Nabil Ayouch : « Whatever Nabil Ayouch wants »

Le dernier film de Nabil Ayouch, « Whatever Lola wants », est actuellement sur les écrans, au Maroc et en France. Il est aussi à l’origine de la Film Industry. Interview.

« Whatever Lola Wants ». Long métrage. Production : Pathé Films. Avec Laura Ramsey, Carmen Lebbos, Assad Bouab, Achmed Akkabi. L’histoire : L’héroïne, Lola (Laura Ramsey) a 25 ans. Elle vit à New York et travaille comme facteur, jusque-là sa vie ne lui réserve rien de bien passionnant. Surtout qu’elle rêve de devenir danseuse. Un soir, Youssef (Achmed Akabi), son meilleur ami, un jeune Egyptien gay, lui parle de la légende Ismahan (Carmen Lebbos), star de la danse orientale au Caire. Ce qui n’est pas sans la laisser indifférente. Entre temps, Lola tombe amoureuse d’un bel Egyptien, Zack (Assad Bouab) mais lorsque celui-ci décide de rentrer au Caire, Lola, décide de le suivre… Avec « Whatever Lola wants », Nabil Ayouch signe un beau long métrage, mi comédie romantique, mi « comédie musicale ». Il y est question de mouvements : quand ce n’est pas le corps qui ondule, c’est le cœur qui bat.

Pourquoi avez-vous créé la Film Industry ?

Elle permet de générer une dynamique dans le milieu du ciné et d’être là, en accompagnement de ce qui se passe déjà, depuis une dizaine d’années. Mais elle est surtout une forme d’alternative car on n’est pas dans le ciné traditionnel classique au sens où on l’entend. On y fait notamment du cinéma de genre.

En quoi la Film Industry innove-t-elle ?

Je pense que la nouveauté de la Film Industry c’est de faire des films d’action, des policiers, des comédies musicales, des films d’horreur, historiques, fantastiques… des choses que l’on faisait très peu au Maroc jusqu’à présent. Elle permet aussi de donner la possibilité, en dehors du système officiel, à des jeunes talents, réalisateurs, scénaristes, acteurs, de s’exprimer dans ces films. Et c’est vrai que l’on a pu assister à la naissance de talents que l’on n’avait pas l’habitude de voir. D’accord, il y a un système officiel qui fonctionne, et qui fonctionne bien, qui porte ses fruits depuis une quinzaine d’années car le cinéma marocain fait de plus en plus parler de lui, mais à côté de cela il y a une série de thématiques que l’on n’a pas abordées : notamment tout ce qui concerne le patrimoine actuel, l’histoire ancienne du Maroc, les faits divers à travers cinéma de genre. Pour l’instant, lorsque le public marocain veut voir une comédie musicale, il continue d’aller voir un film indien ; pour voir un policier, il regarde un film américain, etc. C’est dommage. Proposons lui donc aussi, au public marocain, des alternatives de film de genre. Arriver à souder une population autour de ce que raconte l’image est important. C’est pour cela que tous nos films sont doublés dans tous les dialectes : les trois berbères (tarifit, tachelhit, tamazight) et bientôt en hassani, un dialecte du sud. C’est fondamental.

Pourquoi les Marocains regardent-ils si peu leur cinéma ?

Le cinéma marocain n’a pas su impacter son public avant le milieu des années 90. Ce n’est qu’avec des films comme « A la recherche du mari de ma femme », « Un amour à Casablanca », « Mektoub » que véritablement et pour la première fois le public marocain allait voir des films marocains dans les salles. Avant ces films-là, les fictions marocaines avait une carrière à l’étranger, dans des festivals, parfois des petites sorties en salles mais jamais le public marocain ne considérait son cinéma national comme fédérateur. « A la recherche du mari de ma femme », « Un amour à Casablanca », « Mektoub » ont été une petite révolution car ils ont attiré 200 à 500 000 spectateurs dans les salles. C’était la première fois véritablement que c’est arrivé. Depuis, ça a continué, avec des périodes d’absence. Il est très important pour une cinématographie avant de s’exporter d’avoir déjà une réflexion de son propre pays.

Mini bio

Nabil Ayouch est né en France. Il a commencé par faire du théâtre (à Paris). En travaillant en France comme créatif dans une agence de communication (Euro RSCG), il s’est familiarisé avec les tournages de spots publicitaires. C’est une conjonction de la pub et du théâtre qui l’ont amenée à la fiction. Il a écrit son premier court métrage « Les pierres bleues du désert » (1992) avec à l’époque, comme premier rôle, un jeune inconnu : Jamel Debouzze. Il l’a découvert en banlieue dans un match d’improvisation, il avait 14 ans. Ce premier court métrage a fait le tour du monde des festivals et gagné des prix pour ensuite être vendu à différentes chaînes de télé. Cela lui a permis de réaliser d’autres courts et de réaliser enfin son premier long métrage : Mektoub (1996). Suivront Ali Zaoua (2001), période qui coïncide avec son installation au Maroc. Son troisième film : « Une minute de soleil en moins » (2002) a été réalisé dans le cadre d’une collection masculin-féminin pour Arte. Il a fait le tour du monde des festivals mais a malheureusement été censuré au Maroc.


Tous les articles écrits par Leila Hicham.

One Response to “Nabil Ayouch : « Whatever Nabil Ayouch wants »”

  1. Great realisateur :on a besoin d’encourager de tels talents. Heuresement que nos chers MRE s’interessent au cinema et nous creent des films d’un niveau un peu + eleve que ce qu’on a l’habitude de voir.

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