google
yahoo
bing

Les SSII françaises touchées par la crise (1)

Karim me demandait mon avis sur l’avenir des SSII française. Je suis assez inquiet sur le court et moyen terme :

Les SSII française « classiques » sont des sortes d’agences d’intérim ou les “intérimaires” sont des consultants payés aux alentours de 3000/3500 euros (brut) par mois embauché en CDI (et qui coûtent tous les mois 6000/7000 euros à l’entreprise avec les charges et le cout environné (locaux, encadrement, …).

La SSII permet (entre autre) aux sociétés clientes d’externaliser le « risque social » : en cas de crise, on arrête le contrat de service et on laisse la SSII licencier. Quand le marché porteur c’est un business très rentable. Quand le marché se retourne cela peut devenir un vrai cauchemar. On remarquera au passage que la gestion d’une SSII s’apparente plus à une problématique de gestion de trésorerie que d’une problématique technologique.

4 problèmes se posent pour les SSII avec la crise actuelle :

BAISSE DE CARNET DE COMMANDE

Une SSII française a de bonnes chance d’avoir 20 à 30% de son CA dans le domaine financier. Alors que les banques et les assurance luttent pour leur survie et ont un gros besoin de cash, il est évident que de nombreuses missions vont être stoppées.

Je pense que tous les projets non vitaux seront touchés. On peut donc s’attendre a un augmentation rapide du taux d’inter contrat.

ALONGEMENT DES DELAIS DE PAIEMENT

Crise de liquidité. Alors que les banques prêtent moins, les clients des SSII vont mettre plus de temps a payer : c’est le « compte fournisseur » qui se substitue à la ligne de crédit de la banque. Dans cette période trouble tous les directeurs financiers ont pour mot d’ordre de garder le maximum de cash. On va passer de 45 jours en moyenne à 60 jours rapidement (sans parler des défaillance de certains clients – Voir la faillite de certaines banques qui impactent directement les fournisseurs).

LES BANQUES NE PRETENT PLUS

Les SSII font très souvent financer leur besoin en trésorerie auprès des banques. Le banquier prête normalement très facilement surtout lorsque la SSII peut présenter des signature pretigieuses (comme d’autres banques notamment). Dans la période actuelle le banquier ne prête plus et du jour au lendemain (peut) suspendre toute facilité de caisse.

LES MARGES SONT RESTEES FAIBLES

Enfin dernier problème. Lorsque je dirigeais une SSII (avant 2000 notamment) les marges étaient « confortables ». Notre résultat avant impôts était de l’ordre de 8% (dans la moyenne de l’époque). Dans ce que je sais de l’évolution du marché les résultats de ces dernières années étaient plus faible du fait de la pressions sur les prix (avec des résultat compris entre 3% et 6%).

Cela signifie que la plupart des SSII, depuis la crise de 2000/2001 n’ont pas pu reconstituer une trésorerie “suffisante”.

CONCLUSION

En résumé les « inter contrats » (les consultant qui n’ont pas de mission et qui continuent à être payer) augmentent, les délais de paiement augmentent et le banquier réduit le découvert autorisé. Pour une SSII de 20 consultants par exemple cela peut représenter un besoin rapide en trésorerie de 150 à 300 keuros. Comme les marges sont restées faibles ces dernières années beaucoup de SSII ne pourront pas suivre … le retournement devrait être TRES rapide.

Ce que je décrit d’ailleurs s’applique a toute les PME (voir toutes les grosses entreprises). Ce n’est que la seconde vague de la crise financière qui touche de plein fouet l’économie réelle.

PS : Vous pouvez lire sur le blog du Mag-IT une interview d’un patron de SSII qui annonce que “2009 sera très très dure”.

Tags:

Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière ainsi que de Linutop une société qui développe et commercialise des petits ordinateurs sous linux. Mon prochain projet est le développement commercial de Casawaves.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

25 Responses to “Les SSII françaises touchées par la crise (1)”

  1. D’après toi Laurent pourquoi continuent elles à débaucher depuis le Maroc (et d’autre pays j’imagine) sachant qu’elles risquent d’essuyer de lourdes pertes si elles ne trouvent pas la parade face à la crise imminente?
    Le phénomène est même en recrudescence voir complètement nouveau ??!?

  2. @karim
    deux raisons :
    1) La situation que je décrit est toute récente : début septembre, avec une accélération brutale résultant de la faillite de Lehman Brother mi septembre.
    2) Une SSII anticipe toujours les recrutements (et il faut bien occuper les personnes de la RH). Faire passer des entretiens de recrutement ne signifie pas nécessairement le recrutement sera concrétisé.

    Je serais très surpris que les process de recrutement (en France comme au Maroc) pour le marché français continuent dans les prochains mois …

  3. « Je serais très surpris que les process de recrutement (en France comme au Maroc) pour le marché français continuent dans les prochains mois … »

    Nous sommes en train de recruter à bras le corps. Aujourd’hui est samedi les ressources ne travaillent pas (sauf si retard ou derive ou exces de zele :) ) mais les RH sont pourtant la et passent des entretiens d’embauche, petite anecdote on m’a même demandé a moi de passer un entretien à une personne. Pourtant mon travail n’a rien a voir avec le recrutement.
    Peut être est ce du à la strategie de notre groupe (delocaliser l’activité massivement) ou au faible nombre de personne qualifié une spécificité du marché marocains.
    Peut être as tu raison et que la tendance risque rapidement de s’inverser ?

  4. edit: « pour le marché français » oui certainement, pragmatiquement, rationnelement mais…

  5. « Enfin dernier problème. Lorsque je dirigeais une SSII (avant 2000 notamment)… »

    Sans etre de mauvais gouts, apparemment, vous etes dans l’informatique avant la bulle technologique, maintenant vous etes dans l’immobilier avant la bulle immobiliere… Pouvez vous m’indiquer quelle est votre prochaine activité :->

    Revenant au sujet. Je dirais que les grosses boites vont en profiter..il y seulement quelques mois, ils avaient du mal a recruter et devaient donner des salaires genereux. Maintenant ils vont avoir l’embarras du choix sur les resources et meme absorber d’autres compagnies a un prix derisoire!.

    Maintenant la question est de savoir si on bascule vers la depression ou une simple recession…Si c’est une recession, les compagnies qui ont bien gerer leur budget et qui n’ont pas pris trop de dettes ou risques, s’en sortiront plus fort.

    Il se pourraient meme que le Maroc en profite…un peu comme l’Inde durant la recession de 2001, ou les pays anglo saxon ont sauté sur l’occasion pour deplacer une grosse partie de leur service informatique vers l’Inde. On pourrait voir cela avec le Maroc…c’est vrai, qu’il a le probleme de la disponibilité d’ingenieur/consultant au Maroc…mais si les SSII Francaise mettent au Chomage en masse leur employee , il se pourraient que le Maroc voit debarquer des MRE voir des Francais qui veulent s’expatrier – moins payer mais avec un boulot au bout – cela pourrait aider l’economie voir l’immobilier Marocain… D’une pierre deux coups…

  6. @Un Passant: « Sans etre de mauvais gouts, apparemment, vous etes dans l’informatique avant la bulle technologique, maintenant vous etes dans l’immobilier avant la bulle immobiliere… Pouvez vous m’indiquer quelle est votre prochaine activité :-> »

    Elle est bonne!

  7. @Un Passant
    Mon impression est que la crise est profonde : ce n’est pas un simple accident de parcours, c’est tout le développement de l’occident récent et futur qui est remis en question.

    On nous a expliqué que les pays occidentaux garderaient l’intelligence (et la finance) et qu’on laisserait les pays émergents s’occuper de l’industrie.

    On doit s’attendre a ce que les pays émergents aient la finance, quand à attirer l’intelligence (si tant est qu’ils en aient besoin) cela ne devrait pas poser de prob.

    Pour le cas particulier du Maroc mon « impression » (j’avoue la faiblesse du raisonnement) est que sur le papier il y a des opportunités. Il manque à mon avis l’essentiel : une élite (au sens large) compétente et qui a envie de faire bouger les chose. L’élite marocaine (en grande majorité) est encore habitué d’un esprit de rentier.

    (Sinon pour ma prochaine activité … ce sera peut être en chine ;) )

  8. Abdel le breton ancien Abdel on octobre 11th, 2008 at 5:38

    « Il manque à mon avis l’essentiel : une élite (au sens large) compétente et qui a envie de faire bouger les chose. L’élite marocaine (en grande majorité) est encore habitué d’un esprit de rentier.  »

    Je ne sais pas comment tu fais , mais malgré ton aveu de la faiblesse de ton raisonnement, tu tapes juste .
    A moins que mon raisonnement et sentiments souffrent également de faiblesse !

  9. @Abdel
    Merci du compliment :-) le problème du Maroc est finalement très commun a beaucoup de pays émergent (et j’ai la chance de partager ma vie avec qlq originaire d’un de ces pays. Cela aide a avoir un peu de hauteur de vue ;) )

    Dans une moindre mesure je dirais même que l’élite française souffre (dans une proportion moins développépeut être) d’une aversion aux changements. L’élite marocaine a hérité aussi des mauvais coté de l’ancienne puissance occupante.

  10. « On nous a expliqué que les pays occidentaux garderaient l’intelligence (et la finance) et qu’on laisserait les pays émergents s’occuper de l’industrie. »

    une belle histoire pour reporter à plus tard les changements, le développement du Japon, Corée du Sud etc. démontrant que ça ne se passe pas comme ça.

    la chine est-elle en mesurer de se réorienter rapidement sur sa demande intérieure ? elle me semble encore très dépendante de son premier importateur et débiteur, non ?

  11. @lionel
    La Chine a pour objectif de faire monter en puissance la demande intérieur pour remplacer les consommateurs occidentaux. A Cela pourrait marcher …

  12. Je partage la conclusion de ce billet, car étant moi meme aux contacts de beaucoup d’ »inter-contrat » je confirme les retournements budgétaires les concernant …

    Financièrement, le prochain grand preteur planétaire, ne sera que la Chine. Surtout, ne pas rater la partie qui va se jouer, et qui a commencé entre l’Occident d’une part, et la Chine (+ Russie ? + Iran ?) d’autre part.

    Quant au Maroc, que dire, il n’est que quantité absolument négligeable dans ces parties entre grands.

    Malheureusement, le constat concernant l’Elite, est pertinent. Celle-ci n’existe pas, où est à mille lieux ailleurs (c’est le cas de le dire d’ailleurs). Je n’en rajoute pas.

    Le constat, est que notre groupe, avec toutes les bonnes volontés décline l’offshoring au Maroc, car manque de compétence, de continuité, de sérieux. Pourtant, car il y a des éléments qui plaident pour : la langue, la culture. Mais, c’est insuffisant. On aimerait bien, car sinon, on est obligé d’aller jusqu’en Inde. C’est ce que nous sommes entrain de faire.

  13. @laurent :

    la dette totale (publique ET privée) des Etats-Unis a atteint 350% du PIB en mars 2008. le précédent pic date de 1933 à 297%, juste avant la dévaluation de 40% du dollar par Roosevelt (à l’époque c le PIB qui s’était effondré, ce qui n’est pas pour l’heure la situation actuelle).

    le Japon lors de sa crise des années 90 tournait autour de 250%, mais à relativiser par un fort taux d’épargne.

    la France est à 190%…

    a priori la meilleure solution serait de lâcher les banques européennes qui se sont trop engagées aux Etats-Unis, sinon par nationalisation franche ou hypocrite (« garantie » de l’Etat) on transfère simplement une part de l’endettement en Europe. problème : la Suisse et même la GB ne seraient pas loin de la faillite… intéressant dimanche ;-)

  14. @lionel_l
    L’année 2009 va être « sport », va falloir courir :-)

  15. Abdel le breton ancien Abdel on octobre 12th, 2008 at 12:33

    laurent, un commentaire de ce matin pas publié .

  16. @Abdel
    j’ai du le mettre en ligne il y a qlq minutes (toujours le problème de lien dans le commentaire)

  17. évolution depuis 1920 :

    http://bp3.blogger.com/_rWY3qGfe6gc/SI1dtCRoXGI/AAAAAAAAA5o/FCp7-0EiyKI/s1600-h/Picture+1.png

    le début de l’explosion tourne autour de 1984, soit le début de la stratégie US de course économique/militaire pour ruiner l’URSS. il y a eu une relative stabilisation après la chute du mur, mais une fois que la machine est lancée…

  18. Abdel le breton ancien Abdel on octobre 12th, 2008 at 12:41

    Hélas je ne le vois tjs pas ! Ca m’interesse l’avis éventuel des commentateurs quant à l’aberration soulevée dans l’écart de prix entre 2 produits immobiliers diamétralement opposés : l’un plus grand ( de de plus de 2 fois) , plus luxueux et vaut légèrement moins chèr ( de 100.000€) qu’un terrain nu plus de 2 fois plus petit .
    Pour moi c’est une des illustrations de la bulle à la marocaine qui a l’inconvénient de manquer de référence , ce qui rendrait la crise plus profonde qu’ailleurs , en principe!

  19. @Abdel
    http://www.casawaves.com/2008/10/10/la-crise-pas-pour-tout-le-monde/#comment-14703

    @lionel
    En résumé : si les US étaient une entreprise il faudrait la déclarer en faillite (depuis longtemps). Pas très rassurant :-)

  20. Abdel le breton ancien Abdel on octobre 12th, 2008 at 12:48

    @Laurent

    Merci l’infatigable

  21. @Abdel
    Pas de prob ;-)

  22. Bonjour,

    La crise actuelle est une crise structurelle du système financier.
    Les besoins des entreprises en systèmes d’information restent présents.
    Même si leurs budgets se restreignent pendant cette période, ils continueront à faire appel aux SSII. Mais avec plus d’exigences.
    Celles-ci devront (une fois de plus) s’adapter : diminution des marges, polyvalence des employés, augmentation de l’offshoring (notamment au Maroc), …

    En gros les SSII (et les inter-contrats en particuliers) devront faire (encore) un peu plus de concessions :)

    PS : Disons nous qu’il y’a pire que les SSII : Les entreprises « Web 2.0″ sans business model :S

  23. @laurent :

    bin c pour ça que je demandais pour la chine, parce que c eux qui peuvent les déclarer en « faillite » s’ils décident de se concentrer sur leur marché intérieur.

    il me semble que c un peu tôt, mais je ne connais pas assez le sujet. en tout cas sur cette affaire les européens continentaux me semblent avoir des intérêts plus proches du BRIC que de leurs alliés « naturels ». c dingue comme brown est devenu furieusement pro-européen, d’un coup :-D

  24. @Radouan
    Certes les besoins en techno restent fort et les sociétés vont continuer a investir sur le long terme.

    Le problème d’une SSII est un problème court terme (3/6 mois). Le « stock » (c’est à dire les ingénieurs en inter contrat), contrairement à d’autres activités coute très très cher. Une chute de l’activité peut couler une boite très rapidement.

    Derniere remarque : lors des dernières périodes de crises les groses SSII (plus de 2000 consultant) comme les petites (moins de 20 personnes) s’en sont pas trop pas sorti. Les SSII moyennes étaient les plus exposées.

  25. Bonjour à tous,

    J’ai personnellement subi le phénoméne.
    Y’a 3 mois j’ai été accueilli à bras ouvert par une SSII assez grosse (ALTEN). Mon contrat à commencé le 27 Octobre, 2 semaines aprés j’ai été licencié. Le directeur m’a fait un speech sur la crise et sur la necessité pour lui de me virer. A present, je suis en recherche active pour trouver une entreprise. C’est pas evident avec la crise, il y a pas beaucoup de missions et beaucoup de consultants …

Enregistrer un commentaire