Troisième billet d’une série (*) qui essaie de faire un bilan économique de la période “Nouveau Maroc”.
Tout pour la com (ou comment le Maroc est devenu « expert de l’Offshoring au même rang que l’Inde »)
Je le disais lors du premier billet de cette série, au sujet de la communication officiel du Maroc à destination des investisseurs :
Pour « vendre » ce « Maroc nouveau » on s’est parfois arrangé avec la réalité. L’état s’est parfois comporté comme un vendeur d’automobiles qui trafique le compteur pour vous fourguer une voiture maquillée comme une voiture neuve …
Pour illustrer ce propose je vais revenir fin décembre 2007. Le ministre de la recherche et de l’industrie déclarait lors d’une conférence de presse (la vie éco du 28 décembre 2007) au sujet du Casaneashore :
… En ce qui concerne l’offshoring, Casanearshore a annoncé officiellement l’ouverture du Nearshore Park le 31 décembre 2007, date à laquelle les premiers locataires recevront les clés de leurs locaux. Aujourd’hui, les 34 000 m2 de bureaux disponibles ont été entièrement loués. Quant à la commercialisation en cours des 48 000 m2 restants, elle connaît un franc succès puisque, selon les responsables de Casanearshore, les réservations fermes ont atteint plus de 80% de la surface totale à louer.
Or je me suis rendu sur le chantier fin janvier 2008 et je constatais :
Contrairement à ce qui est dit officiellement, le Casaneashore n’a pas été livré en décembre 2007. Le 1er bâtiment, d’une superficie approximative de 10 000/15 000 m2, devrait être livré au mieux dans 2 mois (je parierai volontiers pour juin 2008). Cela fait très peu sur une surface totale annoncée de 250 000 m2. Le second bâtiment (voir photo), devrait être probablement livré dans 6/8 mois. Les ouvriers travaillent certes le week-end, mais le projet semble manquer cruellement de ressources et accusera un retard conséquent. Mis à part ces 2 bâtiments, la livraison du reste, au rythme actuel prendra énormément de temps. On peut même se demander si le projet immobilier ira à terme.
A partir de ce moment j’ai personnellement commencé à mettre en question la sincérité de (toute) la communication officielle autour des investissements étrangers. Soit le ministre n’était pas au courant (ce que j’ai du mal à croire), soit il avait décidé de « s’arranger » avec la réalité.
Dans cette même conférence de presse, omettant de parler de l’avancement du plan émergence, le ministre a choisi de présenter son successeur, le plan « envole » :
« Le plan Envol concerne trois nouveaux secteurs où le potentiel de valeur ajoutée est, souligne le ministre du commerce et de l’industrie, illimité ». Il s’agit notamment de la biotechnologie, de la microélectronique et enfin de la nanotechnologie.
La nanotechnologie est l’ensemble des techniques permettant de manipuler, caractériser et fabriquer de la matière à l’échelle de l’atome. Ces technologies qui permettent de manipuler des éléments à l’échelle d’un milliardième de mètre peuvent trouver des applications dans plusieurs secteurs comme la santé, l’environnement, la microélectronique et l’optique. Le secteur dispose d’un important potentiel puisqu’il représentera en 2015, selon les estimations du MCI, un marché mondial d’environ 1,1 milliard de dirhams, sur lequel le Maroc veut se positionner. … Biotechnologies, un marché de 50 milliards de dollars … (blababla) … Le troisième secteur ciblé est la microélectronique qui s’intéresse à l’étude et à la fabrication des composants électroniques à l’échelle micronique. … (blablabla) … »
Cet article date de la fin de l’année 2007 et depuis l’offshoring au Maroc s’est effectivement « envolé », ou plutôt c’est la communication officielle qui a « décollé ». Il y a quelques jours les journaux marocains comparaient le Maroc à une « Silicon Valley de la méditerranée » et l’on affirmait même que Le Maroc est devenu « expert (de l’offshoring) au même rang que l’Inde ».
Il ne s’agit pas de mettre en doute la compétence des chercheurs ou des ingénieurs marocains travaillant au Maroc ou à l’étranger, il s’agit plutôt de se demander ce qui peut bien se passer dans la tête des dirigeants qui distillent ce genre d’idées.
Je pense que l’on a sous les yeux une grave dérive. Face à une réalité qui contredisait les discours officiels, on est entré dans une fuite en avant. Un peu comme un joueur qui ne peut rembourser ses dettes. Face à ses créanciers il choisit de remplacer les promesses non tenues par de nouvelles promesses encore plus incroyables.
Je ne connais pas un seul dirigeant de société de technologie qui ne pourra pas être pris d’un fou rire en lisant cela. L’investisseur potentiel, face à ces promesses intenables, peut légitimement se poser des questions sur le sérieux de ses futurs partenaires et sur leur capacité à maîtriser les dossiers dont ils ont la charge. On peut aussi et surtout s’interroger sur l’efficacité d’une telle communication et se demander qui a vraiment « acheté » le plan émergence ou la vision 2010 …
A suivre …
(*) Relire :
- Maroc : si on parlait de la crise (2) ?
- Maroc : si on parlait de la crise (1) ?