Le marché central
Samedi matin. Il est 11 heures. Casablanca s’éveille. Le marché central fourmille déjà de mille et une petites activités qui font le charme de ce lieu unique. Pour qui souhaite connaître l’histoire de Casa, une petite balade s’impose, histoire de flâner, humer l’air du temps et surtout les odeurs de poisson frits, de légumes frais et d’un je ne sais quoi d’authentique.

Situé au cœur du vieux centre, le marché central est encadré par le boulevard Mohamed V et la rue Allal Ben Abdallah. C’est l’architecte Pierre Bousquet (également à l’origine du bâtiment des Beaux-arts) qui en dessine les plans. Le bâtiment, tout en arcades et en allées couvertes, sera construit entre 1918 et 1919. Il devient célèbre en 1953, lorsque le résistant Zerktouni commet un attentant contre les colons français, le jour de Noël.
Longtemps, le marché central est resté un marché comme les autres, fruits, légumes, viandes, poisson et artisanat. Il y a quelques années, des snacks ont pris la place des stands vides. Tout un angle du marché s’est rempli de tables, de chaises et de nappes en plastique pour accueillir les adeptes du poisson frit. Le principe : on achète du poisson et des crustacés au marché, et on vient les faire griller dans les échoppes. Au menu : une petite dégustation au soleil entre les murs du marché, à l’abri de la circulation automobile envahissante.

Les amateurs de friture sont ravis. Les commerçants du marché, moins. L’un d’eux, vendeur d’artisanat, grogne, à l’ombre de son bric-à-brac. « Ces snacks dénaturent le marché. C’est sale, c’est moche, ça met le bazar. Bientôt, le marché en sera complètement envahi ! Ils feraient mieux de s’installer ailleurs, dans les rues à côté, il y a de la place ». Côté esthétique, il est vrai, on a déjà fait mieux que les tables en plastiques. Mais, pour survivre, le marché doit s’adapter.
Le marché central est fragile. Bientôt centenaire, il fait l’objet d’un plan de réhabilitation. Le sous-sol est devenu insalubre, et les infiltrations ont fragilisé les murs porteurs. Pour l’aspect extérieur, la façade a été enduite à la chaux blanche pour lui redonner son éclat d’antan. On trouve au marché central un petit air pimpant, surtout côté boulevard Mohamed V, où son voisin, l’hôtel Lincoln fait pâle figure. Complètement abandonné, ce n’est plus qu’un fantôme des années 20. A travers certaines fenêtres, on peut encore voir le papier peint fleuri qui ornait les chambres. Sinistre.

On préfère s’engouffrer au marché central. L’ambiance est magique. Quelque chose nous prend au nez. On ne sait plus où donner de la tête. Les petites tortues dans les cagettes des poissonnières. Les mets raffinés, morilles et truffes. Les légumes bien rangés. Les milles et unes couleurs des fleurs. Les casaouis pure souche et les touristes qui se promènent. Les cabas et les tagines en paille. La gigantesque vertèbre de baleine. Les vendeurs qui font « psst psst » et les restaurateurs qui font « kss kss ». Les crèmes à l’huile d’argan et les pots de miel. Les poulets déplumés et décapités. Le chat dans un panier qui se dore au soleil… C’est la vie qui est là.
Marion Despouys
Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière ainsi que de Linutop une société qui développe et commercialise des petits ordinateurs sous linux. Mon prochain projet est le développement commercial de Casawaves.
Tous les articles écrits par Laurent Bervas.

