Le secteur informel au Maroc : gangrène ou aubaine ?

Voila un sujet délicat qui a suscité un véritable débat le 10 février dernier lors d’une conférence donnée par l’AMGE. Richard Walther, expert du Département de la Recherche de l’Agence Française de Développement et Rajaa Mejjati Alami, universitaire, consultante et membre de l’Observatoire National pour le Développement Humain, ont permis de donner quelques précisions sur le secteur informel dans notre pays.

Moyen de lutte contre la pauvreté, il est même souvent associé à la lutte pour la survie. Créateur d’entreprises, sous-traitant du secteur formel, il dynamise ce dernier, malgré la précarité du secteur informel. En effet, ce secteur concerne avant tout les emplois sans protection sociale et non déclarés aux impôts, qui concerne environ 39% des emplois urbains et représente 17% du PIB. Toutefois, l’on considère habituellement que 90% de l’emploi dans le secteur agricole et rural est informel, ce qui amène à valoriser bien davantage le secteur informel marocain.

L’on estime généralement que l’apport total de l’activité informelle au PIB est de 40%. Il concernerait des personnes possédant une faible formation : 53% n’ont aucun niveau scolaire (hors école coranique), 6.3% de marocains ayant fait des études supérieures ainsi qu’une grande proportion de jeunes entre 12 et 13 ans déscolarisés et formés sur le tas. Seuls 5% d’entre eux ont eu accès à la formation professionnelle (cependant, ce chiffre est en augmentation, grâce à de nombreuses d’initiatives)

Certains secteurs de l’économie sont particulièrement concernés. Dans la construction, par exemple, la plupart des sous-traitants sont informels. Moins de 18% des employés du secteur informel sont salariés (avec contrat d’embauche et déclaration à la CNSS).

Même si ces activités sont souvent illégales, elles sont pourtant réalisées au grand jour. Elles sont tolérées et témoignent parfois d’une ignorance de la réglementation. Parfois même elles réussissent à obtenir un statut semi légal qui leur permet de travailler en toute tranquillité, puisqu’elles respectent partiellement les réglementations. 55.7% des unités avec local sont enregistrées dans les fichiers de patentes (la quasi-totalité de Derb Ghallef, par exemple), et 13% des micro-entreprises avec local sont fichées au registre du commerce. Evidemment, en ce qui concerne la législation sociale et le droit du travail : aucune micro-entreprise ne déclare ses employés à la CNSS. Ainsi, 93% des unités n’ont aucun ouvrier affilié.

Selon les personnes interrogées, ce non respect des législations est due à la tolérance des pouvoirs publics (85% des raisons invoquées pour l’absence de patente), ou bien ne se sentent pas concernés dans l’artisanat, notamment. Peu se croient assujettis au paiement de l’IGR, étant donné le reversement d’une partie de leurs revenus aux organisations corporatistes et via le zakat. Et enfin, la complexité des procédures, et le coût d’enregistrement, invoqué dans 3.5% des cas pour la patente, et 17.3% des cas pour la déclaration au CNSS, font que le secteur informel prospère.

Même s’il est indéniable que ce secteur est une source de travail et de revenus pour la grande majorité des personnes sous qualifiées, on observe une saturation et une tertiarisation du secteur: les micro-services et micro-commerce sont devenus les pôles dominants de création d’emploi (91.2% de l’ensemble des emplois). Cela implique donc peu de création de richesses, lié à la faiblesse des capitaux et des qualifications.

En somme, le secteur informel a pour atout une capacité d’adaptation aux mutations économiques et aux crises. Cependant il développe de nouvelles formes d’exclusion et de pauvreté liées à la dégradation de l’emploi.

Quelles sont les solutions pour y remédier ?

Selon les experts, il faudrait améliorer radicalement le niveau de scolarisation et sa qualité, ouvrir les dispositifs de formation alternée aux jeunes non scolarisés et/ou non employés, former les jeunes à la création d’activité, et enfin, reconnaître le secteur informel et y injecter les compétences. Un vrai travail de Titan…

À propos de Vanessa Pellegrin

Journaliste multiculturelle installée à Casablanca, je travaille actuellement en tant que free lance pour la presse écrite marocaine et étrangère. Vous pouvez consulter mes articles sur Casawaves.com et me connaitre davantage sur mon blog.
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