google
yahoo
bing

Bienvenue aux « Investisseurs » (*)

Bienvenue aux « Investisseurs » est une formule que j’ai souvent entendu au Maroc. C’est une sorte de slogan, probablement inventée en hauts lieux, que l’étranger désireux de s’installer a de bonne chance d’entendre en boucle (je l’ai personnellement entendu répétée plusieurs fois au CRI de Casablanca, du bureau d’accueil, au bureau d’un des responsables, alors que je me renseignais pour la création de ma société).

Je parlais dans mon dernier billet de la phase d’euphorie que connaissent souvent les (petits) entrepreneurs étrangers qui s’installent au Maroc :

Lorsque l’on pose les pieds au Maroc, on a l’impression que tout est à faire et que l’on va être capable de tout faire. J’avoue être passé par là (mon blog dans les 1er mois qui ont suivi mon installation au Maroc reflète assez bien cette “griserie”).

Pendant cette période, ou vous avez tendance à voir le monde avec des lunettes roses, peu de gens vont chercher à vous ouvrir les yeux. Il faut garder en tête qu’un étranger qui veut entreprendre, et investir son argent, est considéré comme une source de revenus potentiels par de nombreuses personnes. Je peux comprendre (sans excuser) ce comportement quand il est le fait de ceux qui se battent pour leur survie. Je trouve qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond quand cette attitude se retrouve jusque chez les représentants de l’état.

La formule “bienvenu aux investisseurs”, citée plus haut, sonne bizarement. La formule, dans le cas d’un créateur d’entreprise, devrait plutôt être “bienvenu aux entrepreneurs”. Ce défaut de formulation trahit par les mots, la vision qu’ont de vous vos interlocuteurs, plus intéressés par vos euros que par votre capacité à « développer » le pays et créer de la richesse sur le long terme (créer de l’emploi, importer un savoir faire, exporter des produits, …)

J’estime qu’il n’y a pas au Maroc de politique d’accompagnement des petits entrepreneurs : on s’occupe de vous faire de la pub (très efficace d’ailleurs si l’on compte le nombre de sujets Maroc traités par les médias français), on vous facilite la création d’entreprise, mais pour le reste à vous de vous « dém … » (voir à ce sujet le dernier classement de « doing business » ou le Maroc est très mal classé dans tous les domaines, à l’exception de la création d’entreprise).

Tout cela illustre la mentalité « court terme » qui irrigue la société et qui perdure dans l’appareil d’état (*) : on va chercher à tirer le maximum d’un entrepreneur (pardon un investisseur) tant qu’il est là. Si il repart « à poil », ce n’est pas grave, on se dit certainement qu’il y en aura d’autres. Sauf que toutes ces histoires d’entrepreneurs qui se sont fait abuser par des publicités trompeuses, par des discours trop lénifiants, ou tout simplement par des escrocs, finissent par colporter une mauvaise image du pays. C’est je pense, une des clefs des prochaines années du développement économique du Maroc : si l’on veut faire des entrepreneurs/investisseurs de vrais ambassadeurs du Maroc il faudrait commencer par bien les accueillir.

J’en reviens en conclusion au thème des « intégrales de l’investissement » (Voir l’article qui leur est consacré) : « La mobilisation des talents expatriés pour le développement de leur pays d’origine ». Qu’ils soient marocains ou étrangers, toutes les personnes intéressés à s’installer au Maroc attendent aujourd’hui autre chose que de beaux discours, ou des réunions qui valorisent les dirigeants des grands groupes. Ils veulent des engagements concrets. Il est grand temps de passer à autre chose comme le résumait La gazette du Maroc :

Quant aux Intégrales de l’Investissement dont la récurrence abstraite annuelle commence à pomper l’air autour de leurs organisateurs, le pragmatisme et l’efficacité ne semblent pas être leur fort, du moins pour l’instant. Sinon, comment comprendre qu’au bout de tant de lustres, et d’autant de forums coûteux et logistiquement lourds, un Hassan Bernoussi, pour ne pas le nommer, en charge du portefeuille des investissements extérieurs depuis de longues années, en soit réduit à s’interroger, à l’issue de l’évaluation de la session qui se termine, s’il faudra opérer continuer à maintenir le concept «Intégrales» ou opter pour une démarche innovante. C’est tout dire sur l’impact de «spectacles» auxquels tout le monde croyait vraiment avant d’être amèrement déçu au vu des maigres résultats obtenus.

Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière ainsi que de Linutop une société qui développe et commercialise des petits ordinateurs sous linux. Mon prochain projet est le développement commercial de Casawaves.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

17 Responses to “Bienvenue aux « Investisseurs » (*)”

  1. Il est clair que la culture du court terme et du “one shot” prévaut au Maroc.

    Je pense aussi à une pub d’une certaine banque (je ne me souviens plus exactement laquelle) à destination des MRE avec comme slogan “vous nous avez manqué” ça m’a fait plus que sourire au fond de moi je répondais “nous ou notre argent??”.

    L’arrivée du Maroc dans le monde de l’argent et du business s’est faite assez brutalement après la décolonisation, l’arrivée d’Internet et la globalisation des process et mode de fonctionnement économique n’a pas aidé. C’est simple le reflexe de tout homme qu’il soit Marocain, Français, ou Tchèque c’est de se dire il y a de l’argent à prendre maintenant.

    La culture du long terme s’instaure difficilement dans la mentalité des commerçants, chefs d’entreprises ou autres, en tout cas beaucoup en ont pris conscience au Maroc car la clientèle professionnelle n’est plus exclusivement marocaine mais elle est internationale…

    Les entreprises qui s’installent au Maroc doivent aussi être épaulé et accompagnée, non pas d’un point de vue financier même si c’est le nerf de la guerre.
    Un chef d’entreprise qui à son activité en France et qui souhaite délocaliser une partie de sa société, à qui il peut faire confiance, comment il trouvent les locaux, quels meubles acheter chez qui, quel téléphone utiliser, quels salariés recruter, qui les formera, le loyer est il élevé ou pas, qui seront mes fournisseurs etc. etc.
    En quelques mots il aura besoin d’un homme de confiance et de terrain pour gérer tout ceci.

    Autant qui freineront tout entrepreneur prudent, à partir du moment ou nous arriverons à apporter des réponses fiables et crédibles aux entrepreneurs, le développement du Maroc ne pourra que s’accentuer.

    Il va donc falloir s’adapter et vite car si on ne le fait pas un autre le fera pour nous…

  2. > “vous nous avez manqué” ça m’a fait plus que
    > sourire au fond de moi je répondais
    > “nous ou notre argent??”.

    Cela résume bien la vision et le malentendu dans la relation des MRE avec l’état : “on a besoin de vous, mais on n’est pas capable de vous proposer quelque chose qui tienne la route”.

    Je pense à ce sujet que le gouvernement ne devrait pas communiquer uniquement vers les MRE mais traiter les investisseurs/entrepreneurs étrangers sur un même plan (en terme de communication). Il faut rendre le Maroc séduisant indépendemment de l’appartenance culturelle : espérer faire revenir les MRE uniquement parce c’est LEUR pays me semble un argument faible : d’une part on ne leur fait pas vraiment sentir qu’il font parti du pays. D’autre part il y de moins en moins de gens qui vont se battre pour leur pays.

  3. En meme temps en France c est pas mieux!
    Si au Maroc c est bienvenue aux investisseur en France ca doit etre “Circuler y a rien à voir!”
    Si au maroc on voit la vie en rose et personne ne vous ouvre les yeux, en France c est le contraire on vous démotive avec des “si vous faites faillite ca va vous couter tant!” des “ca ne marche pas!” des “vous avez un bien a hypothéquer?”
    Alors qu’au maroc tout le monde sait que rien ne marche a part l immobilier,
    Mon père a tout essayer comme entreprenariat au Maroc (Hanoute, téléboutique, tissu, patisserie…) et finalement il en ai revenu au “j achete un terrain j attend 10 ans et je gagne le double!”
    Les MRE ont toujours contribué a la “survie” de leur famille au Maroc il suffit d une personne en europe dans une famille de 10 pour qu ils se sentent soulagé d avoir de quoi mangé tout les jours!

    Bref je comprend pas le décalage entre leur annonces de développement et la vie de tout les jours dans les villes autre que rabat casa et marrakech.

  4. hum ça vient peut-être aussi d’une vision trop théorique des problèmes. dans les rapports et conseils des grandes organisations internationales etc. on s’intéresse aux flux d’investissement, pas aux flux d’entrepreneurs. je me demande si ce n’est pas dû en partie au parcours de formation du Roi. je ne connais pas les détails, mais je sais qu’il est passé pas la commission européenne du temps de Delors, par exemple. je me demande si nous ne lui avons pas en partie transmis notre vision française qui jusqu’à peu faisait de la grande entreprise le fer de lance de l’économie.

  5. @lionel
    C’est vrai que la France ne traite pas mieux les petits entrepreneur et que l’on retrouve les mêmes défauts : trop de hauteur de vue alors que le petit entrepreneur a besoins de réponses concrêtes.

    C’est pour cela que je pense que le terrain est propice (au Maroc) a une prise en main par les intéressés eux-même à travers, pourquoi pas, des outils internet …

  6. Perso, je pense que tous ces “petits entrepeneurs”, futurs PMI/PME devraient arrêter d’attendre sans arrêt d’un Etat défaillant qui doit en effet changer de culture à ce niveau. Ca va prendre beaucoup de temps et on est jamais mieux servi que par soi même. Il faudrait plutôt multiplier les réseaux, plates formes et autres structures crées et organisés par les entrepreneurs eux mêmes ! remplacer le CRI ou tout autre structure administrative par l’expérience personnelle de personnes qui sont sur le terrain, bref encourager le partage d’expériences. Internet, c’est justement la chance de pouvoir se passer de ces gens là (ceci vaut pour les MRE, expat’ ou locaux eux mêmes).

    Qui s’y colle ?

  7. @Panama
    Je ne peux pas mieux dire … et on commence bientôt ;-)

  8. [...] le dernier billet consacré à la communication officielle du Maroc vers les investisseurs/entrepreneurs, Mohamed a [...]

  9. [...] marocaines désirent attirer des investisseurs/entrepreneurs étrangers (voir mon article intitulé Bienvenue aux « Investisseurs »), il me semble que c’est à la fois leur devoir, mais aussi surtout leur intérêt, d’assurer, [...]

  10. Salut à tous
    @laurent et Panama

    Une très bonne initiative de créer un conseil des petits entrepreneurs. …Et on pourra dire que le changement est venu du terrain et il sera d’autant mieux ressenti/perçu/partagé que les gens en ont besoin.

    En tout cas, bonne chance à ceux qui s’y colleront, je suis partant pour donner le coup de main :)

  11. @malek
    Merci pour ce comment et cette proposition.

    Quelques dossiers à boucler d’ici fin janvier / déb. février.
    On devrait s’y coller à partir de début février.

  12. [...] je l’avais abordé dans le billet intitulé Bienvenue aux « investisseurs », plus que de l’information pour investir, je pense qu’il manque de l’information pour [...]

  13. Je suis fascinée par tous ces échanges car je partage tout à fait certaines analyses du marché marocain et de la société qui la compose.
    Je suis ce qu’on appelle une MRE… Je m’installe au Maroc et comme beaucoup, j’ai connu “la traversée du désert” dans mes différentes phases de nouvelle arrivée… Cela m’a permis malgrè tout d’apprendre beaucoup de choses et j’ai naturellement voulu constituer une sorte d’association avec les européens résidants dans ma ville ainsi que des marocains compétents dans différents domaines (juridique; finance; médical…) afin de faire partager les différentes expériences des uns et des autres et surtout être un peu un fil conducteur pour aider à l’établissement de nouveaux entrepreneurs. Je me suis très vite aperçu que l’intérêt personnel prévalait… Beaucoup ont répondu présents car ils ont trouvé chez moi un appui et un accompagnement et une fois leur problème résolus, ils répondent carrément (lorsque je les sollicite pour accueillir et informer un nouvel arrivant) “Chacun sa pomme! Quand moi je suis arrivé, on ne m’a tout servi sur plateau d’argent!…”.
    C’est sidérant!

    Alors quand je viens de lire que certains sont partants pour créer un conseil des petits entrepreneurs, je dis bravo!

  14. [...] à la publication du billet Bienvenue aux « Investisseurs » (*) Mimouche vient de laisser le commentaire suivant : Je suis fascinée par tous ces échanges car je [...]

  15. [...] Sur le même sujet : – Tunisie Les IDE dépassent de 1,7 milliards de dinars les prévisions. – Bienvenue aux investisseurs. [...]

  16. vive le Maroc.

  17. Effectivement, s’installer à l’étranger n’est jamais évident.
    Il faut y aller très prudemment..
    Pour ne pas que cela se termine en cauchemar.

Enregistrer un commentaire

Subscribe without commenting