ?
Jusqu’à il y a trois ans, seules deux familles avaient l’eau chaude à domicile, celle du professeur, et celle du gendarme (locaux du gouvernement… néanmoins sa dernière affectation étant Figuig, l’eau, froide ou chaude, arrive difficilement). Et bien sûr les familles immigrées en Europe, mais ça c’est une autre histoire.
Avant d’avoir notre propre maison, nous squattions régulièrement chez le proviseur de lycée. Il n’y avait même pas de robinets pour l’eau chaude, et nous faisions chauffer notre eau dans la bouilloire, sur le petit réchaud à gaz, près de la baignoire, pour la mélanger aux grands seaux d’eau froide.
Il a maintenant déménagé, un logement de fonction fourni par l’état, dans l’enceinte du lycée, une maison assez vaste avec un jardin et 7 grandes pièces, et il y a toujours un seul robinet pour l’eau froide.
Quant à Tazzarine, il y a deux douches seulement au douar pour 16 résidents permanents. Les chauffe-eau ont été montés il y a trois ans, quand l’unique hammam de Tazzarine a été fermé, il y avait une grosse fissure dans le mur qui n’a toujours pas réparé, donc il n’y a pas une seule femme de Tazzarine qui va au hammam.
Personnellement, je fais partie des femmes françaises qui ne vont pas en institut de beauté, par choix, parce que j’ai des tas de choses plus épanouissantes à faire dans mon temps libre que d’aller papoter dans un salon plein de nanas, le visage recouvert de trucs bizarres qu’on me vend 10 fois plus cher que ce qu’ils valent… mais je sais aussi que pour les femmes de ma famille, avoir la possibilité d’aller au hammam uniquement quand elles en ont envie, et pas par obligation hygiénique, une fois par semaine, est perçu comme une libération.
Il m’est très difficile de parler de « la » femme marocaine. J’en côtoie au moins trois, la femme rurale, la femme traditionnelle qui vit en ville, et la femme moderne (pas besoin de préciser qu’elle vit en ville). Et chacune des trois est sur une planète totalement différente.
Photographe et webmaster, je vis entre la France, l'Allemagne et le Maroc. Spécialisée dans les activités touristiques et les sites multiculturels, j'essaie de faire connaître le Maroc, et d'aider à sa découverte. Mes deux principaux sites sont Lumière de Lune et l'Oasis de Mezgarne
Tous les articles écrits par Marie-Aude Koiransky.



J’aime bcp la conclusion. Au moins 3 en effet.
Et je pense que cela s’applique aussi à « l’homme marocain ».
[...] propos « Marcel, sa Marcelline et le camping-car Pourquoi la femme marocaine va au hammam toutes les semaines. [...]
Merci à tous les deux. Vous m’avez donné l’occasion de clôre le débat :
La femme occidentalisée et l’avenir de l’homme marocain.
(votre contribution a été ajoutée à la fin du billet)
c’est debile ton histoire, deja tu parle de ta famille, donc faut pas generaliser en disant » la femme marocaine » et le pire c’est que t’as repondu a la question, le pourquoi ?