Pourquoi investir ou revenir au Maroc ?

Cette affaire, je le crois, est importante. Pour un état comme pour une société privée, l’image a de l’importance. Dans l’affaire « Fouad Mourtada » la marque « Maroc » vient indéniablement de subir une dévaluation sur Internet. Si je comparais les internautes aux premiers ambassadeurs du Maroc, le moins que l’on puisse dire, c’est que les ambassades étaient fermées hier. Certes on est encore dans le petit cercle de l’Internet, mais plus cette affaire durera, plus les dégâts en terme d’image seront importants.

Le Maroc avait bénéficié avec l’arrivée de Mohammed VI d’un « buzz » positif : la presse internationale louait la « jeunesse et la modernité » du royaume. L’IER avait été bien accueillie, des journaux comme TelQuel ou le Journal Hebdo étaient de véritables ambassadeurs d’une récente liberté d’expression. Un vent d’optimisme soufflait de ce coté ci de la méditerranée, le Maroc vivait en quelque sorte une lune de miel avec les médias.

Comme professionnel de la communication, j’observe qu’il se développe depuis quelques mois un « buzz » négatif sur le Maroc successible d’endommager sur le long terme l’image du pays. On ne va peut pas passer de la lune de miel au divorce, mais il est évident que nous entrons dans une zone de turbulences.

L’affaire Fouad Mourtada est aussi une affaire de symboles, car c’est en quelque sorte « la jeunesse et la modernité » du Maroc qui dors ce soir en prison. Cette affaire fait déjà les titres de quelques médias étrangers ou l’on commence à associer l’image du Maroc avec la torture et les emprisonnements arbitraires (El Pais et Reuters notamment). On peut mieux faire comme campagne de publicité pour promouvoir le royaume.

Cette affaire fait suite à l’affaire « Christophe Curutchet », le patron d’une société de transport qui purge une longue peine de prison avec un fort soupçon d’erreur judiciaire. Là aussi l’image du Maroc à l’étranger se trouve dégradée. Cette affaire a bénéficié d’une pleine page dans le journal le Monde du 6 février dernier intitulé « Cargaison fatale », on peut mieux faire pour promouvoir l’investissement au Maroc (*).

Je ne crierai pas au loup, car des erreurs judiciaires peuvent arriver dans n’importe quel pays. Ce qui est le plus dommageable c’est le silence, l’omerta qui semble présider à chaque fois. Les autorités semblent muettes, préférant jusqu’à présent le silence au dialogue. Cela ne peut qu’entretenir le soupçon. Le passant peut se demander alors “si ce ne sont pas les seules innocents qui dorment en prison” – “et si cela m’arrivait ?”

Je pense que c’est une grave erreur. Le monde de la communication a changé. Celui qui n’est pas capable de communiquer, d’entrer dans la « conversation », perd son droit à parler. Comme je l’ai expliqué dans mon précédent billet, c’est bien dommage car globalement au Maroc les choses avancent, doucement certes, mais avancent.

Un commentateur mettait malgré tout en doute l’importance de cette affaire :

ça n’a pas empêché le monde d’investir en chine pourtant de nombreux droits y sont bafoués, de même personne ne boycotte la Russie qui massacre en Tchétchénie … Il y avait eu un problème à Dubai d’un garçon violé : cela a été médiatisé mais y a t’il eu un impact réel? Je ne crois pas …

en gros business is business.

Ce à quoi j’ai répondu :

La décision d’un chef d’entreprise de s’implanter dans un pays s’effectue en faisant la synthèse de différentes informations. La sécurité juridique et la protection physique des personnes est un paramètre important. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec les affaires que j’ai cité, il y a de quoi douter.

Personnellement j’ai choisi de m’installer au Maroc parce que justement ce n’était ni l’Algérie, ni la Tunisie. Si j’avais eut connaissance de cette affaire au moment ou j’ai pris ma décision, j’aurai probablement décalé ma décision (cela ne veut pas dire que je l’aurai annulée).

Dubai et la Chine sont des pays stratégiques qu’une multi-nationale ne peut ignorer, ce n’est pas (encore) le cas du Maroc …

Enfin, j’ai évoqué dans mon titre l’investissement et le retour. Je voudrai terminer ce long texte (la longueur étant certainement la preuve que cette affaire me tient à cœur) en parlant de l’impacte sur les MRE. Le Maroc communique beaucoup pour faire revenir les compétences dont le pays a tant besoin.

Mohamed Drissi Bakhakhat (alias MoTIC) fait parti de ces marocains qui ont brillé à l’étranger et qui, malgré les risques et les multiples difficultés, a choisi de revenir. Ce sont de gros sacrifices, mais il était revenu parce qu’il avait l’espoir que les choses changent. Voici que Larbi disait de lui :

J’ai eu l’occasion de le dire et je le répète : MoTIC est le meilleur d’entre nous. C’est mon avis personnel et subjectif.

Il se trouve que j’ai été interviewé par New York Times probablement par le même journaliste que Laila Lalami. Je lui ai donné l’exemple du Professeur qui a fréquenté les belles universités du monde et qui revenu au pays au nom d’un idéal pour participer à faire bouger les choses. J’en parlais avec fierté et le donnais comme exemple. C’etait il y a un mois et je n’imaginais pas un instant qu’on en saurait aujourd’hui là.

Maintenant je comprends la déception de si Mohammed mais je lui dis une seule chose : des hommes comme lui , ils ne courent pas les rues. Et ça serait tellement triste de se priver de cet espace à l’occasion de cette malheureuse affaire. Ca serait une double peine : à celle du pauvre fouad s’ajouterait l’ extinction de cet espace.

Je garde bon espoir que bientôt il sera de retour.

Dans ce contexte les mots de Mohamed Drissi Bakhakhat sont terribles :

Quand je vois la tournure très dangereuse et très grave que prend l’affaire Fouad Mourtada et les raisons ridicules pour lesquelles il a été arrêté, lynché, torturé, détenu sans possibilité de libération sous caution, cela ne présage rien de bon. J’ai précédemment dit qu’il y a eu des réformes dans ce pays dans le domaine des libertés individuelles et d’expression, mais j’ai également relevé certains retours en arrière.

Comme Laila Lalami, je pense que si la création d’un faux profil sur Facebook vaut tout ce traitement, alors le prochain pourrait être un blogueur.

Dans les conditions actuelles, il devient plus difficile et plus risqué de présenter un point de vue critique sur divers sujets. C’est donc avec regret que j’ai décidé de mettre fin à cette expérience MoTIC.

Après tout cela j’ai quelques doutes sur la motivation des chercheurs marocains vivant à l’étranger de venir participer à ce grand chantier. Encore une fois je le dit c’est bien dommage car globalement au Maroc les choses avancent avançaient, doucement certes, mais avancent avançaient …

(*) MAJ : On me signale que l’affaire Curutchet a été traitée dans le magazine 66 minutes sur M6 diffusé le 17 février (rediffusée le samedi 23 à 14h00).

On se rappellera que la chaine M6 avait jusqu’à présent beaucoup fait pour développer positivement l’image du Maroc auprès du public français.

Cela rejoint le thème de cet article sur le développement d’un « buzz » négatif atour du Maroc.

À propos de Laurent Bervas

Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière spécialisée dans la Location Appartement Casablanca
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