A la tête de l’Association des blogueurs marocains, Said Benjebli lutte pour la liberté d’expression au Maroc et sur la toile. Manifestations numériques, grèves des blogueurs, il est à la tête de tous les mouvements marocains qui font du buzz sur le net.
« Ah oui, le journaliste, je te reconnais, je t’ai vu sur Facebook. Je voulais t’ajouter comme ami, mais mon compte est déjà plein ».
Said Benjebli est comme ça. Il compte en pixels, il pense en octets. Et pourtant, avant de finir à la tête de l’Association des blogueurs marocains, son parcours a été chaotique, depuis sa naissance dans un village de la région d’El Jadida, en 1979. « 1979… Officieusement », précise-t-il, car ses papiers indiquent en réalité 1980. A l’époque, l’inscrire aux registres officiels n’était pas la priorité de son père, qui a laissé traîner les choses.
Doué pour l’école, il se lance dans les sciences, décroche un bac, puis se dirige vers des études islamiques. Un diplôme en quatre ans, obtenu en sept. Trois années de perdues. L’une gâchée par manque de travail, l’autre perdue pour raisons familiales, la dernière passée en prison. Un de ses premiers coups de gueule – pas le dernier – pendant un mouvement étudiant à Fès et El Jadida contre une réforme universitaire. Cinq mois derrière les barreaux, le temps de passer un diplôme, et de faire bouillonner en lui le besoin d’exprimer son envie de nouveauté de façon la plus large possible. Ce sera le net.
Derrière le comptoir du cyber-café qu’il monte par la suite, il lance son premier blog en 2005. «C’était une vraie opportunité, enfin un moyen de parler de tous nos problèmes, à tout le monde, librement. » Rapidement repéré, il écume les blogs maghrébins pour le Réseau arabe des Droits de l’Homme, puis devient l’un des fondateurs de l’Union des blogueurs arabes. Il ne quittera le mouvement que pour monter une branche marocaine, l’Association des blogueurs marocains. Il cherche alors les moyens de se faire entendre, et de rester libre. La semaine de grève des blogs, « très suivie », est une fierté.
Pour lutter contre la corruption électorale, il lance les manifestations numériques. Prochain coup d’éclat ? « Je ne sais pas encore, mais ce sera différent. Il faut toujours innover ». En attendant, il espère que les blogs vont continuer à se développer, et ne pas se cantonner à quelques photos de vacances et des poèmes écrits sur un coin de table en cours de math. « Il faut s’en servir pour le dialogue interculturel, l’économie, l’éducation, tout ! » Pour ça, il compte sur les 2 à 3.000 blogueurs marocains d’informations qui essaiment, selon lui, la toile.
Avec, en chef de file, un trentenaire à la barbe taillée ras, en costume sobre, et le sourire facile, et les yeux dans le web 2.0.

