Marche ou crève

Au pays des taxis… il y a les méchants et les gentils (2/3)

Il fait nuit. C’est calme, trop calme comme à chaque fois que je rentre avec la dernière navette Casa-Rabat. N’allant pas à « Hay Riad » comme hèlent les taxis, je commence à marcher. Puis, « Hey ! », je lui signale en agitant mollement ma main fébrile. Les sabots de sa Uno s’arrêtent, les quatre à la fois.

Au début, je lui trouve un faux air de John Wayne. Un pur cow-boy avec sa barbe de trois (fois douze) jours, son chapeau en crochet de teinte fauve dont les rebords semblent avoir été grignotés par un gosse distrait qui les aurait confondus avec un « P’tit Lu ». Je monte à l’arrière, presque en amazone, un peu à cause de l’humidité du fauteuil et des petits bouts de je-sais-pas-quoi suspects détectés par ma main.

Le climat glacial ambiant sous-titre « l’hiver est arrivé », la preuve un OVNI (‘orrible’ virus non identifié) s’est amouraché de moi, provoquant éternuements, frissons, fièvres et autres tracas. Rajouter à cela des vitres ouvertes à fond les ballons, je fini par me croire sur un traîneau en Alaska. Au bout de deux minutes, je le prie : « Vous pouvez fermer les vitres, afak ». Il en ferme une, la sienne. Point à la ligne. « Et l’autre, s’il vous plaît. Ana mrida(*) », bredouille mon corps blotti et agonisant. « Tu te mets derrière moi ou tu descends ! » décide t’il. Inutile de tenter un « Vous pouvez répéter la question ? », si j’avais le nez bouché, mes oreilles jouaient encore parfaitement leur rôle. En plein milieu de nulle part, fière comme Artaban, je descends. Pourtant consciente qu’il aurait été plus judicieux de régler l’affaire au poste de police… voire chez le Chérif. Le chauffard redémarre tout aussi sec que le regard qui me fusille dans le rétroviseur.

Dix minutes plus tard, à la bonne heure ! Un autre taxi passe. Ambiance musicale folklorique dans sa Dacia bleue. Il se souvient même m’avoir déjà déposée chez moi. J’ai juste à me laisser conduire jusqu’à mes quartiers par ce vaillant chevalier. Les taxis, c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi ont va tomber.

(*) je suis malade

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