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L’innovation n’est plus dans le logiciel …

Ce billet fait suite à « Les Startup au Maroc »

J’ai créé ma première « Startup » en 1989. Pendant ces 20 dernières années j’ai vu évoluer le marché de l’innovation en tant qu’observateur et acteur.

Je pense que nous sommes entré depuis 2000 dans une nouvelle phase de l’innovation, celle ou le logiciel va imprégner tout les « business models » anciens et les forcer à évoluer : c’est tout simplement la victoire du concept de « nouvelle économie » versus « ancienne économie ».

On m’a souvent demandé pourquoi je n’avais pas recréé une SSII en arrivant au Maroc alors c’est un métier j’ai pratiqué pendant une quinzaine comme créateur et dirigeant d’entreprise. J’ai abandonné ce métier car je pensais que ce n’est plus là ou se trouve l’innovation.

J’ai fabriqué et vendu des logiciels pendant quinze ans. J’ai observé 2 choses depuis le début des années 2000 :
1) Plus les années passaient, plus les logiciels que je développais permettaient à certains de mes clients de prendre un avantage concurrentiel important, voir définitif, sur leur marché. Le premier problème est que ces logiciels devenaient de plus en plus complexes à développer. Le second est que ces logiciels devenaient structurant et demandaient souvent de repenser l’organisation de la société. En final le nombre de clients prêt à dépenser la somme nécessaire et acceptant de remettre en cause une organisation était très réduit. Cette équation devenait quasi impossible si le logiciel en question permettait à un leader d’émerger sur son marché.

2) Avec l’arrivée du logiciel libre, la gratuité s’est imposée dans de nombreux domaines. Cet acquis rend difficile le métier d’éditeur logiciel : à tout moment un logiciel propriétaire profitable peut voir ses parts de marché s’effondrer face à une solution libre.

J’ai créé Casavisa sur une idée simple : je ne connaissais rien au Maroc et à l’immobilier mais je pensais que les logiciels que j’allais développer me permettraient de prendre un avantage concurrentiel important. Le succès de Casavisa, qui devrait passer la crise actuelle renforcée atteste de la pertinence de ce choix.

Linutop a été créé sur une seconde idée simple : il est difficile de vendre une création numérique. Pour gagner de l’argent il faut lier le produit numérique à un objet physique. Ce concept a été mis en pratique par lafraise qui imprime sur des teeshirts ds création numérique de graphistes. C’est ce que nous avait fait avec le Linutop en donnait de la valeur au « software » en le liant à un « hardware ».

La conséquence de tout cela est que les créateur de logiciels sont toujours au centre de la création des entreprises innovantes. Le conseil que jeleur donnerait pour créer une startup aujourd’hui : prenez un business modèle solide avec une insatisfaction client visible et regardez si en y injectant de la communication Internet et des logiciels d’organisation on ne peut pas améliorer tout cela. Si c’est le cas, foncez …

Tout ça pour illustrer le fait que l’innovation ne se trouve plus dans le logiciel mais dans les « boites » que l’on fabrique autour …

PHOTO : Le Linutop 3 présenté à Solutions Linux 2009.

Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière ainsi que de Linutop une société qui développe et commercialise des petits ordinateurs sous linux. Mon prochain projet est le développement commercial de Casawaves.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

14 Responses to “L’innovation n’est plus dans le logiciel …”

  1. Il est vrai qu’un des moyens surs de monter un business est de faire du neuf avec du vieux (remis au gout du jour technos et process revus).
    De la a dire qu’il n’y a plus d’innovation dans le logiciel, je ne crois pas:
    - l’open source a mon avis constitue des bibliotheques de composants a packager potentiellement de maniere innovante
    - Encore bcp d’innovation a attendre autour de la techno mobile et internet
    - l’intelligence artificielle sortira un jour du monde academique pour donner de nouvelles applications dont on ne soupconne pas encore l’existence, (des proofs of concept existent deja)
    - la bio-techno
    - etc…
    On a encore du chemin a faire, des choses a decouvrir et inventer… et heureusement d’ailleurs, non ?

  2. @Juba
    > De la a dire qu’il n’y a plus d’innovation dans le logiciel,
    > je ne crois pas:

    Merci de ce commentaire qui me permet de préciser et de corriger mon propos :
    En fait je voulais plus exactement dire que la “valeur” ne se trouvait plus dans le logiciel seul mais dans le packaging du logiciel dans une boite (un ordinateur dans le cas du Linutop ou une société dans le cas de Casavisa).

  3. @Laurent:

    Euh…la “valeur” que l’on trouve “dans le logiciel seul” n’a pas changé.

  4. Chapeau pour ton parcours, et aussi pour ce billet que je trouve très intéressant, surtout l’avant-dernier paragraphe…

    Cela fait un bon bout de temps que je pense a un projet de création d’entreprise a la fin de mes études, et j’ai encore 2 années devant moi pour réflechir a un bon filon. Et j’ai toujours en tete cette idée qui, comment dire, cette idée que je craint un peu, celle d’une start-up qui oeuvre dans le software uniquement, ben c’est très risqué, et qu’il faut faire très attention, car au Maroc, les ménages n’ont pas vraiment encore atteint ce degré de maturité, ou de consommation, et qui sont des produits téchnologiques immatériels..

    Pour mieux éclaircir mon idée: Au maroc, il est très rare de voir quelqu’un acheter une licence d’un produit (un antivirus, un logiciel spécialisé,…).
    Je pense que les marocains ont découvert le monde numérique, ou le monde de l’informatique plus précisément, en même temps que celui du piratage informatique…

    Il est nécessaire que les habitudes changent afin de voir, enfin, et a l’instar d’autres pays Européens ou américains, de grandes entreprises informatiques qui font dans le logiciel pour particuliers.

    Pour finir, au Maroc, la plupart des SSII d’une certaine taille (pas des PME) ont pour clients principalement d’autres entreprises, a de rares cas comme celui d’Accent qui vend des PC pour les particuliers également (si elle faisait dans les logiciels, toujours pour particuliers, je doute qu’elle aie cette notoriété qu’elle a aujourd’hui…).

  5. Certes, dans le monde d’aujourd’hui où tout est informatique dorénavant, le software a clairement une place centrale. On est d’accord. Mais là où je rejoins Laurent, c’est de dire que le software ne serait plus une fin en soi, mais un moyen (je dirais même un moyen incontournable).
    Avec la vulgarisation de l’informatique, l’augmentation du nombre d’informaticiens (développeurs en particulier), l’explosion du logiciel libre et son atteinte d’un degré de maturité acceptable, le software a relativement perdu de sa valeur intrinsèque qui justifiait jusque-là sa commercialisation en soi.
    La grande preuve en est Google : un nouveau business model qui consiste à fournir des logiciels gratuits de grande qualité, open source de surcroît pour la plupart (suite bureautique en ligne, navigateur web, framework de développement web GWT, plateforme de développement mobile Android…), tout en développement autour des services annexes, eux lucratifs par contre (la publicité et le référencement essentiellement). Google est ainsi en passe de balayer Microsoft inéluctablement avec son modèle classique de commercialisation de software.
    Après, c’est sûr que le software commercial n’est pas mort pour autant : tant que le besoin est assez limité à une société ou un secteur d’activité précis, ceci pourrait toujours constituer une niche où une offre logicielle payante réussira à tirer son épingle du jeu et être profitable. Dans ce cadre, les grandes mastodontes actuelles sont les mieux placées pour en profiter. Mais dès lors que l’on tombe dans un besoin de l’ordre du grand public (navigateur web, suite bureautique, lecteurs multimédia, retouche d’image…), on est de nos jours assuré de trouver un soft libre qui répond efficacement (et gratuitement surtout) à ce besoin.
    En résumé, la valeur ajoutée n’est plus vraiment dans le soft, mais plutôt dans l’efficacité qu’aura ce soft en tant que catalyseur pour d’autres activités autour.

  6. @Joe:

    La “valeur intrinsèque” du logiciel n’a rien perdu et le software n’a jamais été “une fin en soi”.

  7. @lixy
    Super l’argumentation! Dans la mesure où je ne détiens pas la science infuse comme toi apparemment, un peu plus de détails serait le bienvenu :)

    Et je suis désolé, je persiste à penser que quand on vend du software comme unique produit commercial, c’est une fin en soi. Tu ne peux pas me dire que ça n’est pas le cas des boites comme Microsoft ou Abode pour qui le software et la principale (seule?) raison d’être.

  8. @Joe:

    Oui, certaines compagnie vendent exclusivement du logiciel. Mais ce dernier n’a jamais été une fin en soi.

    C’est de la sémantique, mais je pense qu’il est important de le préciser vu le titre du billet.

  9. @lixy

    Je pense qu’on est pas sur un sujet si philosophique que ça pour s’attarder autant sur la sémantique des mots ou des idées ; on est sur un sujet qui est quand même concret, et la thèse initiale que Laurent a posée est à mon sens assez claire comme ça.
    Après, je présume que ce que tu veux dire par “les logiciels ne sont pas une fin en soi” qu’ils sont eux mêmes à la base des moyens pour réaliser des tâches “métier” grâce à l’outil informatique.
    Mais dans ce cas, le débat s’en trouve beaucoup plus large et abstrait que le cadre strict de ce billet, car soulevant des questions existentielles autour de l’informatique dans sa généralité…

  10. Qu’un logiciel bien conçu peut faciliter voir donner un avantage concurrentiel à une entreprise, je suis d’accords, mais ce n’est que la conséquence d’un autre changement qui lui est plus compliqué.

    Vous le soulignez très bien les logiciels sont de moins en moins cher et de plus en plus accessible, c’est la manière dont les entreprises vont les utiliser qui va faire la différence. Une entreprise innovante, c’est avant tout une organisation: qui accepte qu’une bonne idée puisse venir de n’importe où et pas seulement de son département R&D, qui admet qu’une structure trop hiérarchique tue la créativité et donc l’innovation, qui prend en considération les remarques et les suggestions de ses clients, etc.

  11. Le business model le plus pertinent aujourd’hui est celui du service internet. Ses avantages par rapport au software sont impressionnants:
    - Facilite le déploiement et la maintenance, cela est particulièrement important pour les PME ou particuliers,
    - ne nécessite pas de compétence IT interne, donc permet de mieux externaliser ce qui n’est pas core, cela s’applique a tous les business y compris, et même surtout, les grands,
    - Indépendance du poste client, permettant notamment l’utilisation de clients légers comme Linutop, mais surtout la maintenance de ce parc de clients légers qui deviennent interchangeables,
    - permet aux clients de mieux maîtriser leur bilan en supprimant l’investissement et en proportionnalisant les charges de façon pretictible avec leur effectif,
    - Pourvoie au prestataire un revenu récurent donc plus régulier, favorable a la maintenance d’un service de qualité,
    - Impossibilité de piratage,
    - Permet de bénéficier pleinement de l’open-source, sans être menace par ce dernier.

  12. Je partage ton point de vue mais tu oublie de préciser que l`innovation est dans la niche et le support.

    Je m`explique une entreprise oeuvrant dans un logiciel trés spécifique avec une demande de niche et avec une avance technologique de plus de 2/3 ans sur ces concurrents a des chances de prospérer.

    C`est le cas si elle innove en permanence en fonction des clients.

    Tu ne précises pas le ròle prédominant du support technique surtant dans un domaine de niche.
    Les clients sont prêt à payer trés cher pour avoir un retour sur place et pas en Inde (un ex.), et surtout trés réactif (amélioration, correction de bugs).

    Je pense qu`il est préférable d`avoir peu de clients et un bon support/travail mais cela implique une avance technologique et un fond de recherche/développement en caisse important pour acquérir ces clients.

  13. Bonjour je viens de découvrir ce blog et je suis vraiment impressionné par votre carrière professionnelle. De mon coté je crois que les technologies open source sont clairement l’avenir de l’informatique et créer une compagnie pour vendre des soft comme la souligné @Joe et ben c’est un époque révolu à moins d’avoir qqc de vraiment révolutionnaire vaut mieux rester à carreau cependant ce que j’aimerai souligner c’est que le monde open source d’après de récente statistiques fait travailler plus de 500 000 emplois en Europe seulement ce qui donne une idée de l’activité économique sur le marché ce qui veut dire aussi qu’autour des projets open en fait y a de nouveaux concept de marketing qui apparaissent je citerai tout simplement l’exemple de RedHat dont le bilan dépasse les 400millions de dollars avec des simple offres de service.

  14. Parcours admirable, bravo Laurent.
    Cela m’amène à une question. N’est-ce pas cette même réflexion que se font les grandes entreprises de conseil informatique qui gravitent autour de gros systèmes comme SAP? Finalement ces entreprises ne vendent pas le logiciel mais les services autour. Je suis dans un institut public de recherche qui a fait un choix politique d’imposer SAP, comme le CNRS, mais finalement nous avons plus pâti de ce choix en tant qu’utilisateurs, en partie à cause de la mise ne plave autoritaire de ce système.

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