17 ans, petite barbe courte, l’air encore presque adolescent, Salim Laguili pose les pieds dans le plat et débarque dans le monde du rap avec une première chanson sur la corruption. Un sujet sensible pour un tube qui fait le tour des radios marocaines.
Il a commencé le rap comme tout le monde. « Pour le Fun. » C’était il y a quatre ans. Mais depuis une grosse année, Salim Laguili a mis les moyens. « On m’a dit : pourquoi tu ne commencerais pas une vraie carrière ? Et je me suis lancé. »
Avec un DJ, un compositeur, un infographiste, un vrai plan de carrière et, surtout, un père attentionné, proche de son travail, qui l’a toujours soutenu. C’est lui qui s’est improvisé producteur, a tapé dans ses fonds propres pour offrir à son fils un premier single, enregistré dans les studios de Hit Radio, et masterisé à Londres.
Depuis, son morceau Rachwa passe sur toutes les antennes. Une chanson sur la corruption, un des fléaux du Maroc. « On s’est demandé quel était le sujet qui était sur toutes les lèvres, et qui restait en même temps assez tabou. La corruption s’est imposée. Pas seulement celle du policier du quartier, mais aussi celle de nos dirigeants, les politiques, les ministres, les hauts gradés. »
Résultat, une chanson militante, en Darija, qui interpelle les citoyens. « On avait peur d’être censurés, mais finalement, les radios ont été courageuses. Maintenant, il y a le clip qui arrive. Et je crains que lui, en revanche, ne passe pas sur les télés marocaines. On verra bien », espère Salim.
Après Rachwa, ce jeune rappeur de 17 ans, en première année de bac, a encore de nombreux projets. D’abord, une maquette de douze titres, un vrai album, qu’il espère ensuite vendre. Le second single devrait nous parler de la santé morale des marocains.
« Je ne compte pas faire que des chansons engagées, tempère Salim, ne pas tomber dans le cliché du rapeur qui ne parle que de politique. J’ai envie de dire beaucoup d’autres choses. » Malheureusement, vivre de sa musique au Maroc est encore quasiment impossible. « C’est pour ça qu’après mes études, je compte faire une école de cinéma aux USA. Si ça ne marche pas, j’aimerais bien devenir ingénieur du son, ouvrir un studio, pour pouvoir aider les artistes. »
Car même si son parcours ressemble à un joli compte de fée, Salim s’est bien rendu compte que les choses n’étaient pas aussi simples. « Je pensais que j’allais écrire dans mon coin, rentrer en studio, enregistrer, repartir. Mais en réalité, c’est bien plus complexe. C’est très dur ici de trouver un studio, et encore plus un bon ingénieur du son. Alors pourquoi ne pas le devenir ? »
Et si pour ça il faut arrêter de chanter ?
« J’ai grandi avec la musique. Mon père écoutait énormément de Jazz quand j’étais petit. Alors si j’arrête le rap, ce sera pour chanter autre chose. Je compose déjà de la house, du blues. Mais bien que ce ne soit peut-être jamais mon métier, ce n’est pas pour ça que j’arrêterai. Je continuerai. Pour le fun. »
