Le week-end dernier, c’était le Tremplin. Casablanca était calme. Sa jeunesse avait déserté les rues pour se retrouver aux Anciens Abattoirs de Hay Mohammedi. En se baladant dans les autres quartiers, impossible de savoir ou de sentir qu’un festival avait lieu dans la ville. Sauf peut-être si vous preniez le taxi. A l’indication « L’battoir kdim », certains chauffeurs faisaient mine de danser d’un air entendu : c’est bien là-bas qu’il y avait la « fijta »…

Depuis une dizaine d’années, le Tremplin met à l’honneur la musique urbaine. Le festival la répartit en trois catégories : rap/hip hop, rock/métal et fusion. Chaque journée du Tremplin est donc consacrée à l’un des styles. Tous les après-midi, de 14h à 18h, une demi-douzaine de groupes de chaque style étaient en compétition. Des formations assez jeunes et inexpérimentées pour la plupart, pas toujours très audibles. «Un niveau assez bas » résume Momo Mehrari, co-organisateur du Tremplin. Ce n’est pas tant son concours de jeunes musiciens et ses concerts du soir de groupes confirmés et de têtes d’affiches internationales qui font le succès du Tremplin, mais plutôt son ambiance très particulière, animée par un public jeune, énergique, ravi de s’approprier les Abattoirs.

En tout cas, les gérants des snacks de kefta et brochettes qui font face aux Abattoirs se frottaient les mains. Avec pas moins de 200 techniciens, bénévoles et artistes à nourrir pendant trois jours, plus les festivaliers présents sur le site de 14 heures à minuit, autant dire que les affaires ont dû être bonnes ce week-end. A l’instar du Boulevard, le Tremplin possède lui aussi son souk associatif, qui offre un espace de communication à divers projets, comme l’Association de Lutte Contre le Sida, jusqu’à l’Union Marocaine de Jazz et d’Improvisation en passant par Colo Kolo, un collectif de jongleurs et de cracheurs de feu qui ont animé les allées du festival. Entre le souk, la scène du concours et la grande scène des concerts, l’état d’esprit était bon enfant et l’ambiance très « fourmilière ».

La journée du samedi fut sans doute la plus révélatrice. On se serait cru dans la cours de récréation d’un lycée qui aurait décrété que le thème du carnaval était « hard rock et crête de coq ». Pour entrer dans les Abattoirs, il fallait se faufiler dans une queue formée d’adolescents, tous habillés en noir, bien sûr. Boutonneux, pellicules dans les cheveux teints en rouge ou montés en crête de punk, anneau dans le nez qui accompagne le regard définitivement bovin de l’ado primaire. Des gamins du quartier regardaient, éberlués, passer ce défilé tout droit sorti d’un film d’horreur. D’ailleurs, l’un d’eux était allé jusqu’au bout en mettant le masque de la mort du film « Scream ». Un autre rivalisait en s’étant maquillé en vampire. Certains s’étaient habillés, dans le savoir, selon un look assez gay des années 80. En gros, le Tremplin était autant la scène d’un concours de musique que le podium d’un défilé de mode…

Article : Marion Despouys
Photos : Wahid Tijani