Ma première carte nationale

Une lectrice vient de me faire parvenir ce témoignage. Elle nous parle de sa première carte nationale obtenue à 30 ans passés.

Je suis née d’une mère française et d’un père marocain. Suis-je franco marocaine pour autant ? Longtemps, je l’ai été de sang. « Longtemps », je dis car depuis quelques jours, je le suis sur les papiers. L’explication : Mon père ne m’avait pas déclaré à l’état civil marocain à ma naissance, je n’étais donc pas reconnue au Maroc. Pourquoi cet oubli ? (Très) jeune papa, il ne s’était probablement pas soucier de ce genre de détail administratif. Et moi, ayant grandi et vécu en France, je ne me suis jamais posé ce genre de questions. J’étais française tout simplement. Le Maroc, c’était une histoire de cartes postales ou de vitrines des agences de voyage.

Aujourd’hui, c’est différent : je suis franco marocaine, de sang, de cœur et à l’Administration. Ce qui m’évitera le sempiternel refrain, à l’aéroport : « votre carte nationale, s’il vous plaît ? ». Et ma réponse, « je n’en ai pas », qui en a fait sourciller plus d’un. « Ton père est Marocain, tu es donc marocaine ». (Dans la religion musulmane le père -et non la mère comme dans le judaïsme- transmettant sa nationalité en plus de sa religion à ses enfants).

Comment c’est arrivé cette nationalité ? Un jour, il y a plus de deux ans, je suis venue en vacances au pays. Depuis mes cinq ans (mon second et dernier voyage au Maroc), je n’étais jamais revenue, préoccupée par d’autres continents et d’autres pays que le Maroc. Je suis venue et suis restée.

Deux ans et deux mois plus tard, je suis donc toujours au Maroc. Les mois qui ont suivi mon arrivée, un certain février 2006, j’ai commencé à m’intéresser à une chose qui ne m’avait jamais préoccupée auparavant : ma nationalité (pour ne pas dire mon identité). Aujourd’hui, et depuis samedi, j’ai ma carte nationale bien en main. Ca a été le fruit d’une discussion avec mon père et d’une action conjointe. Qui croirait que de demander une nationalité, que l’on possède naturellement par le sang, puisse nécessiter autant de difficulté. Il faut dire que le divorce de mes parents à compliquer les choses. Mais nous avons réussi.

Depuis que je me sens Marocaine, j’ai repris contact avec mon père. Et aussi, ce qui est formidable, c’est que j’ai commencé à assembler mes deux moitiés : ma marocanité et ma francité. Je n’apparaîtrais probablement plus coupée en deux sur les photos.

J’ai aussi compris autre chose : depuis gosse je collectionne les cerises. Barrettes, tee-shirt, mug, pendentif… avec ce fruit rouge et vert. Rouge et vert comme les couleurs du Maroc. Vous me direz que j’aurais bien pu choisir une tomate ou une fraise ? C’est vrai vous avez raison. Mais ce n’est pas pareil. Une cerise, c’est deux.

À propos de Laurent Bervas

Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière spécialisée dans la Location Appartement Casablanca
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