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Assia Faraoui – Galerie Nadar

 » Au Maroc, l’art est avant tout une source de profit »

Assia Faraoui, responsable de la Galerie Nadar, l’une des plus anciennes galeries de Casablanca, a accueilli l’exposition de Philippe Valera le 26 Mars dernier, et nous a fait part de son expérience dans le domaine de l’Art au Maroc. Une manière de promouvoir les artistes souvent méconnus du grand public mais aussi, une manière de dénoncer l’attitude de beaucoup de Marocains, qui, lors des vernissages viennent se montrer plutôt que d’admirer les œuvres.

Vanessa Pellegrin : Depuis quand existe la galerie ?

Assia Faraoui : La galerie a été créée par ma mère et existe depuis 1974. À la base elle désirait ouvrir une maison d’édition, mais comme mon père était architecte et qu’il était spécialisé dans la décoration intérieure des immeubles par des sculptures, ou des tableaux, il connaissait les artistes. Ce qui a facilité les choses pour ouvrir une galerie d’art. Nous avons du fermer pendant quelques années à cause des travaux et il est vrai qu’il est difficile, aujourd’hui, pour nous  de reprendre.
V.P : Pour quelles raisons ?

A.F : J’ai l’impression qu’aujourd’hui nous sommes moins ouverts qu’avant. Ce qui est paradoxal quand on sait que ma mère a exposé des gens du monde entier. Aujourd’hui ramener un artiste étranger n’est pas monnaie courante, on travaille et on investit avant tout avec les nationaux. Aimer une œuvre d’art pour sa beauté est devenu secondaire. Ce qui est important avant tout, c’est savoir combien elle coûte, si elle prendra de la valeur dans quelques années et si elle est marocaine. Avant ce n’était pas comme ça, il n’y avait pas de recherche du profit. Aujourd’hui, c’est devenu récurant.

V.P :Pensez-vous qu’on ne se rend aux galeries que dans l’intention de se montrer ?

A.F : Le côté « m’as-tu-vu » existe oui. On doit forcément avoir un grand espace alors qu’il existe des galeries qui marchent en France avec 20m2…au Maroc c’est impossible. Ce n’est pas assez grandiose, pas assez voyant pour la majorité du public que nous accueillons. Fort heureusement, tout le monde n’est pas comme ça mais ce qui est sûr, c’est qu’on n’apprécie pas l’art pour ce qu’il est ici. C’est assez frustrant.

V.P : Où en est l’art marocain aujourd’hui ? Il y a-t-il un nouveau courant artistique marocain ?

A.F : Il y en a pleins ! Et de talents ! même si personnellement, je trouve que le côté fabuleux du passé n’y est plus. Et puis nous manquons d’installations modernes qui permettent de mettre en valeur ces œuvres. Nous sommes à la traine de l’Europe, nous ne pouvons investir autant pour des évènements. La demande et le budget n’y sont pas. D’ailleurs, les galeries ne peuvent varier les expositions, car la clientèle s’habitue à regarder un type de peinture ou de sculpture. Si cela change trop, elle peut ne pas revenir alors que notre principe est justement tout montrer. Quant bien même nous voudrions nous spécialiser, il n’existe pas assez de galeries pour ça. De plus, elles ne sont pas assez visitées, elles sont encore considérées comme des lieux où l’on vient se montrer, manger des petits fours et boire du champagne.

V.P : Le marocain est donc plus vendeur aujourd’hui ?

A.F : Oui sans aucun doute. Les gens recherchent aussi ce qui leur parle. Les étrangers qui ont du succès ici ce sont ceux qui vivent au Maroc depuis des années.

V.P : Pensez-vous que Philippe Valera qui a exposé chez vous le 26 mars dernier, a eu du succès parce que c’est un étranger du Maroc ?

A.F : Non pas forcément même si ça a joué. Ce sont surtout ses créations qui vont attirer l’attention évidemment mais vous savez ce sont des « clichés » qui marquent les gens, un peu comme celui de croire que la toile a plus de valeur qu’un autre support, alors que cela n’a aucune importance. Ces idées évolueront surement avec le temps.

V.P : Que faut-il pour exposer une œuvre chez vous ?

A.F : Sensibilité et qualité du travail.

Journaliste multiculturelle installée à Casablanca, je travaille actuellement en tant que free lance pour la presse écrite marocaine et étrangère. Vous pouvez consulter mes articles sur Casawaves.com et me connaitre davantage sur mon blog.
Tous les articles écrits par Vanessa Pellegrin.

2 Responses to “Assia Faraoui – Galerie Nadar”

  1. Bonjour Vanessa.

    Je ne peux qu’adhérer à ce qui est dit par cette professionnelle de Casablanca, choses véridiques concernant le comportement général sur l’art au Maroc. Malheureusement peu de galleries expriment cela avec cette objectivité, donc avec honnêteté.
    Je n’ai pu être présent dans cet évènement du 26 Mars avec les autres artistes présents pour des raisons techniques et de planning personnel, mais si Mme Assia Faraoui désire prendre contact dans cette optique générale artististique de qualité et non pas prioritairement de gain financier, je suis à sa disposition.

    Bien à vous
    Philippus
    Artiste peintre sur le Maroc.
    Mes toiles sont visible sur mon site:
    http://www.philippus-philippe.com

  2. [...] l’a connu grâce à son exposition de photographies à la Galerie Nadar le 26 mars dernier…pourtant, celle qui a photographié le groupe Farida & Friends lors du [...]

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