Le Marcel, personnage créé par Marie-Aude, c’est un peu le franchouillard qui vient au Maroc et qui, en même pas un jour de présence sur place, vous explique avec assurance comment faire pour « réussir ». Le marcel qui suit est imaginaire, mais il résume bien une tendance, a peine exagérée, chez certains « entrepreneurs » qu’il m’arrive parfois de voir passer.
Notre Marcel du jour est un « homme d’affaire ». Marcel aime bien la flambe : grosse voiture avec chauffeur, montre voyante, journalistes, conférence de presse. « Ca marche bien avec les marocains » m’expliquait-il, comme si on était encore au temps du chef de tribu que l’on arrive à épater avec quelques babioles qui brillent. La flambe ici, c’est vrai qu’ils connaissent bien, mais ils savent aussi très bien repérer le vrai du faux. Celui qui se permet de flamber ici, c’est « celui qui a le bras long », les autres ce sont des pigeons à plumer, et le tagine au pigeon, « ça marche bien avec les marocains ».
Notre Marcel est là depuis quelques semaines et il a tout plein d’idées : importer des sous vêtements, vendre des machines agricoles, ouvrir un restaurant … Le Maroc « il aime », il n’arrête pas de dire « le Maroc c’est génial, c’est super ».
Au bout de 3 mois il finit par se décider, il ouvre son école et il va faire de la formation professionnelle.
Quand je l’ai revu au bout de 6 mois il était toujours content de lui. Il avait une nouvelle théorie à m’expliquer. Pour signer des affaires il fallait « laisser faire les marocains ». Il me disait que lui, quand il était avec un client, une administration, une banque, il faisait tout plein de rendez-vous et ça ne marchait pas. Depuis que c’est « Youness, mon directeur commercial, qui s’en occupe, il n’arrête pas d’en signer des affaires », me disait-’il avec un sourire entendu « Youness il signe, je sais pas comment, mais il signe » comme si je n’avais pas compris. Je pense que je me suis dit à ce moment là que ce n’était pas la peine de le contredire, parce que ce Marcel là, il n’avait pas envie de m’écouter, tout occupé à s’entendre parler.
Marcel vient de boucler sa 1er année au Maroc. 3 millions de dirhams de chiffre d’affaire pour 2 millions de créances dehors. Youness a du oublier de lui dire que si on doit donner un petit quelque chose pour signer une affaire et recevoir un petit chèque d’acompte, il fallait aussi donner un gros « quelque chose » pour qu’on lui signe le gros dernier chèque.
Aux dernières nouvelles, notre Marcel ne pense plus trop que « le Maroc c’est super, le Maroc c’est génial ». Il pense même repartir en France.
La morale de cette histoire ?
Ceux qui croient réussir au Maroc en « arrosant » font une double erreur. D’une part, à ce jeux là, un étranger ne sera jamais gagnant. Il y aura toujours quelqu’un qui « arrosera » plus ou qui se fera un plaisir de vous « planter ». D’autre part, même si le Maroc reste souvent opaque et qu’il est indéniable qu’une partie du business fonctionne dans une zone grise, la grande majorité des entreprises du milieu formel fonctionnent en respectant les règles.
Les conseils que je vous donnerai :
- évitez la flambe, cela ne fait qu’attirer les tireurs aux pigeons.
- ne confiez pas la gestion de votre société à quelqu’un que vous ne connaissez pas parfaitement.
- soyez inattacable au niveau du respect des lois.
- si le domaine que vous avez choisi ne peut fonctionner qu’avec des backchich, changez de domaine.
De toute manière les « nouveaux entrants » n’ont pas le choix.