Voici une interview de la responsable du « citoyen marocain », une initiative qui a pour but de faire changer les mentalités marocaines.
Vanessa Pellegrin :En quelques lignes pouvez-vous m’expliquer ce qu’est le petit marocain? Beaucoup retiennent une idée mais on ne voit pas quel est le but concret.
Nada Elmajdoub (Chef du Projet LCM) :
Le Citoyen Marocain est une initiative patriotique visant le projet de développement national. Elle est basée sur la théorie HDDE (Human Development Domino Effect) qui identifie la citoyenneté comme étant la base de tout processus de changement.
Concrètement il s’agit d’un voyage à pied qu’effectuera le fondateur de cette initiative, M. Salmane Belayachi, à travers tout le Maroc ou il s’arrêtera occasionnellement dans des stations choisies pour leur portées symboliques, pour partager son message de « citoyenneté » et sa devise de « possibilitarisme » avec qui voudra bien lui tendre une oreille attentive.
V.P : D’Où vous est venue cette idée?
N.E : L’idée du voyage à pied appartient incontestablement au Fondateur. Elle est née suite à moultes observations faites pendant des périodes de transit au Maroc en s’engageant avec des Marocains de différents background. L’étude de ces constatations l’a amené à s’interroger sur l’identité du citoyen en tant que Marocain, comment perçoit il son rôle, sa relation avec son pays, son nationalisme (ou absence de ce dernier), comment l’exprime-t-il ?
Ceci lui a permis de commencer à voir cette relation Maroc-Marocains, sur laquelle on ne s’interroge presque jamais, d’un nouvel œil. Il était devenu nécessaire de se pencher dessus car elle marquerait, à elle seule, le point de départ de toute démarche de développement humain, économique ou autre.
V.P : Qu’Espérez vous changer? Comment?
N.E : Des perceptions, des mentalités, des attitudes..C’est ce qui d’ailleurs rend notre mission beaucoup moins facile que n’importe quel autre projet dont les résultats seraient immédiatement mesurables, tangibles et palpables. Notre challenge est de pousser le citoyen lambda à devenir conscient de ses responsabilités envers son pays. Ca peut paraître utopique..peut être que ça l’est, mais au moins, ça a le double mérite d’être clair et audacieux.
Nous sommes conscients que c’est un travail de longue haleine, mais au lieu de rester les bras croises et attendre que ça se passe ; nous choisissons de les décroiser et commencer par le commencement : Les Mentalités.
C’est l’esprit même de la HDDE qui est au cœur de ce projet. Nous croyons dur comme fer qu’il suffit de faire le premier pas pour qu’il se déclenche une chaîne d’initiatives porteuses. Dans notre cas, ce premier pas porte le nom de « Le Citoyen Marocain »
V.P : Vous incitez les gens à participer à cette action, comment peut on le faire?
N.E : D’abord par commencer à travailler sur soi même, à se poser les bonnes questions, à se demander quelle est la dernière occasion où on a fait preuve d’altruisme, de volontarisme et de responsabilité civique. Au cas ou ça remonte à longtemps, c’est qu’il y a un souci quelque part…
L’amour de la nation ne se manifeste pas que dans des grands projets aux titres pompeux, ca peut être aussi simple et élémentaire que de ne pas jeter d’ordures dans la rue, d’aider son voisin à faire ses devoirs scolaires, ou encore de passer 2 heures par semaine dans un centre d’alphabétisation ou une association locale pour aider les mères célibataires.
Lors de son voyage à pied, Salmane portera sur lui un livre qui s’appellera le « Contrat avec le Maroc ». Sur ses pages seront transcrites des résolutions qu’il collectera de la part de citoyens qu’il croisera sur son passage. Ces résolutions seront les réponses qu’ils auront apportées à la question : Que ferez vous pour Le Maroc cette année ?
L’essentiel est de sentir qu’on est redevable à son pays, à ses concitoyens. L’essentiel est d’être a 200% conscients qu’être « Citoyen Marocain » veut dire agir, chaque jour, à sa propre échelle, avec ses propres moyens, pour le bien commun. Chaque contribution, aussi petite soit-elle, est cruciale. On ne peut être efficace que s’il y a un taux d’adhérence maximal. A cela, il n’existe pas d’alternative.
V.P : Avez vous rencontré des obstacles auprès des autorités? Ou des soutiens?
N.E : La toute première personne mise au courant de cette initiative après Salmane et moi même a été Son Excellence M. Aziz Mekouar ambassadeur de sa majesté aux états unis.
Parfois le hasard fait bien les choses ; j’avais eu le grand honneur de le rencontrer à Dallas lors d’un week end « Spotlight on Morocco » organisé par une association
Marocaine au nord du Texas, et ai profité de l’occasion pour lui faire part du « Citoyen Marocain ». L’idée l’a séduite et une semaine plus tard, Une réunion a eu lieu à l’ambassade à Washington pour y donner le coup d’envoi. Jeudi prochain aura lieu, à sa résidence, une réception au profit du « Citoyen Marocain ».
En outre, lors de ma visite au Maroc en Décembre dernier, j’ai eu l’honneur et le plaisir de discuter avec M. Ameur Ministre charge des MRE, de notre projet. Il a exprimé beaucoup d’enthousiasme pour ce qui est selon lui une « noble initiative qu’il faut encourager et soutenir ». Il a aussi été question que je lui envoie un dossier complet et
exhaustif pour obtenir la tutelle officielle dudit ministère.
J’ai aussi passé une après-midi avec Mme. Nouzha Chekrouni qu’on ne remerciera jamais assez pour ses encouragements réitérés et sa grande générosité intellectuelle.
Sur un autre registre, l’équipe LCM a aussi obtenu le mécénat exclusif de la part de M.Faouzi Chaabi pour ce premier projet. Nous lui en sommes bien évidemment très reconnaissants.
V.P : « Le Petit Marocain » s’est transformé en citoyen marocain, pour quelles raisons?
N.E : Permettez moi de voir en votre question un compliment latent. En effet, ça me fait plaisir de constater que rien autour de cette initiative ne passe inaperçu. C’est un signe que le message déclenche un peu d’intérêt quelque part ..Ne serait-ce que sous forme d’intrigue !
On parle aujourd’hui de « Citoyen Marocain » au lieu du « Petit Marocain » essentiellement pour deux raisons :
- La première appellation rappelait trop le journal colonial post indépendance qui porte le même nom. Quoiqu’on voyait dans ce projet une occasion pour rétablir la connotation patriotique qui revient de droit à cette expression ; nous avons préféré prendre en considération les nombreuses voix qui se sont élevées pour nous diriger vers un nouveau titre.
- L’usage de l’adjectif « petit » a été interprété comme péjoratif par certains de nos partisans. Nous avons d’abord essayé de leur expliquer toute la thématique éducative véhiculée par cet adjectif :
Le fait que nous nous adressions essentiellement à la nouvelle génération (jeune), que ce petit marocain deviendrait grand à travers ses actions citoyennes et engagées et son amour inconditionnel pour son pays. Tout ça pour dire que ce n’était pas un titre choisi par pur hasard mais qu’on ne voulait surtout pas commettre l’erreur monumentale de communiquer, involontairement et de bonne foi, un message à connotation avilissante.
Nous avons préféré être flexible, écouter les différentes parties prenantes et changer notre nom pour une alternative plus accommodante, qui refléterait mieux notre rêve d’un Maroc engagé : « Le Citoyen Marocain »
V.P : Quel est votre but à long terme?
N.E : En une phrase: Une génération de « possibilitaristes » avec une passion commune pour le Maroc.