Propriétaire du salon Lilas Beauté, Laila a choisi de travailler dans le secteur de l’esthétique par vocation. Pour elle, il ne suffit pas de mettre un vernis aux femmes qui veulent se faire belle. Regard d’une jolie personne sur la beauté.
Vous travaillez dans l’esthétique, comme esthéticienne et formatrice, depuis plus de vingt ans. Comment évolue la profession ?
Ces dernières années, les instituts, et même les parapharmacies, ouvrent à tour de bras. L’esthétique est un secteur en plein boom. On voit également beaucoup plus d’esthéticiennes, il y en a comme des petits pains ! Pourtant, notre métier a longtemps souffert d’une mauvaise réputation. Dans l’inconscient collectif, l’esthéticienne était considérée comme une mauvaise fille qui n’honore pas la femme. Les salons de beauté, qui accueillaient davantage les prostituées, n’étaient pas des lieux très sains, très fréquentables. Valait mieux rester à la maison que de faire ce métier.
Aujourd’hui, les mentalités ont beaucoup évolué. Au salon, on a même des femmes qui portent le hijab ou la burqa. Elles demandent toutes sortes de soins. Par ailleurs, le regard que porte la femme marocaine sur sa beauté a aussi changé.
Pourtant elle a toujours aimé prendre soin d’elle ?
Oui, mais elle a longtemps été au foyer et faisait donc ses soins à la maison : l’épilation à base d’un mélange de sucre et de citron, la coloration au henné, le brushing avec les moyens du bord. C’était principalement des rituels naturels et traditionnels. Des rituels de grand-mère. Ces cinq à dix dernières années, l’accès aux salons d’esthétique s’est vulgarisé. Toutes les femmes, de la collégienne à la bourgeoise en passant par la femme de ménage, veulent faire leur brushing, manucure, épilation des sourcils, etc., en institut.
Cette valorisation de la profession entraîne-t-elle une valorisation de la formation ?
Absolument. Petit à petit, les écoles d’esthétique emploient une autre pédagogie. Avant c’était une voie de garage en cas d’échec scolaire, maintenant on demande des compétences : bien parler, avoir de la délicatesse et un sens du service, connaître l’anatomie et la dermatologie, etc. Il faut prendre soin des clientes tant physiquement que psychologiquement. En vrai, c’est un métier qui n’est pas donné à tout le monde.
Le milieu va prendre une autre ampleur dans les années futures et devenir de plus en plus pointu, exigeant. A la rentrée, l’école Elysées Marbeuf, de réputation internationale, doit ouvrir à Casablanca. Elle m’a contactée. C’est une bonne chose, l’enseignement sera différent, plus académique. C’est très bien, il faut des acteurs qui défendent ce métier-là.
Quels sont les salaires pratiqués dans la profession ?
De façon générale, les esthéticiennes gagnent peu. Ici, je les paye entre 3500 et 6000 dh, selon l’expérience. Mais je suis l’une des rares à les payer ce prix-là, c’est pour les encourager. Malheureusement, dans la plupart des salons, les salaires varient entre 2000 dh et 4000 dh. Peu d’entre eux valorisent la profession. Parfois, les esthéticiennes sont employées pour les soins comme pour les tâches ménagères. Il faut que ça change car c’est un secteur qui rapporte, personne ne dit le contraire.
