Grande lessive et délit d’initiés
Pour compléter le billet précédent (les euros de la médina), voici un extrait d’un article paru dans telquel il y quelques mois, consacré à la bourse de Casablanca :
… la fuite des capitaux marocains vers l’étranger aurait enregistré une nette diminution. “Il devient de plus en plus compliqué pour les Marocains de déposer une somme astronomique en cash dans une banque européenne. C’est le résultat des mesures préventives de lutte contre le financement du terrorisme. À la Bourse de Casablanca, le gouvernement a eu l’intelligence d’opter pour une taxe sur les plus-values retenue à la source, au lieu d’une déclaration fiscale. En plus, avec la double cotation de Maroc Telecom, la Bourse s’avère comme la meilleure alternative”, explique ce banquier. Une alternative qui a permis à la corbeille casablancaise de gagner le sobriquet de “grande lessiveuse”
…
La fameuse séance du vendredi 24 novembre 2006 restera dans les annales de la Bourse de Casablanca. Ce jour-là, la valeur Addoha est propulsée à de nouveaux sommets suite à des rumeurs au sujet de la signature d’un grand projet, en partenariat avec des investisseurs étrangers. Le titre clôturera la séance avec une hausse spectaculaire, mais surtout avec un volume phénoménal dépassant le milliard de dirhams. Le lendemain, la communauté boursière est médusée de voir, sur la RTM, la signature par Anas Sefrioui, en présence du souverain lui-même, d’une convention portant sur un projet d’investissement de 11 milliards de dirhams à Rabat. Une manœuvre typique du délit d’initiés.
Installé à Casablanca je dirige Casavisa (www.casavisa.com) une agence immobilière à destination des professionnels. Vous pouvez aussi consulter la rubrique Immobilier Casablanca sur mon blog.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.


> Le lendemain, la communauté boursière est médusée de voir,
> sur la RTM, la signature par Anas Sefrioui, en présence
> du souverain lui-même, d’une convention portant sur
> un projet d’investissement de 11 milliards de dirhams
> à Rabat. Une manœuvre typique du délit d’initiés.
Les initiés existent toujours et dans tous pays ! dixit Martha Stewart.
La différence en est que dans des pays comme l’USA en particulier, tous soupçons ouvrent le droit à une enquête par le Gendarme de la bourse SEC de peur d’être traîné lui même devant les tribunaux pour négligence, par un quelconque lésé ou par le congrès américain.
Le 2ème renseignement de taille, c’est que la bourse (tout comme l’immobilier bien que la philosophie diffère) n’est pas faite pour le père de famille pour y investir ses économies( le retour de la manivelle peut être sévère), seuls les professionnels peuvent y gagner, et bcp ; la preuve , cet article si besoin était.
Un 3ème renseignement , qui vaut pour l’immobilier également ( il me semble avoir écrit un commentaire invoquant le parallèle de la flambé de l’immobilier dans tous les pays arabes et pas seulement le Maroc ce qui exclut la rumeur des RME et Européens originaires de cette flambé : ces derniers ne vont pas en Egypte ou en Jordanie ..) : c’est le parallèle entre le 11 septembre 2001, ses conséquences sur la limitation des flux financiers notamment vers l’Europe et USA , et la flambé de l’immobilier dans les pays arabes : Maroc, Egypte, Jordanie, Liban et même au Yémen. ( On le sait les flux financiers des orientaux ou des noms à connotation arabes sont les plus surveillés) .
On le sait, au Maroc, aucun justificatif n’est demandé sur l’origine des fonds, contrairement à L’Europe et USA depuis ce 11 septembre 2001.
Il serait intéressant de savoir si en Egypte, Jordanie … le justificatif sur l’origine des fonds n’est pas une condition au dépôt dans leurs banques .
On sait également que la Maroc a fait la publication au bulletin officiel n° 5596 le 17 Janvier 2008 de la convention des Nations-Unis contre la corruption faite à New York le 31 octobre 2003 et que le Maroc a ratifié le 9 mai 2007 .
Y a t-il un changement dans le comportement des banques depuis cette publication ?
On note cependant ,CURIEUSEMENT, que le Maroc n’a fait de cette convention une publication officielle que 5 ans après les Nations Unis et 2 ans après sa ratification par le Maroc .
Même si le titre est « la convention contre la corruption », ses articles phares ( article 14 ) traite notamment de la lutte contre le blanchiment d’argent.
Est-ce la publication de cette convention en Janvier 2008, seulement, est un prélude pour un coup d’arrêt au flux financier vers le Maroc ? Quels en seront les conséquences ? stabilisation des prix ? retour à la normal de l’immobilier ? consolidation de la bourse de Casablanca avec des fondamentaux sains ? A t-on jugé opportun un coût d’arrêt maintenant après qu’on ait fait le plein de liquidité et après que cette flambé semble porteuse d’excès ?
Les autorités marocaine doivent arbitrer :
- d’un coté “l’argent” de l’europe, directe (aide au développement) ou indirecte (accès aux marchés)
- d’un autre coté l’argent du traffic.
L’europe et les autres pays font pression pour que le Maroc soit plus ferme d’un autre coté l’économie a besoin de cet argent.
Un loi anti blanchiment a été voté récemment au Maroc, mais est-ce bien sérieux ou simplement un effet d’annonce pour “montrer” que l’on agit ?
On pourra faire le parallèles avec les mesures sur la protection du droit d’auteur : on fait des opération de saisie ponctuelles mais on laisse le marché parallèle fonctionner.
La gestion d’un pays n’est pas aisée : il faut gérer des niveau de gris !