Les moussems ont toujours été un grand argument commercial pour vendre des voyages au Maroc, et toutes les agences répètent à qui mieux mieux les mérites de ces fêtes authentiques dans lesquelles on peut se plonger dans un Maroc immémorial.
Pensez donc, le moussem d’Imilchil, qui date des temps immémoriaux, et d’ailleurs il y a cette superbe légende des fiancés malheureux, Isli et Tislit, qui date d’un temps que vous ne pouvez pas connaître…
Alors qu’en réalité le moussem d’Imilchil est une pure création du ministère du Tourisme, des années 60, exploitant et transformant avec brio des traditions locales, pour en faire un produit parfaitement vendable, et qui a très bien fonctionné des années durant.
Oui mais voilà, cela devient de plus en plus difficile à gérer.
Alors manifestement, une des directions prises par le Ministère du Tourisme est la rationalisation des moussems.
En termes d’agenda, d’abord, les dates sont modifiées, avancées, mieux réparties, pour tenir compte des impératifs des vacanciers. Et si le moussem d’Imilchil, avancé à fin août, ne peut plus décemment être la fête de fin de moissons qu’il était, autrefois, à l’origine, on le transforme en festival des musiques populaires.
Pour faire venir plus de monde au moussem des dattes d’Erfoud, on le transforme en foire internationale des dattes, en avançant sa date (justement) à mi-septembre.
D’autres moussems voient le jour, comme celui du safran à Taliouine, dont on n’a su avec certitude les dates que trois semaines avant.
Car c’est cela qui manque aujourd’hui pour un vrai développement d’un ‘produit’ moussem, c’est une planification à l’avance.
Les moussems restent encore largement soumis aux contraintes agricoles, et il est vrai qu’on ne peut pas décider six mois avant de la date exacte de la fin de la récolte des Roses.
Mais… la plupart des clients planifient eux, leurs vacances au Maroc, entre neuf et six mois à l’avance. Surtout au mois de mai, où les billets d’avion de dernière minute restent assez chers.
Alors les agences se retrouvent toutes pendues au téléphone avec la délégation touristique, qui ne peut pas grand chose, puisqu’elle attend une confirmation de la date par la délégation de l’agriculture et la ville de Kelaa M’Gouna.
Cette confirmation, pour un moussem qui aura lieu le premier week-end de mai, est arrivée la semaine dernière seulement. Et entre fin novembre, où nous avons reçu les premières demandes, et la semaine dernière, nous avons perdu, le Maroc a perdu, des touristes.
Prendre le risque de vendre quand même le moussem, advienne que pourra, la date est « presque sûre » ? Non, car Erfoud et Imilchil nous ont prouvé que les moussems peuvent changer de date de façon incongrue et assez tardive.
Il s’agit d’une époque de transition. Je regrette que pour recevoir plus de monde, un certain nombre de fêtes soient transformées et perdent leur âme, car c’est aussi la population locale qui perd sa fête. L’exemple d’Essaouira prouve qu’on peut créer une manifestation avec une dimension internationale, à partir de rien. Beaucoup de moussems au Maroc ont une connotation religieuse, et ceux-ci doivent rester fidèles à eux-mêmes. Plutôt que de détourner les autres, il vaudrait mieux les laisser exister tels qu’ils sont actuellement, et organiser, en marge, des activités à vocation plus touristiques, permettant elles aussi de découvrir une région… et qui ne serait pas soumise aux aléas des calendriers agricoles!