En ce début de mois de juin, un air de vacances plane sur les têtes. Miss Casa, cet été, a décidé de passer quelques jours en France. Très bonne chose pour elle qui rêve d’ailleurs et qui commence à saturer au bureau. Seul détail à régler: le visa, et ce n’est pas gagné d’avance…
Premier bug, le rendez-vous est dans… deux mois! Avec un tel délai, les vacances seront déjà finies. Pas grave, elle décalera son congé. En même temps, ça lui laisse à peine le temps de constituer son dossier, tellement la liste des pièces à fournir est exhaustive!
Autre petit problème: les revenus mensuels. Pour elle dont le salaire ne dépasse pas 5000 dirhams, la mission s’avère délicate. A croire que le monde appartient aux riches, si riche se définit par salaire > 5000dhs, et si le monde se limite à la France… Elle arrive finalement à boucler son dossier, et s’apprête maintenant à vivre l’épreuve de l’entretien au consulat.
Une fois sur place, elle découvre, sans surprise, une file longue de plusieurs mètres, on l’avait prévenue. D’ailleurs, pour éviter une attente trop stressante, elle a prévu iPod, lime à ongles et petit encas.
Tout le monde attend, tout le monde est poli, propre et en tenue correcte. Si seulement les Casablancais pouvaient être aussi disciplinés en faisant la queue au supermarché, dans les préfectures et autres lieux publiques « marocains » bien de chez nous.
De l’autre côté, une file toute discrète, mais d’allure plus aisée… Qui sont ces gens? Et pourquoi entrent-ils avant nous autres, arrivés bien plus tôt? Curieuse, Miss Casa se renseigne auprès de son voisin de file. Des notables, parait-il, ceux qui n’ont pas besoin de rendez-vous pour demander un visa, ceux qui ne sont même pas obligés de revenir récupérer leur passeport quelques jours plus tard, ceux surtout qui ne risquent pas de se voir refuser le visa… Encore une injustice, c’est le Maroc, et c’est valable partout dans le royaume, même dans un consulat étranger.
A l’entrée, un agent de sécurité fouille les bougnoules, un par un, et Miss Casa se voit à son tour obligée d’abandonner son téléphone portable avant un examen quasi-gynécologique.
Une fois à l’intérieur, c’est vert, c’est propre, c’est le calme absolu. Assis sur des sièges en métal qui datent du protectorat, les gens sont silencieux, presque intimidés (ou tout simplement pas habitués) par autant d’ordre. A la télé, on passe les infos, en français bien-sûr.
C’est le tour de Miss Casa de passer au guichet. Devant sa vitre, elle est accueillie par une dame au look strict, et dont le ton la déstabilise tout de suite. Une vitre les sépare, et la dame lui parle à travers un micro. On se croirait en prison.
Cet entretien lui rappelle ses cours d’Histoire au collège, et cette prof qui glaçait la classe entière avec sa présence et son austérité. Quand l’agent consulaire lui demande ses papiers, Miss Casa se revoit, malgré elle, dans la peau de l’élève qui remet un devoir maison à son professeur, avec le doute imparable d’amasser une mauvaise note, voire une punition.
Toujours sur ce même ton, Madame Visa de France l’invite à poser ses doigts sur le scanner digital. En effet, comme dans un tribunal sur le banc des coupables, vous serez photographié, digiscanné, interrogé, avant le verdict ultime: visa ou pas visa?
Demander un visa, une procédure qui reste toujours un peu compliquée, beaucoup de paperasse, beaucoup d’attente, pas mal de frais, et surtout ce doute qui vous ronge jusqu’à la dernière seconde: L’aura? L’aura pas?
Miss Casa comprend presque maintenant pourquoi certains risquent leur vie à traverser la Méditerranée à la nage, ou à regagner l’Europe en boîte de conserve.
Elle quitte les locaux consulaires avec une sensation bizarre où se mêlent doute, appréhension et culpabilité. Coupable d’être marocaine, étrangère dans son propre pays…
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