Marcel de Marrakech, des précisions sur la corruption
Hier nous avons croisé Samir dans la rue, et nous avons appris des détails supplémentaires sur “la fin de l’histoire”.
Marcel avait donc été attaqué pour la régularisation des contrats de travail de son prédécesseur, et pour ne pas licencier les gens du jour au lendemain étant donné leur ancienneté.
Marcel, fort de son bon droit moral (“C’était pas de mon temps, si j’ai pas de quittus je m’en fiche”), avait discuté de la chose avec l’inspecteur du travail, qui l’avait assuré que moyennant quelques “efforts’, son point de vue serait tout à fait confirmé par le juge.
Marcel a donc payé.
Le juge a donné tort à Marcel, et l’a condamné à verser entre 6.000 et 8.000 dirhams à chacun des employés.
Et s’est assuré que Marcel le fasse avant de quitter le Maroc.
Je trouve cette histoire parfaitement exemplaire des pièges dans lesquels es européens tombent quand ils tentent de jouer le jeu du bakchich :
- Ne pas identifier le bon interlocuteur : en l’occurrence l’inspecteur du travail n’a pas le pouvoir final, c’est le juge.
- Ne pas intervenir au bon moment : c’est avant que l’affaire parte dans le circuit judiciaire qu’il faut intervenir, ensuite c’est trop tard, cela prendra peut-être des années, mais cela sera jugé, et le plus souvent, “en droit”.
- Payer trop, pas assez, au mauvais moment, de la mauvaise façon.
- Croire, parce que “ça marche comme ça au Maroc” que tout marche comme ça. Ce qui marche assez bien de façon régulière, c’est l’huile dans les rouages, un petit billet en remerciement pour accélérer le dossier, la suppression d’un PV, etc… Mais dès que cela devient plus grave, “ça ne marche” plus selon les mêmes règles. Un juge ou un fonctionnaire, si il est ouvert au bakchich (et tous ne le sont pas) balancera toujours entre le risque de la sanction et le profit.
- Ne pas savoir jouer des imperfections de l’administration marocaine : quand on n’est pas sûr de son dossier à 200%, il vaut mieux essayer d’enterrer l’affaire que de lui donner une solution qui convienne. Un petit billet au bas de l’échelle, pour que le dossier reste en bas de la pile, c’est efficace, parce que c’est moins dangereux pour tout le monde, ce n’est pas une faute de la part du fonctionnaire qui enterre, il a juste géré les urgences…. Mais pour cela il faut connaître le bas de l’échelle.
C’est pour cela que je souscris à quatre main à la conclusion de Laurent :
Ceux qui croient réussir au Maroc en « arrosant » font une double erreur. D’une part, à ce jeux là, un étranger ne sera jamais gagnant. Il y aura toujours quelqu’un qui “arrosera” plus ou qui se fera un plaisir de vous « planter ». D’autre part, même si le Maroc reste souvent opaque et qu’il est indéniable qu’une partie du business fonctionne dans une zone grise, la grande majorité des entreprises du milieu formel fonctionnent en respectant les règles.
(…)si le domaine que vous avez choisi ne peut fonctionner qu’avec des backchich, changez de domaine.
Et n’oubliez pas non plus une chose : certains marocains ont une grande joie à encaisser des backchich de la parts d’européens, sans aucune intention de faire “ce qui est promis”. Ils savent qu’il n’y aura aucune conséquence pour eux, et que c’est de l’argent facilement gagné.
Enfin, si votre “cas” vous oppose non pas à un marocain, mais à un autre européen, alors là, méfiance, car c’est sans doute la seule configuration où le backchich sera mis aux enchères.
Finalement, c’est assez moral, tout ça
Photographe et webmaster, je vis entre la France, l'Allemagne et le Maroc. Spécialisée dans les activités touristiques et les sites multiculturels, j'essaie de faire connaître le Maroc, et d'aider à sa découverte. Mes deux principaux sites sont Lumière de Lune et l'Oasis de Mezgarne
Tous les articles écrits par Marie-Aude Koiransky.

@Marie-Aude
Vous aurez du choisir un autre personne que Marcel parce que les Marcel sont connus d’etre des idiots comme les blondes
Un exemple du l’humour quebecois: http://www.youtube.com/watch?v=6K2apMALMiw
PS: il faut voir jusqu’a la fin
Bravo Marie-Aude.
Bravo pour le concept et la manière fine et humoristique d’attirer l’attention sur certains comportements.
je suis belge, 53 ans, et moi aussi j’ai l’intention de m’installer au Maroc.
C’est en cherchant un max d’informations diverses que j’ai pu, par hasard, faire la connaissance des Marcel et grâce à vous je viens de passer un excellent moment. Merci.
Le Marcel n’est pas forcément français. Mais il est certain qu’il est originaire d’un pays dit industrialisé. J’ai sans doute moi-même une petite part de Marcel en moi, mais ayant un peu d’expérience en la matière j’essaie d’y remédier.
Je pense malheureusement que vous lire ne changera pas le comportement du Marcel.
J’en ai connu également, dans la vraie vie..ils étaient Français, c’est vrai, mais également Anglais, Allemands ou Belges…ou Américains… et quelle que soit leur mésaventure, j’ai pu constater qu’ils n’ont pas changé d’attitude, toujours persuadés d’avoir raison et de ne pas avoir été compris.
Bravo de traiter le sujet sans méchanceté, sans haine, sans mépris.
Je vais maintenant terminer mon parcours de vie au Maroc, je l’espère. Et croyez moi, je penserai à vous chaque fois que je serai témoin d’un comportement marcelien.
@Zereb, merci pour votre humour
Il est vrai que les Marcels sont universels (et pour être honnête, l’un d’entre eux est belge, mais un “Abdul” aussi). Je vous souhaite beaucoup de bon temps au Maroc, et qui sait, peut être nous croiserons-nous ?
zereb…..votre installation au maroc se fait elle par rapport a un projet economique??..je suis francais et je vais m installer a tanger…
f.liegey@yahoo.com…pour me joindre..merci