Art’Com Sup, le design de père en fille

C’était en 1975, quand trois architectes rêvaient, eux aussi, de créer leur école – et leur mouvement dans la même lancée – à l’image du Bauhaus en Allemagne. Ils avaient moins de trente ans, et étaient persuadés qu’ils allaient réussir en un claquement de doigt. Maintenant, l’un d’eux dirige l’une des plus grandes écoles de design et graphisme du Maroc… Et sa propre école d’architecture.

Quand Abdelmoumen Benabdeljalil raconte son aventure, du haut de ses 66 ans, on sent que le parcours a été long et semé d’embûches. « On nous a dit que l’architecture était réglementée, que l’Etat ne nous laisserait jamais monter une école. Alors on a monté nos cabinets d’architecte, tout simplement. » Puis vient « une française », avec ses projets d’école de communication. Avec l’un de ses deux compères de l’époque, Abdelmoumen se lance dans l’aventure. « Même si la communication, aujourd’hui, est une évidence pour une entreprise, à l’époque, personne ne savait ce que c’était, et on a donc commencé à pourvoir les agences marocaines en étudiants, qui se fournissaient jusque là quasi uniquement à l’étranger. »

L’école s’agrandit, la communication devient visuelle, puis l’architecture d’intérieur et le design s’ajoutent au cursus. Une deuxième école ouvre à Rabat, avant que la structure ne devienne trop monstrueuse. Elle sera finalement scindée en deux, la partie communication deviendra Com Sup, l’autre, Art’Com Sup.

Et puis, un jour… « Sans que je m’y attende, mon premier projet est revenu à la surface », s’enthousiasme le directeur de l’école.

En 2004, l’Etat lance un appel d’offre pour ouvrir… Une école d’architecte. La politique a changé, et le projet qu’Abdelmoumen avait mûri étant jeune peut enfin voir le jour. Il monte le dossier avec son associé, Aziz Lazrak, et remporte le marché. L’EAC, l’Ecole supérieure d’Architecture de Casablanca, est née. « Comme quoi, il ne faut jamais perdre le fil de ses idées», s’amuse-t-il.

Avec une autre école à gérer, il a finalement du s’éloigner progressivement de la première. Et sa fille a décidé de marcher dans ses pas.

Zahia, 27 ans, s’occupe maintenant du développement d’Art’Com Sup. « J’ai eu la chance d’avoir des parents qui s’intéressaient beaucoup à la culture, explique-t-elle, alors j’ai visité plus de musée que de Club Med ». Résultat, quand son père lui propose d’envisager sa succession, elle quitte la France, où elle s’était installée, et revient à Casablanca. « Même si on n’a pas transformé le Maroc, reconnaît le patriarche, on a tout de même bien avancé. » Il cite quelques fiertés. Si vous voyez un texte en Amazigh sur une affiche, il y a par exemple de fortes chances que ce soit l’un de ses élèves qui ait créé la police. Quand la langue berbère a été plus reconnue, il n’y avait pas vraiment de police existante, seulement un alphabet de base. Pendant plus de trois ans, ils ont donc travaillé dessus.

« Et quand je rentre dans un restaurant, que je demande qui a fait la décoration, et qu’on me cite un de mes anciens élèves d’Art’Com Sup d’il y a vingt ans, je suis évidemment très fiers. » Et on risque de citer son nom pendant encore quelques années : à la fin de l’année, après six ans d’études, sortira la première promotion de l’EAC. « L’aventure ne fait que commencer, au Maroc. »

Pour sa fille, en tout cas. Car maintenant, Abdelmoumen a fait sa part. « Je pense avoir mérité ma retraite, j’ai bien travaillé, non ? »

À propos de Laurent Bervas

Installé à Casablanca depuis 2005, je suis le créateur de Casavisa une agence immobilière spécialisée dans la Location Appartement Casablanca
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