Bilan professionnel au Maroc (2 ans déjà)
J’ai débuté mon activité professionnelle au Maroc en janvier 2006. En deux ans j’ai connu pas mal de hauts et de bas. J’ai l’impression que les phases par lesquelles je suis passé (au nombre de 4 pour l’instant) sont communes à beaucoup d’entrepreneurs qui s’installent.
Phase 1 : L’euphorie
Lorsque l’on pose les pieds au Maroc, on a l’impression que tout est à faire et que l’on va être capable de tout faire. J’avoue être passé par là (mon blog dans les 1er mois qui ont suivi mon installation au Maroc reflète assez bien cette “griserie”). Je m’amuse maintenant de voir passer dans les locaux de notre agence immobilière quelques entrepreneurs qui pensent pouvoir « révolutionner » l’immobilier, le textile ou la communication au Maroc, comme j’ai pu le penser au début.
Pour revenir à mon parcours personnel, j’étais arrivé dans l’idée de développer une activité de location courte durée à Casablanca. Une fois sur le terrain, nous nous sommes aperçu de différentes difficultés (juridiques notamment). Cette activité semblant délicate à mettre en place, nous avons changé notre fusil d’épaule pour débuter une activité de vente de terrains. Nous avons même envisagé l’installation d’une agence à Marrakech … beaucoup de projets séduisants sur le papier, mais pour en final très peu de résultats.
On voit dans ce qui précède toute la difficulté de faire un business plan et de trouver de l’information fiable. C’est souvant sur le terrain que vous serez à même de collecter les informations importantes.
Phase 2 : La gueule de bois
La gueule de bois arrive quand on commence à s’inquiéter de ses rentrées (ou plutôt de l’absence de rentrée) d’argent. L’euphorie vous fait oublier certaines réalités (votre banquier vous les rappellera rapidement).
Au bout de 6 premiers mois de l’aventure de Casavisa, le chiffre d’affaire de la société était toujours à zéro. Phase de doutes : après l’euphorie, on finit par croire que rien n’est possible au Maroc. Dans mon cas personnel, c’est seulement en allant chercher dans les souvenirs de mes parcours précédents (et en ayant la chance d’être bien épaulé) que je pense avoir pu trouver les ressources de ne pas (trop) douter.
C’est généralement à ce moment là que la sélection se fait : certains entrepreneurs repartent souvent avec l’impression de s’être fait avoir, avec beaucoup de ressentiments. Ils n’ont simplement pas compris que le Maroc n’est pas un eldorado, c’est un pays émergeant où les places sont chères. C’est une des raisons pour lesquelles je pense que le Maroc n’est pas fait pour les entrepreneurs débutants.
Phase 3 : On casse tout et on reconstruit
Je considère que les phases précédentes ont été une sorte d’école de commerce payante (un MBA version marocaine ;-)). Faire toutes ces erreurs était nécessaire pour apprendre par la pratique comment fonctionnait l’environnement des affaires à Casablanca dans mon domaine.
Au bout de 9 mois, nous avons commencé à signer nos premières affaires, dans le domaine de l’immobilier professionnel. Il a fallu ensuite une nouvelle phase de 9 mois pour mettre en place les process, développer les outils, le site Internet, recruter (et faire quelques erreurs de recrutement) pour enfin équilibrer faire décoller l’activité et atteindre notre point mort.
Phase 4 : Le travail finit par payer
Si vous avez pris le temps de construire une activité sur des bases solides vous avez de bonnes chances de la faire prospérer. La difficulté à développer une activité est identique pour tout le monde. Si vous parvenez à vous accrocher et durer, vous aurez alors un avantage certain par rapport à des concurrents qui devront passer par les mêmes phases que vous.
Depuis le mois de juillet 2007 (soit 18 mois après avoir créé la société) nous somme entré en vitesse de croisière. Le « système » commence à bien tourner. Nous pouvons pleinement nous consacrer à nos clients et à développer l’activité. Je pense que l’année 2008 devrait être profitable …
Les enseignements que je retire de cette petite expérience sont les suivants :
1) Prévoyez de quoi tenir un an sans rentrée d’argent, avec si possible une solution de repli. Eviter l’angoisse financière me semble être la priorité.
2) Ne vous éloignez pas trop de votre domaine de compétence. Limitez les risques.
3) Soyez très patient, le développement d’une activité au Maroc prend plus de temps.
La raison d’être de Casawaves est d’essayer de partager et de confronter nos différentes expériences. J’ai bien aimé l’image qu’a été utilisée par un commentateur, il y avait l’impression de suivre une « mini formation en ligne » …
MAJ :
Pour compléter ce qui précède, ce qui diffère par rapport à mon expérience en France est le temps. Tout est plus long :
- Le temps pour démarer une activité (voir ce qui précède).
- Le temps pour recruter les bonnes personnes (il faut souvent former).
- Le temps pour développer une relation de confiance avec ses clients (la méfiance est plus forte).
Tout n’est pas négatif, loin de là car la difficulté est la même pour tout le monde. Tout le temps nécessaire pour être opérationnel constitue une barrière à l’entrée vis à vis de nouveaux concurents.
Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière ainsi que de Linutop une société qui développe et commercialise des petits ordinateurs sous linux. Mon prochain projet est le développement commercial de Casawaves.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

Bonne chance (WEBHELP version immobilier :p )
Bravo Laurent pour la pertinence de ton analyse!
Bravo pour cette honnêteté intellectuelle!
Bravo pour le vademecum!
Bonne année et tous mes voeux de prospérité, de bonheur, de paix et de sérénité.
Félicitations pour le MBA version marocaine et merci de mettre le point sur la nécessité de ne pas baisser les bras en s’armant de patience parce que tout travail finit par payer.
Bonne continuation Laurent.
PS: Le Maroc est un Eldorado pour certains expatriés entrepreneurs ? je ne le savais pas, c’est une première.
Salut,
Félicitations!.
Alors, qu’est ce qu’il deviet Khalid? il travaille encore pour vous? c’est juste une question de curiosité…
Merci pour vos encouragement …
@Inconnu
Nous avons aujourd’hui une petite équipe de 7 personnes. Aucun n’avait une expérience de l’immobilier avant de commencer chez Casavisa.
En revanche aucun des collaborateurs (dont khalid faisait parti) ayant travaillé dans l’immobilier ne sont resté : problème principalement d’habitudes de travail difficiles a changer.
Ayant eu un parcours professionel identique dans la fonction, j’ai su apprécier votre synthése et il est vrai que ce pays est aussi attachant que déroutant. Il faut savoir l’apprécier pour supporter vos trois dernieres phases.
Bonne chance, le serieux paye toujours ici.
Tu as cumulé changement de pays + changement de secteur… donc, pas facile !
@vbs
> Tu as cumulé changement de pays + changement de secteur…
> donc, pas facile !
C’est vrai mais je me suis concentré sur ce que je connaissais bien :
la communication sur Internet et le développement d’outils de gestion informatique.
La maitrise de ces deux aspects (sans être suffisante) était nécessaire à la réussite de ce projet.
Je vous félicite pour votre travail, et pour le fait de le partager avec nous (vos lecteurs).
C’est rare, au maroc ou la superstition règne, le fait de parler d’un succès ou un début de succès relève du courage!
Merci pour votre témoignage, il est très pertinent pour des personnes qui sont à l’étranger et veulent entreprendre au Maroc…Mon mari veut lancer son entreprise au Maroc et avant même de commencer, il est dans l’euphorie ! Lui ne voit que les possibilités et moi que les barrières. Votre article montre les choses de manière réaliste pour que nous sachions à quoi nous attendre
Je vous souhaite une bonne continuation dans votre entreprise et beaucoup de succès bien mérité
Encore merci pour vos commentaires
@Stounemaster
Courage ? Principalement du bon sens: Comme je vais essayer de le détailler dans le prochain article, grâce à Internet le “partage” et la solidarité deviennent des stratégie gagnante.
Le fait que vous veniez ici et qu’à priori, dans vos commentaire, vous semblez me faire confiance a une très grande valeur, dans un pays ou la confiance est la matière première qui semble manquer.
Un objectif de ce magazine est de prouver par l’exemple que le partage et la solidarité peuvent être payant.
@Sabrina
J’ai vu tellement d’entrepreneur qui sont reparti lessivé du Maroc.
3 éléments importants, pour réussir :
1) Avoir de l’expérience dans l’entreprenariat.
2) Avoir suffisemment de capital pour tenir et reparti si nécessaire
3) Etre bien épaulé. Dans mon cas ce fut une compagne qui a partagé en me soutenant au quotidien et un proche collaborateur qui a toujours été présent dans les coup durs.
En parlant de haut et de bas … , les phases ‘euphorie’ et ‘gueule de bois’ sont symétriques ;).
Inutile de rajouter que les business plans inexistants ou baclés sont joués d’avance et se résument à ces deux chapitres.
Belle analyse que je partage.
Voilà une synthèse d’expérience intéressante qui donne de précieux indicateurs, et encourage ceux qui ont lancé leur société au Maroc depuis dix mois déjà, ce qui est notre cas. Notre tableau de bord est assez proche de celui de Casavisa, même si nous avons eu des petites rentrées d’argent plus rapidement
Il faut tenir en effet et avoir de la réserve financière pour se consacrer sur l’essentiel, en faisant preuve de professionnalisme, et de patience, le temps de prendre la mesure de la culture marocaine et de ses pratiques commerciales… Finalement, le vécu partagé de Laurent au Maroc nous a non seulement rassuré, mais aussi fait gagner beaucoup de temps dans notre adaptation à ce nouveau pays.
C’est sans doute aussi ce que je retiendrai de mon expérience, et que je répète régulièrement à ceux qui veulent s’installer au Maroc : on met beaucoup plus de temps à se faire une place.
Je me souviens d’un espagnol de Casablanca qui me disait “il est plus facile qu’ailleurs de faire des bons coups au Maroc, il est plus difficile qu’ailleurs d’y rester sur la durée.”
Bravo Laurent
[...] parlais dans mon dernier billet de la phase d’euphorie que connaissent souvent les (petits) entrepreneurs étrangers qui s’installent au Maroc : Lorsque [...]
Salut Laurent,
Bon ben après avoir tout suivi discrètement, j’suis quand même très content de voir que tout se passe bien. N’empêche, quand j’ai vu que ton projet commencait il y a deux ans, ça m’a fait prendre un coup de vieux, pour moi c’était il y a pas si longtemps qu’on prenait ce café aux Halles.
L’ex-thésard
Merci Laurent, un utilisateur averti en vaux deux, mais ici vu la valeur de l’euro et le niveau de vive le coefficient doit revu à la hausse ;).
Roger
[...] billet est une suite de “Bilan professionnel au Maroc : 2 ans déjà“, quelques réflexion personnelles sur mon installation à [...]
Mérci de votre temoignage sur se que vous avez du subir sur le terrain, mais celui-ci donne surrement de l’ éspoire aux gents qui viennent de commencer donc une vraie pur réalité sur se que JE et NOUS subissant chaque petite seconde de notre journée. Mérci encore.
Analyse pertinente qui colle à 100% à la réalité de l’entrepreneuriat au Maroc. ça résume aussi mon expérience personnelle. Ce qu’il faut retenir c’est :
1. Ne jamais se décourager
2. Le travail et le sérieux paient sur la durée
3. Une fois la construction de l’entreprise est faite, la réussite est presque garantie.
Encore une fois : TRES BONNE ANALYSE
pour moi, le principal probleme est la connaisance du pays, cad son administration, les différentes démarches à faire.
je me demande si il ne faut pas s’entourer des services d’un local qui connait les differentes rouages de l’administration ,des contacts avec les gens,le monde des affaires,etc..jusqu’au demarrage de la societe.
@kenan
> je me demande si il ne faut pas s’entourer des services
> d’un local qui connait les differentes rouages de l’administration
> ,des contacts avec les gens,le monde des affaires,etc..
> jusqu’au demarrage de la societe.
C’est en théorie la bonne stratégie (c’est ce que j’ai essayé de faire). Le problème est qu’il faut trouver une personne de confiance, ce qui n’est pas facile (la personne qui m’avait conseillé m’a finalement fait perdre du temps et de l’argent).
Le conseil que je donne : si votre business dépend du bon vouloir de l’administration (et peut être fermé a tout moment) changez de buziness.
@kenan, vous avez tout à fait raison. Le principal problème est la connaissance du pays.
Mais pas vraiment du côté administration et démarches à faire. Là c’est en théorie facile, vous prenez le droit français, vous rajoutez une pincée de spécificité, et vous y êtes.
Il y a des documents pour les investisseurs, des CRI, etc…
La connaissance du pays, c’est plutôt celle de la pratique, comme vous le mentionnez aussi les contacts. Le monde des affaires est organisé assez différemment, tout dépend de la taille de votre projet, les contacts sont généralement beaucoup plus longs à réellement se concrétiser.
Or, dans ces spécificités “locales”, le tout est de trouver la personne de confiance. Ce que j’ai appris au Maroc : ne faire confiance qu’à soi même. Prendre beaucoup de temps avant d’accorder sa confiance à d’autres personnes. Pour pouvoir fonctionner dans ce type de relations, il faut du temps, suffisamment de temps pour être entré soi même dans un des multiples réseaux du pays. (et je ne fais pas référence aux Lions ou Rotarys, mais aux vrais réseaux).
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Chaque entrepreneur doit trouver le modèle qui convient à son business.
Je connais une agence immobilière installée à Fès et spécialisée dans la vente des vieilles demeures et riads dans la médina de Fès. Etant donné que le foncier est très compliqué dans la médina de Fès. La quasi majorité des maisons et riad n’ont pas de titre foncier et des fois les maisons sont habitées par plusieurs familles en copropriété.
L’agence en question a engagé un “SMSAR” très sérieux qui s’occupent de trouver la maison ou riad qui convient à votre besoin. Une fois le choix est fait, vous passez par un juriste et ADOUL qui vont étudiés la faisabilité de la transaction, c’est après que l’agence (tenue par deux français et un architecte marocain DPLG) entre en scène pour vous assistez jusqu’à la signature de l’acte. Ils peuvent après s’occuper de titrer le bien et même le renover complétement ou le retauraer et le décorer. Et cela sans même que le propriétaire (étranger eventuellement) ne se deplace au Maroc. Ils vous envoient les photos au fur et à mesure de la restauration. Ils ont site mis à jour regulierement avec affichage des prix demandés par les proprios.
@benvenuti
Vous serez pas l’agent immobilier qu’on voit souvent dans des émissions télé françaises sur l’immobilier à Marrakech ??
Ou seriez-vous en 2025 ?
Le National Intelligence Council, organe synthétisant les analyses géopolitiques des services de renseignements américain, a prévu l’émergence de «nouveaux tigres économiques», dont le Maroc, à l’horizon 2025.
@ laurent ,
tu es mal barré pour l’instant avec la crise qui peut durer 2 ans..
cette crise n’etait pas dans on business plan. J’espere que tu as un plan bis pour survivre jusque fin crise.
@kenan
Oui la crise est là :
- moins de transactions immobilières
- moins de société étrangères qui s’installent
Non elle n’était pas dans le business plan. Mais nous avons un mode de fonctionnement très souple : nous arrivons à nous adapter très rapidement.
Chez casavisa nous avons eu une bonne croissance du CA sur 2008 et nous visons sur 2009 la stabilité : pour arriver à cela il faura continuer a travailler : améliorer notre visibilité et notre fonctionnement interne.
La croissance viendra de la mise en place d’autres offres, mais j’en parlerai prochainement
@Karim
> l’émergence de «nouveaux tigres économiques», dont
> le Maroc, à l’horizon 2025.
Ce n’est pas du tout impossible : il suffit juste de rendre la justice et l’éducation performante …
@Laurent,
Merci pour le partage de cette expérience et félicitations pour ce parcours.
Vous montrez aux jeunes MRE qu´il faut passer le cap du septiscisme. Qu´il faut comme ailleurs bien s´armer et être préventif.
Les témoignages “crédibles” d´expériences et de réussite se font rares au Maroc, merci pour cette franchise et cette clarté.
Bonne continuation et tous mes voeux de santé physique et économique pour ce 2009 que tout le monde redoute *_*
Kbida
[...] insisté dans mon bilan de l’année dernière sur un élément qui me semble important : Si vous avez pris le temps de construire une activité [...]
Très bonne analyse, mais tout ceci est valable à peu près partout dans le monde…
La phase d’euphorie, la gueule de bois, la lune de miel…
Lors de notre séjour au Québec, un consultant étiat venu faire une présentation aux expatriés français sur ces différentes phases… Exactement les mêmes que celles que tu décris. Et que l’on soit entrepreneur ou pas…
Il y a la même phase d’euphorie, puis le mal du pays, puis l’acceptation de la différence et l’adaptation (ou le départ/retour en France)
Et en cours, on nous apprenait très souvent qu’une entreprise ne peut faire un réel bilan de son développement qu’à partir de 18 mois. Avant, ce n’est pas représentatif.
Mais effectivement tout peut être un peu plus long au Maroc, question de rythme…