On parle souvent du manque de liberté d’expression et de la presse au Maroc, surtout en ce qui concerne les sujets politiques ou de mœurs. Tout le monde a eu vent de l’histoire de notre confrère Ahmed Reda Benchemsi et de la publication, polémique, de blagues sur la religion dans le magazine Nichane, ou encore, l’affaire du supposé mariage homosexuel de Ksar El Kebir, qui a littéralement ruiné le journal Al Massae, en le condamnant à une amende de 6milliards de Dirhams de dommages et intérêts. Tout le monde sait également que Reporters Sans Frontières place le Maroc à la 122e place, dans les pays où la liberté de presse est la moins bien pratiquée.
Tout cela est vrai et le risque d’aller en prison est clairement là…il faut savoir ne pas franchir les limites quand on est journaliste et adapter ses discours sur des sujets dit sensibles.
Néanmoins, une chose est sûre, même si on est encore loin du compte, l’évolution a été considérable dans notre pays. Des sujets, qui sous les années de plomb, ne pouvaient même pas être évoqués, sont abordés aujourd’hui dans notre presse. Des sujets politiques polémiques comme ceux de Sebta et de Melia, ou des thèmes comme la religion, la corruption ou l’homosexualité font désormais partis du paysage journalistique, ce qui ne pouvait pas l’être auparavant. Seule la manière d’aborder ces thèmes reste fragile. Critiquer un ministre n’est plus tabou, ni le dénoncer s’il a mal agis, on peut parler du Makhzen tant que la personnalité du Roi est épargnée. Ce qui a mon sens est logique dans ce Royaume où l’on ne peut détruire une figure emblématique, symbole de stabilité et de force. Manquer de respect au monarque serait, à mon sens, actuellement, non seulement contre effectif, mais aussi, risquer de perdre cette stabilité politique dont jouit le Maroc. Les groupes islamistes, je crois, n’attendent que cette opportunité pour rendre le roi faible et le décrédibiliser auprès d’une population majoritairement analphabète, qui désire avant tout une figure protectrice et paternaliste. Car nous sommes d’accord pour dire que la démocratie n’intéresse réellement que les gens éclairés, qui n’ont pas de problèmes pour vivre dignement au quotidien.
Si nous faisons un peu de psychologie de bas étage, nous dirions que le Roi, pour la majorité des Marocains, est comme un Père à qui l’on doit vouer un respect sans fin. Mais cela est un autre débat qui ne concerne pas directement notre sujet principal.
S’il est vrai que nous ne pouvons jouir d’une véritable transparence dans nos articles, ni dans nos discours, de peur d’éventuelles représailles, l’ennemi est parfois autre que le politique ou les affaires de mœurs, il est même parfois plus sournois car plus caché. La publicité et le poids des annonceurs dans les supports où travaillent les journalistes peuvent être de véritables censeurs, bien plus préjudiciables pour notre travail que certains sujets à polémique, où il existe de multiples astuces pour se protéger. Un dossier ou en enquête épineuse peuvent être signées sous un pseudo pour préserver nos sources, et puis dans de nombreuses rédactions, on arrive à garder l’anonymat de ces journalistes. Avec les annonceurs, la tâche devient plus compliquée. J’ai non seulement été confrontée à ces situations mais j’ai également interrogés mes collègues qui m’ont confirmée cette idée et qui ont acceptée de me révéler leur expérience de manière anonyme. Car tout le problème est là, si vous n’êtes pas contents de cette politique, et que vous fâchez les personnes qui financent votre journal à 80%, vous risquez de ne jamais retrouver d’emploi dans une rédaction marocaine. Vous êtes littéralement « grillés » comme on le dit dans notre jargon.
A suivre : La publicité, ennemie de la liberté de presse ?
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