(Ce billet est une suite de « Bilan professionnel au Maroc : 2 ans déjà« , quelques réflexions personnelles sur mon installation à Casablanca).
Je quitte Casablanca tout à l’heure, je prends l’avion pour Paris à l’occasion d’un salon informatique. A coté de Casavisa, mon agence immobilière à Casablanca, je suis impliqué dans un autre projet. Je n’en avais pas encore parlé sur Casawaves, ce petit billet me donne l’occasion de le faire.
J’ai créé fin 2006, la société Linutop avec un associé (*). Nous avons conçu un ordinateur miniature qui connaît un certain succès. Depuis le début de sa commercialisation, début 2007, nous avons réalisé des ventes dans plus de 30 pays. Le salon où je me rends (nous y avons un stand) sera l’occasion de présenter la nouvelle version du produit qui nous semble prometteuse.
Comparé à mon travail au Maroc, le Linutop c’est un peu ma « récréation ». Le produit se vend sur Internet, sur un marché développé (en Europe principalement). Vous vous doutez que c’est un peu plus facile que de gérer une agence immobilière au Maroc. Une des raisons pour lesquelles je suis encore là, c’est que j’ai la chance d’avoir une porte de sortie. C’est une énorme libertée qui permet de prendre des risques plus sereinement.
Si j’ai choisi de m’installer à Casablanca fin 2005, c’est que le Maroc m’a plu. Du soleil, la proximité de la mer certes, mais surtout de jolis projets et une réelle vision d’avenir, quelque chose que je ne trouvais plus en France. Les motivations d’un entrepreneur sont diverses : goût du défi, enrichissement personnel, liberté, curiosité, envie de créer, plaisir d’animer des équipes, histoire d’amour … Des motivations, il y en a autant que de personnes il me semble.
Mon principale moteur à moi est d’essayer de participer, dans mon domaine, au développement de ma communauté. Ma communauté, ce sont les personnes avec lesquelles j’interagis au quotidien. Ce sont mes proches, mes collaborateurs, les habitants de mon quartier et aussi ceux que je croise sur Internet. Le Maroc m’a plu parce que j’avais l’impression de faire parti d’un véritable projet collectif.
Alors ce n’est pas gagné car il y a beaucoup de freins au développement, les forces « conservatrices » sont importantes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je ne pense pas un seul instant que les islamistes soient un véritable problème. Le vrai problème c’est le manque de compétence et, disons le franchement, la corruption, les petites et grandes magouilles qui retardent tous les projets. Le PJD (parti islamiste modéré) a fait une grande partie de son succès sur la dénonciation de cette corruption. Le problème du développement, ce sont tous ces gens qui dépensent leur énergie à essayer de s’en mettre plein les poches, avant de simplement faire le travail pour lequel ils sont payés. Alors autant j’ai de la compréhension pour le petit fonctionnaire qui vient me demander quelques dirhams pour finir son mois, autant je suis choqué par certaines pratiques.
Je suis encore là parce que je crois que les chosent peuvent et vont changer. Internet impose de nouvelles pratiques et il devient de plus en plus difficile de se cacher. Ce qui est étonnant au Maroc, c’est que je ne connais pas de personnes qui ont été condamnées pour leurs écrits sur Internet. C’est assez rare dans la région. Je pense que si l’état a choisi de nous laisser nous exprimer librement sur Internet, c’est qu’il y trouve son compte.
« La meilleur façon de prévoir l’avenir, c’est encore de l’inventer ». C’est une phrase que j’aime me répéter dans les moments de doutes (**). Alors l’avenir n’est pas écrit et il nous appartient à tous, à notre petit niveau, de le faire avancer dans le sens de nos aspirations. Je sais que je ne suis pas le seul à le penser. En final si je suis encore là, c’est parce que j’y crois.
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(*) J’ai créé la société Linutop avec un associé, Frédéric Baille. J’ai un billet en préparation pour parler de comment j’arrive à travailler assez facilement à partir du Maroc sur ce projet.
(**) Alan Kay, l’une des figure d’Apple (créateur du Newton).