Interview de Momo Mehrari, co-fondateur du Boulevard et du Tremplin des jeunes musiciens
Jeudi après-midi, veille du Tremplin. Les Abattoirs du quartier Hay Mohammedi sont en ébullition. La scène de concert a été montée. Les derniers badges sont plastifiés. Quelques heures avant le grand ramdam de la musique urbaine marocaine, Momo Mehrari, co-organisateur, règle les derniers détails, et répond aux questions de Casawaves, avec son flegme habituel.
Depuis 12 ans, le Tremplin révèle les nouveaux groupes de musique urbaine marocaine. Quel est le concept ?
Les groupes envoient leur candidature dans l’une des trois catégories : rap/hip hop, fusion, et rock/métal. Nous n’avons pas de catégorie électro parce qu’il n’y a pas encore assez de dj pour organiser une compétition. Pour chaque catégorie, un jury composé de dix musiciens, ou personnes sensibles à ce style de musique, sont chargées de sélectionner les meilleurs groupes. Cette année dans le jury, il avait notamment Barry, Oum, Khalid Mokdar de Haoussa… Nous avons reçu 120 candidatures, dont 80 dans la catégorie rap/hip hop !
Comment la qualité des groupes a-t-elle évoluée en une décennie ?
Le niveau stagne. C’est assez bas. Il n’y a plus l’originalité qu’il y avait au début. Pour beaucoup de groupes, c’est de l’amateurisme et du déjà-vu.
Et les femmes brillent par leur absence dans cette compétition !
C’est vrai, oui. L’année dernière il y avait deux rappeuses. Il faut dire que le métal et le hip hop sont des milieux très masculins, très fermés aux femmes, partout dans le monde. Il y a peu de groupes de métal et de hip hop féminins. Dans la sélection des groupes du Tremplin, priorité est données aux groupes venants des petites villes et aux filles. Mais en général, elles ne dépassent pas le premier niveau de sélection.

Niveau médiocre, milieu masculin… Pour y remédier, ne faudrait-il pas commencer par former les musiciens ?
Au début de l’année, Rhani Krija le percussionniste de Sting, est venu dispenser une formation à une dizaine de percussionnistes. Nous allons ouvrir des sessions de formation au Boultec, les bureaux du Boulevard, situés au Technopark. Nous sommes en train de donner la dernière couche de peinture aux nouveaux locaux. En attendant, nous cherchons des subventions, pour acheter le matériel. Tout cela prend du temps.
Depuis qu’il s’est émancipé du Boulevard, il y a trois ans, on peut dire que le Tremplin est devenu un festival à part entière…
Depuis l’année dernière, oui. On y trouve tous les ingrédients d’un vrai festival. Le Tremplin s’est spécialisé dans la découverte de groupes marocains et de groupes étrangers totalement inconnus ici. Nous attendons cette année 10 000 à 15 000 spectateurs par jour.
Quelle est la différence avec le Boulevard ?
Le Boulevard est plus axé sur les têtes d’affiches. Il y a plus d’espace aussi. Cette année, au Boulevard, nous allons recevoir Sepultura, le Peuple de l’Herbe, Chinese Man, Mos Def… Et puis les têtes d’affiches marocaines, Hoba Hoba Spirit, Haoussa… C’est marrant parce qu’au début, on faisait venir des têtes d’affiches étrangères pour faire découvrir les groupes marocains. Et aujourd’hui, c’est l’inverse, ce sont les groupes marocains qui attirent les gens vers le Boulevard et qui leur font découvrir de nouveaux groupes étrangers.
Quand et où aura lieu la prochaine édition du Boulevard ?
Du 13 au 15 mai, au stade COC de Casablanca.

