Oum : portrait intime
Oum est posée dans un hôtel entrain d’écrire, elle attend l’interview de Casawaves. A notre arrivée, elle s’installe confortablement sur un pouf. A même le sol, un café à la main, Oum nous raconte ses projets.
Oum est la plupart du temps enturbannée, en véritable Diva Marocaine de la soul musique. Oum est souvent regardée, comme sur papier glacé, figée, placée à l’endroit qu’on aime lui donner dans le paysage musical de la nouvelle scène.
Plus facile de « caser » un artiste que de s’asseoir pour entendre sa réalité. C’est ce que l’on comprend lorsqu’elle explique : « J’aimerai qu’on me photographie autrement qu’avec un turban, sous prétexte qu’il est le symbole c’est Oum pour le public » Oum regrette aussi qu’on lui demande toujours de raconter ses débuts alors que peut-être « il y a d’autres choses à aborder maintenant. »
Loin de son premier single « Hamdoullah », la chanteuse s’est « présentée » dit-elle, avec son premier album Likoum en 2009. « C’est vrai qu’on me connaissait par différents singles que j’ai sortie entre 2003 et 2007 (…) j’avais envie de dire bonjour avec ce premier album. » Cet album semble être le point de départ d’une indépendance choisie, celui d’une Oum bien dessinée. Aucun étonnement alors à la voir parler de ses projets qu’elle dit vouloir « pleins de sens. »

Elle explique : « Les projets que l’on a, sont des révélations de choses qui existent déjà en nous. » Elle ajoute : « 31 ans c’est aussi avoir d’autres préoccupations. J’ai des choses à dire, je souhaite me servir de la musique pour me soulager de ces choses et que ça serve. »
Positionnement de femme épanouie, épouse amoureuse et maman attentive. Ces nouveaux projets se bousculent, tous aussi importants à ses yeux, elle dit « attendre que la vie lui indique celui qui verra le jour en premier. » On retrouve ici, la faculté qu’Oum a de regarder, comment la vie se dessine devant elle. C’est d’ailleurs ce qu’elle dit « C’est avec le recul que tu te rends compte qu’il y avait une logique. » Peut-être à ses débuts ne savait-elle pas cela, aussi se souvient-elle de « moments de souffrance où on s’aperçoit qu’on ne maitrise pas, ni le temps, ni les facteurs extérieurs. » Plus sereine à présent, Oum sourit lorsqu’elle raconte « Je sais que je vais devoir me poser bientôt. Mais je ne m’obéis pas ! Je suis maintenant en période de gestation, le temps que des choses sortent. Il va falloir que je m’isole mais je vois bien, je suis encore dans ma période dispersée ! Il faut que je me pose ! »

Aussi lorsqu’on aborde la question de ces fameux projets, tout sort « pêle-mêle ».
« Je voudrais aller à la rencontre de mes origines Sahraouis. Je veux aller les rencontrer et m’en imbiber, pour en sortir des reprises de musiques Hassani. Il faut voir de quelle manière la musique chez eux est la même chose que manger et dormir ! » Pour Oum ce projet sera total ou rien. Davantage ethnologue que chanteuse dans cette démarche, c’est réellement l’esprit sahraoui qu’elle cherche pour que la création en amont soit complète et sincère. Même état d’esprit pour les deux autres projets ; l’un est celui de s’essayer à une musique plus arabisante, idée venue d’un des concerts de Davos. « C’était une ambiance très intimiste, acoustique, je me suis plu à me reconnaître dans des sonorités orientales que je n’avais jusqu’à là, pas eu l’habitude de chanter. » Ce projet est aussi l’envie de s’entourer de grands musiciens, un luthiste, un multi instrumentaliste à vent et un percussionniste. « Ça ne serait pas un « album Oum », mais le fruit d’une création collective, je sais déjà où on irait se poser ensemble pour créer, dans une maison riche en histoire, avec une vraie âme. » Dernier projet en tête « Il s’appellerait Dari Jazz, c’est Laurent mon mari qui a trouvé ce nom j’ai trouvé ça super ! » Oum se plongerait dans l’univers feutré de la musique des années trente à cinquante, « Morceaux chantés dans les règles de l’art de l’époque et en darija.» Précise-t-elle.

L’inspiration ne manque pas à Oum. Elle est celle qui veut chanter et danser Dieu comme elle l’entend. Celle qui souhaite mettre en musique les vérités auxquelles elle croit et utiliser le sens de l’essentiel, ainsi que ses valeurs comme ingrédients de création. Oum, c’est un peu plus qu’un turban, ce qui s’y cache en dessous, donne à la chanteuse inspirée toute sa mesure.
Camille Lancesseur
Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière ainsi que de Linutop une société qui développe et commercialise des petits ordinateurs sous linux. Mon prochain projet est le développement commercial de Casawaves.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.


