Lorsque l’on fera le bilan des années 2000/2008 on se demandera ce qui a bien pu mener à une telle folie. Folie? C’était quand les prix du m2 à Marrakech, Casablanca ou Tanger ont dépassés les 2.000 euros, c’était quand la bourse Casablanca a vu le prix des actions Addoha multipliée par 10 pour « exploser » Google et Microsoft en terme de rentabilité futur.
J’ai la conviction que le premier responsable de cette folie spéculative est le gouvernement marocain. Autour des projets ambitieux du royaume initiés au début des années 2000, s’est développé une communication « agressive ». Plans Azur, Plan Emergence, Vision 2010, ces formidables business plan ont ensuite servi de support à une grande opération de communication. Rédigé par des cabinets de conseils internationaux, ils ont donné de la crédibilité aux messages ensuite martelés sans répit dans les médias locaux ou étrangers.
« Il aura bientôt 10 millions de touristes au Maroc »
« Le Maroc devient une destination de tourisme haut de gamme »
« Le Casaneashore est un succès mondialement reconnu »
Le Maroc s’est mis à communiquer comme une Startup internet.
Tous les organismes officiels ont été intégré dans ce dispositif : direction des investissement, ministères, observatoire du tourisme, office des changes, tout le monde délivrait son lot de nouvelles positives et surtout conformes aux prévisions. Derrière cette organisation quasi stalinienne, les chiffres qui n’étaient pas conformes étaient officiellement dues à des erreurs de calcul, quand les projets avaient du retard on préférait nier, lorsqu’un promoteur faisait faillite on nous affirmait qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.
Peut être que les objectifs de départ étaient sincères (développer le pays, donner du travail au plus grand nombre) mais tous ces projets ont rapidement été détournés par l’appât du gain. Car ces promesses mirobolantes ont finalement été du pain béni pour les promoteurs immobiliers (les grands gagnants de cette période … avec les agence de com’). Ils n’avaient pas besoin de convaincre les acheteurs qui venaient tout seuls. Je me rappelle à ce sujet un acheteur britannique interviewé suite à son achat à Saïdia. Il disait que c’était un investissement sans risques car « c’était un projet du Roi ». La communication « champion du monde » avait bien fonctionné. Le commercial n’avait qu’à acquiescer et faire sa vente.
Je parle des britanniques en particulier, mais je pense que les étrangers en général non jamais été vraiment si nombreux à investir au Maroc. Car si cette communication a eu des effets, ce ne sont peut être pas sur ceux auquel on pense en premier lieu.
A Casablanca par exemple on a construit de nombreux immeubles de standing a destination des futurs occupants du Casaneashore. Les promoteurs n’avaient aucun problème à vendre puisque toute la presse affirmait que c’était un succès. Cela a provoqué la flambée des prix que l’on connaît.
La réalité de la capital économique, que je côtoie comme professionnel, c’est que les expatriés restent en nombre quasi constant depuis quelques années mais qu’en revanche le stock de produits neufs destinés à la location explose. Nombre de propriétaires (marocains) se trouvent donc actuellement avec des appartements vides, qu’ils commencent à remettre en vente discrètement. La baisse des prix est prévisible.
Car les investisseurs qui ont été berné sont principalement les marocains et non les étrangers. C’est le cas à Casablanca, mais c’est aussi certainement le cas dans les autres grandes villes du Maroc. Ce sont aussi ces même marocains qui ont acheté des actions Addoha.
Alors l’argent non déclaré est sorti des bas de laine. L’état y aura gagné en recettes fiscales (qui ont « mystérieusement » explosé ces dernières années). La contrepartie c’est que les prix ont augmenté. C’est donc tous les marocains qui paient actuellement cette folie. Il est temps que cela reflue. Juste une question de temps.