Le risque « FADESA MAROC » ???

En tant qu’ancien professionnel de la communication (sur Internet) je suis très attentif aux petits signes périphériques autour des stratégies de communication bien huilées, les petits fils qui dépassent qui mettent en évidence les défauts derrière le décor. Cette habitude est d’autant plus utile au Maroc ou les chosent importantes se passent bien souvent à l’abri des regards, caché derrière de multiples voiles.

La réalité économique de l’immobilier marocain par exemple reste très opaque, cachée derrière une communication tapageuse de la part des promoteurs et des offices gouvernementaux chargés de promouvoir une image séduisante au près des investisseurs étrangers. Pas facile de savoir ce qui se trame « derrière ».

Or un petit « accroc » attire depuis quelques semaines mon attention.

Le groupe MARTINSA-FADESA a annoncé début juillet sa mise en cessation de paiement (préfigurant une éventuelle mise en faillite). Si l’événement a été fortement commenté en Espagne et en Europe, l’événement a été peu traitée par les médias marocains. Or MARTINSA-FADESA est un acteur incontournable au Maroc. C’est le copropriétaire du groupe FADESA Maroc, concessionnaire du 1er projet de plan Azur à Saïda. Or depuis l’annonce de la défaillance de l’actionnaire espagnol, il y a comme un « black-out » autour de FADESA Maroc, une absence de communication alors légitiment beaucoup de monde se pose la question de son avenir.

LES BANQUES ?
Au moment du lancement de ce projet on a évoqué « un investissement global de 12 milliards de dirhams dont trois milliards directs. » On peut donc supposer que FADESA Maroc a contracté des emprunts importants auprès des banques marocaines. Alors que l’un des deux actionnaires de FADESA Maroc est en cessation de paiement, on peut logiquement se demander qui et comment ces banques seront remboursées.

Or jusqu’à présent aucune banque n’a communiqué son « exposition » au risque FADESA. Ce silence, très inhabituel dans ce type de dossier, place à priori les dirigeants des établissements concernés à des « reproches » vis-à-vis de leurs actionnaires.

ADDOHA ?
Addoha, le second actionnaire de FADESA Maroc a investi 110 millions d’euros pour acquérir 50% du groupe. 50% des projets mais aussi 50% des dettes.

Or on apprenait au moment du rapprochement entre FADESA et Addoha que :

Cela fait plus de 7 ans que Fadesa est présente au Maroc. À Tanger, Saïdia, Agadir, Rabat, Casablanca, Kabila, Marrakech, ce groupe a clos l’exercice 2006 avec un volume total de revenus de 1,281 milliard d’euros, soit 31% de plus qu’en 2005, et un bénéfice net consolidé de plus de 230 millions d’euros. Des résultats dopés surtout par les unités pré-vendues à Mediterrania Saïdia.

On peut supposer qu’une partie du produit de la pré-vente (voir la totalité) a été rapatrié en Europe ou le groupe FADESA avait grand besoin de liquidité pour assurer sa survie. Si tel est le cas on peut se demander ce qu’il reste en 2008 dans les caisses de cette filiale si ce n’est les obligations de finir la construction, régler les problèmes (colossaux) de finitions et de rembourser les crédits.

Pour l’instant les dirigeants du promoteur marocain n’ont toujours pas communiqués l’exposition du groupe Addoha au risque FADESA ni leur stratégie : racheter les 50% restants de FADESA Maroc ou laisser le promoteur faire faillite. Le silence autour de ce dossier, comme dans le cas des banques marocaines est inhabituel.

LA DIRECTION DES INVESTISSEMENTS ?
La direction des investissements (au Maroc), pourtant si prompte à communiquer (des bonnes nouvelles), semble elle aussi aux abonnés absents (si ce n’est pour dire qu’il n’y a aucun soucis à se faire).

Ces silences sont indéniablement le signe d’un certain malaise, comme si personne ne semblait vouloir prendre l’initiative d’être le premier à communiquer et être tenu, en quelque sorte, responsable de la diffusion d’une éventuelle mauvaise nouvelle, à même d’assombrir la vision « royale ».

L’immobilier comme infrastructure du tourisme marocain est indéniablement à un tournant. En 2001, à travers « la vision 2010 », le gouvernement Marocain a entrepris de développer l’économie locale autour du tourisme. C’était une stratégie volontaire il me semble à la fois pertinente et courageuse. Le Maroc a su attirer les investisseurs à un moment ou l’argent était disponible. C’est tant mieux, cela a permis au Maroc d’émerger sur la scène économique mondiale et de développer les infrastructures (routes, port de tanger, lignes aériennes, ..).

En 2008, on arrive à un moment où il va falloir faire les comptes, confronter la « vision » avec la réalité. A coté des points positifs, il faudra certainement constater des pertes et désigner des perdants (certains spéculateurs y seront de leur poche ? qui s’en plaindra ?).

On apprenait hier que le groupe Alliance développement, promoteur marocain récemment introduit en bourse, venait de racheter 50% du projet port Lixus :

Pour le management d’Alliances, «un tel partenariat favorisera la mise en place des synergies nécessaires à sa réalisation».Et d’ajouter, «cela permettra également d’augmenter la part de marché du groupe et de là sa rentabilité». Rappelons, néanmoins, qu’ADI est partenaire du projet depuis 2007. Le groupe a été déjà en charge de la réalisation des aménagements et des composantes immobilières de la station.

On delà du communiqué de presse officiel, forcément positif, on peut se demander si il ne se joue pas sur ce projet le même scénario qu’à Saïdia : un promoteur étranger qui a du mal à livrer le projet remplacé un peu en catastrophe par un promoteur marocain « solvable ».

Le dégonflement de la bulle boursière et immobilière au Maroc est prévisible à court terme. La chute de FADESA (Maroc ?) pourrait en être le déclencheur …

À propos de Laurent Bervas

Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière spécialisée dans la Location Appartement Casablanca
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