Je suis arrivé à Casablanca par l’invitation de Mo, un ami de 20 ans. Nous avons a peu près le même parcours de vie tant au niveau personnel que professionnel. Des caractères et des origines différents (lui est marocain – je suis français) mais je pense une vision du monde assez proche. C’est en partie sa vision du Maroc (il est arrivé un an avant moi) qui m’a séduite et décidée à venir ici.
Je me souviens très bien d’une conversation que nous avons eu lors de mes premiers mois à Casablanca au sujet des blocages de la société marocaine : les jeunes marocains manquent de modèles auxquels s’identifier. C’est aussi de cette réflexion qu’a émergé l’idée du magazine (Casawaves-mag).
Voici un très beau texte que Mo vient de publier qui me semble-t-il explique parfaitement cela (voir le texte original sur son blog) :
Je lisais le dernier livre d’Amine Maalouf, « Le dérèglement du monde ». Amine Maalouf y expose sa vision de la situation du monde en ce siècle de catastrophes réalisées ou attendues, et la situation des arabo-musulmans dans ce brouhaha planétaire.
A ce dernier sujet, il explique que la perception qu’ont les arabo-musulmans d’eux-mêmes (et à fortiori les occidentaux) est celle d’un peuple en mal d’ego. L’ego dont tout être humain est doté s’avère vital pour le bien d’une civilisation. Or l’ego se nourrit de réussites, de motifs de fierté, dans n’importe quel domaine mais au moins un. Il se trouve que malheureusement, la civilisation arabo-musulmane s’est très peu distinguée ces derniers siècles dans des domaines positifs pour l’humanité. Il faut à chaque fois remonter des siècles en arrière pour y trouver des motifs de fierté. La religion est le seul substrat de cette histoire. On se réjouit bien evidement de ce patrimoine d’égo, mais comme toute fleur, l’égo a besoin de soins quotidiens.
En revanche, les occidentaux ont imposé au monde une structuration dont ne peut que reconnaitre les mérites pour l’avancée de l’humanité, même si on peut en reconnaitre les travers. Ces derniers siècles en effet, ils ont façonné le monde en un terrain de jeu dont ils étaient surs de tirer avantage. Et ça marche. L’occidental est tellement équilibré du point de vue égo civilisationnel qu’il a à peine conscience de cette problématique. Il en est à l’échelle de l’égo individuel. Qu’il aille juste au cinéma ou allume son poste de télévision et sa dose est prise. La dernière dose forte pourrait être l’anniversaire du premier pas de l’homme sur la lune.
Vous imaginez, pendant que la civilisation occidentale prépare la montée sur Mars, on en est encore à se foutre sur la gueule entre sunnites et shiites au Machrek, à se déchirer le Sahara entre Algériens et Marocains au Maghreb quitte à en crever de faim tous les deux et que personne n’en profite. Ouais, c’est vrai qu’il n’ya pas trop de quoi être fier.