Premier billet aujourd’hui de Malika Guillemain, journaliste installée au Maroc. Elle commence par une chronique sur les taxis au Maroc.
Au pays des taxis… il y a les méchants et les gentils (1/3)
A y repenser, la scène de ce fameux samedi midi dans le quartier de Maarif avait une dimension stendhalienne, perraultienne même. Enfin de ce que je me souviens. « Taxi ! », j’avais lancé en agitant le bras. Le chauffeur avait pilé net. Tellement net que j’aurais déjà dû me méfier. J’ai rassemblé mes affaires pleines de belles intentions, sac de sport, courses du marché, crème hydratante à la rose, tout juste achetée du marché. « Acima beauséjour », j’ai demandé.
Je me suis calée contre le fauteuil arrière, à droite, du côté des rayons de soleil. Il faisait beau, ça sentait presque le sable chaud. Quand soudain, je l’ai vue. Une ombre. Noire. Noire et grosse. Imposante carrosserie, vitres teintées de grosse berline, vitesse de grosse berline. On aurait dit l’entrée d’un tunnel. Rapide et presque féline, l’ombre s’est imposée face au Petit Taxi rouge. Genre le Loup qui se jette sur le Petit Chaperon rouge.
Ma tête est partie frapper la vitre. Premier bruit. Plissement de tôle. Le taxi perd le contrôle de son véhicule (trop) léger et va ensuite percuter une petite citadine surannée, garée pépère. Second bruit. Trou noir.
Lorsque j’ai repris mes esprits au bloc des urgences, une contrefaçon du Docteur Ross, le beau gosse d’Urgences, est entrée. Je me suis presque sentie coupable de ne pas avoir attachée ma ceinture. Pourtant il n’y a en avait pas. Bah oui, à quoi bon, les ceintures au Maroc, c’est bien connu, c’est seulement fait pour les pantalons.